G.

G. était mon voisin.

J’habitais un minuscule 2 pièces du Xe arrondissement de Paris, mon premier appartement si on peut appeler ça ainsi. Mais j’avais 20 ans tout rond, et j’étais ravie de cette nouvelle vie.

G., lui, avait 18 ans, et logeait une petite chambre à quelques mètres de ma porte d’entrée. Nous nous étions croisés dans l’escalier, il m’avait invitée à boire un thé, j’y étais allée… et moins de 15 minutes après mon arrivée, sa fenêtre était sortie de ses gonds et s’était écrasée contre mon crâne.

Complètement sonnée et la tête légèrement ouverte, j’étais allée aux urgences avec un ami appelé à la rescousse. Premier contact avec G. légèrement avorté.

Il ne me plaisait pas spécialement, mais je le trouvais drôle. Un peu racaille, un peu foufou, néanmoins très aimable, avenant, il se vantait de ses nombreuses conquêtes féminines. Apparemment, chez lui, ça tournait, et les donzelles venaient y chercher débauche et volupté et fissures anales.

Nous passions l’un chez l’autre régulièrement, et il était assez clair sur ses intentions à mon endroit : « R., je ferais tout ce qu’il est possible de faire pour te donner envie de faire l’amour avec moi… ».
Je trouvais ça très flatteur, et même charmant. Mais l’envie n’y était pas vraiment. Je crois que je ne voulais pas être noyée dans la masse de ses groupies. Et puis j’avais 2 ans de plus que lui, autant dire une vie.

Les années passaient, l’un ou l’autre déménageait, mais nous étions toujours en contact. Je le confesse, surtout grâce à lui, qui était d’une fidélité exemplaire. Et j’en étais très heureuse. Pourtant, je n’aurais pas parié un kopeck sur la pérennité de cette relation le fameux jour des urgences. Comme quoi…

Un soir, il passe chez moi – j’habitais alors un appartement un peu plus grand dans le bas XVIIIe – et me demande de l’héberger pour la nuit. Il part le lendemain à New York pour de nombreux mois, voire plus. J’accepte, bien évidemment, en précisant que ça sera « en tout bien tout honneur tu ne me la mettras pas ».

Après avoir passé une très bonne soirée, nous allons nous coucher. Dans le même lit puisque je n’en avais qu’un et pas de canapé. J’éteins la lumière, bonne nuit G., bonne nuit R. Puis le silence.

J’attends un peu de voir si G. ne va pas faire son vieux queutard du haut de ses 22 printemps. Mais point de tentatives à l’horizon, G. reste de son côté du plumard, peinard.

Je ferme les yeux, et commence à m’assoupir…

Au bout de quelques minutes, G. prononce mon prénom à voix basse. Puis l’éternel « tu dors ? »… Je me disais bien, aussi…

Je lui demande ce qu’il veut, dubitative.

« Donne moi ta main », me répond-il. Je me souviens m’être dit à ce moment-là que s’il la mettait sur son érection malgré ma mise au point, je le virais manu militari de mon lit, et de chez moi aussi.

Il l’attrape et la tient quelques secondes. Suspens…

Il me dit : « Je ne vais jamais réussir à dormir à côté de toi. »

Je pense : « Mon gars, prépare ton sac, t’as déjà un pied dans le couloir. »

Il continue : « Non mais c’est vrai… touche… »

Je pense : « J’y crois pas, il va m’obliger à faire ça, à lui dire d’aller voir là-bas si j’y suis
pas ? »

Alors il pose ma main… sur son coeur. « Tu sens comme il bat vite, c’est la chamade, je ne pourrais pas dormir dans cet état là. »

Touchée dans le mille.

Et je l’ai pris dans mes bras.
Et il a eu ce qu’il a voulu.
Et j’ai adoré ça.
Et même qu’on a remis le couvert, parfois.

Morale de l’histoire : derrière un queutard, il y a presque toujours un petit coeur qui bat.

Morale de la morale : je crois que je me suis fait avoir…

Épilogue : aucun regret.


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2 commentaires pour G.

  1. Je trouve cette petite histoire charmante !

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