Salle 4

C’est l’été 1993, et je l’ai repéré depuis quelques semaines. Par mes diverses activités artistiques, je passe beaucoup de temps dans ce conservatoire de quartier, et c’est le fils du directeur. Un directeur que j’adore, soit dit en passant, mais ne voyez pas dans le choix de son fils un quelconque intérêt déplacé. C’est juste qu’il a une gueule qui me revient. Et l’âge requis pour ce que je vais lui demander.

Personne chez ma mère pour le week-end, c’est peut-être le moment. Je passe donc au conservatoire pour voir si O. est là. Je croise un de ses amis, une connaissance commune, qui, au courant de mes projets – quoique probablement pas dans les détails -, m’indique avec un grand sourire que O. est dans la salle 4. La salle qu’il a à disposition en tant que dauphin, plutôt cosy malgré son absence de fenêtre – 3e sous-sol oblige.

J’ouvre la porte, il est seul accoudé au bar (cosy, je vous dis…) attentif à la musique. Interloqué, il me regarde. Il sait vaguement qui je suis, mais sans plus.

– « Salut, il n’y a personne chez moi ce soir, ça te dit de passer ? »

Silence. Yeux écarquillés. Sourire.

– « Hummm… Ouais.
– Je te laisse mon adresse, tu penses venir vers quelle heure ?
– 21 h ?
– Parfait, alors à tout à l’heure. »

Je griffonne mes coordonnées sur le premier papier venu, souris, et pars sans me retourner. En vrai, j’ai le cœur qui bat vite, non pas d’amour, mais d’audace.

21 h et des brouettes, O. arrive chez moi. On ne se connaît pas, alors il y a comme un léger flottement. J’ai 15 ans, il en a 19, et je l’ai choisi comme premier. Car il est temps pour moi d’accorder mes connaissances et mes envies, et de remettre un peu de cohérence entre mes expériences antérieures et mon statut officiel. Assurément, j’en sais trop pour être pucelle.

Nous commençons nos caresses maladroites mais vaillantes, je suis bien décidée. Mais O., par galanterie ou par malaise – peut-être même par stratégie, je ne le saurais jamais -, préfère ne pas aller jusqu’au bout ce soir. Nous explorons autant que possible nos corps respectifs, sans rompre le sacro-saint hymen. Tard dans la nuit, il s’en va, en me donnant rendez-vous le lendemain, en salle 4.

Nous passons les jours qui suivent enfermés dans cette fameuse salle au 3e sous-sol à nous tripoter allègrement. Des heures durant, je découvre consciencieusement les pratiques officielles. O., généreux, s’affaire la tête entre mes jambes, et m’offre un premier orgasme alors que je suis encore vierge. Je me souviens de ces picotements dans mes mains, presque paralysées, comme des fourmis, et de mon air étonné : c’est donc ça ?

Puis, le 19 juillet, au soir, mon heure a sonné. O. est équipé des préservatifs que j’ai exigés, il est temps d’y passer. Il met du cœur à l’ouvrage, probablement plus pour se tailler une bonne réputation que pour mon simple plaisir, encore que… Il me tourne et me retourne, m’offrant la palette presque complète des positions – que je kiffe ma race sais apprécier à leur juste valeur aujourd’hui – mais aucun doute, sur le coup, ça fait mal. Très mal. Une douleur diffuse, des genoux jusqu’aux épaules.

Moi qui croyais que ça passerait comme une lettre à la poste, après toutes ces années de danse classique et toutes ces colonies de poney, et ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit… eh bien je douille… grave.

Il termine, se retire. Je suis silencieuse, fermée à la discussion. J’ai besoin de prendre l’air, alors je me rhabille, et sort. Je redescends au  bout d’une trentaine de minutes, lui dit que je dois rentrer chez moi, et part devant son regard un peu étonné.

Le lendemain, je pars en vacances pour deux mois.

A mon retour, nous nous croisons, il n’est pas très aimable, et moi non plus. Je crois que j’ai eu ce que j’ai voulu.

Je suis affranchie.

O., je te remercie chaleureusement de m’avoir évité des années d’errance sexuelle en m’offrant un premier orgasme digne de ce nom… Et surtout, passe le bonjour à ton père !

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