Elections

21 avril 2002, premier tour des élections présidentielles.

Nous avons convenu avec plusieurs amis de regarder les résultats chez moi. Rendez-vous est donné à 19h30. J’ai passé la fin d’après-midi avec N., et nous devons passer récupérer un livre chez lui avant d’aller retrouver les autres.

N. et moi avons été amants durant plusieurs mois. Histoire complexe, N. était en couple, nous nous étions reniflés un an après le début de son histoire, et puis ça avait dégénéré. Alors que je n’avais souhaité qu’une étreinte qui sublimerait notre amitié, nous nous étions retrouvé à remettre ça mille fois. Jamais dans la légèreté, toujours à moitié dans l’embrouille. Il insistait souvent lourdement, s’aidant de tout son corps, et arrivait à transformer mon NON convaincu en un OUI étouffé, ce qui avait le don de m’irriter prodigieusement. Et de me faire jouir, car aucune doute, il savait y faire. Mais je ne supportais plus cette relation dans laquelle je me sentais faible, coupable et obligée d’être dure avec lui, alors que nous avions un lien amical extrêmement fort. Et nous avions arrêté, pour nous sauver et redonner sa place à la complicité. Depuis quelques années, déjà.

2002, donc. Je ne sais pas pourquoi, j’étais probablement en phase sensible, et puis il faisait chaud, ce jour là, je crois. En tous les cas, assise derrière lui sur son scooter, des pensées chaudes m’avaient traversée. Pensées étouffées très vite, nous avions tellement galèré à arrêter nos ébats, tellement discuté de tout ça, des causes, des conséquences, de l’insistance, du comment, du pourquoi, que je ne voulais pas ré-ouvrir ce débat. Je me souviens d’avoir ri de moi, de ma faiblesse face au souvenir de son talent. Car indéniablement, il était d’une efficacité redoutable, d’une technicité portée par son obsession, jamais repu, toujours bandant, capable de jouir rien qu’en faisant jouir. Je le qualifiais de dégénéré sexuel, et j’avais une tendresse immense pour lui. Mais je ne voulais plus revivre ça. Je voulais que nous ne soyons qu’amis.

Il lui était arrivé plusieurs fois d’essayer de m’attraper à nouveau dans ses filets, et j’avais toujours su dire non. J’avais fini par comprendre que je ne devais lui laisser aucune chance, réagir dès que sa main se faisait baladeuse, dès que son souffle devenait trop intime. Quitte à refuser ses demandes d’étreintes purement amicales. Je suis plutôt tactile, mais je savais qu’avec lui c’était dangereux, alors je m’en empêchais. Je connaissais sa tenacité, sa volonté immense de persuasion. Et mon hypothétique et cyclique faiblesse, qui me faisait me contredire alors que j’ai horreur de ça.

Nous arrivons chez lui, et tous les coins de son appartement me rappellent une partie de baise. De son lit à son canapé en passant par le plan de travail dans sa cuisine ou encore – surtout – la table en marbre. Tout clignote devant mes yeux. De l’eau a coulé sous les ponts depuis notre dernière fois, mais je ne cesse de me dire que je ne veux pas que ça recommence. Que je tiens trop à notre amitié pour encore une fois prendre le risque de devoir parfois être blessante afin qu’il arrête. Que remettre le couvert est décidément trop périlleux.

Pour mettre un peu de cohérence entre ma pulsion et ma décision, je file dans la cuisine prendre un verre d’eau. Nous ne sommes là que depuis quelques minutes, et tout est normal, on discute, on rigole. Je bois mon verre et, alors que je ne l’ai même pas entendu, N. se colle à moi, son ventre contre mon dos. Je réprime un fou rire et essaye vaguement de me dégager, en lui rappelant que non vraiment ce n’est pas une bonne idée.

Il ne m’écoute pas, colle ses lèvres contre mon cou et me demande : « tu as envie ? ». Je suis encore en train de m’empêtrer dans mes arguments, arrêtant sa main gauche dans son élan, que sa main droite est dans ma culotte.

« Oui, aucun doute, tu as envie. »

Il me pousse fermement vers sa salle de bain, et j’abandonne rapidement mes réticences. Il pose mes fesses sur son lavabo, dos au miroir, m’embrasse fougueusement, et arrache mes vêtements. Mon sexe est offert à sa bouche, il sait exactement comment le goûter. Aidé de ses doigts, il me fait monter à une vitesse vertigineuse. J’explose, il gémit, puis remonte et quelques va-et-viens suffisent à le liquéfier. Il jouit, il coule, il soupire.

Nous nous regardons et éclatons de rire. Dieu que c’était bon. Et, j’ai le sentiment étrange que cette fois, il n’y aura pas de drame. Que nous saurons savourer ce moment comme peut-être le dernier, et que notre amitié n’en sera pas altérée. Mais au contraire fortifiée à nouveau. Libérée de ces combats entre mes réticences et son insistance, entre mes pulsions et mon refus, entre l’aveu de son désir et sa fierté. Cette dernière fois était d’une simplicité fabuleuse et n’a duré que quelques délicieuses minutes.

Nous nous rhabillons, détendus par cet orgasme fugace, et par tout ce qu’il a permis de clore.

Je lui demande comment il a su, comment il a perçu que cette fois il pouvait… Il rigole.

« Je te connais… Et puis tu avais ton petit sourire. »

Nous nous serrons dans les bras l’un de l’autre, puis nous partons.

Je me souviendrai longtemps de cette dernière fois, mon ami. Et puis, elle nous a permis de terminer notre tour de chez toi : il nous manquait la salle de bains, c’est fait.

Foutu petit sourire, un jour tu me perdras…

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Un commentaire pour Elections

  1. Fallait bien ça pour se consoler des résultats ^^

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