Tout ou rien

Je suis de celles qui restent amies avec leurs anciennes amours. Je suis aussi de celles qui font l’amour avec leurs amis, mais là n’est pas le sujet.

Rester ami, donc. Pour moi, c’est vital. Je n’aime pas quelqu’un uniquement parce que je couche avec lui. J’aime quelqu’un parce que je l’aime entièrement. Et si à un moment il n’est plus possible de mélanger nos fluides, pour une raison ou une autre, douloureuse ou pas, je ne peux imaginer ne plus avoir ce quelqu’un dans ma vie.

Je suis un peu une handicapée de la rupture en fait. Je n’arrive pas à « libérer l’autre ».

Je sais que la plupart des gens fonctionnent différemment, qu’encore une fois, mon cerveau est « mal façonné ». Et je dois dire que je ne sais pas d’où ça me vient. Certes, mes fondations sont un peu branlantes, mais il me semble que j’ai fini par me construire. De bric et de broc, certes, mais bien colmaté.

J’ai un mal fou à m’arracher aux gens que j’aime. Et je n’ai pas l’instinct de survie qui me permettrait de faire le deuil de l’autre de façon radicale, en le sortant de ma vie.

Il m’est arrivé d’être éperdument amoureuse d’un homme, qui ne voulait pas ou plus de moi si si, j’te jure, truc de dingue, je sais, mais que veux-tu…, d’avoir le coeur brisé, le ventre noué, la gorge serrée, la tête farcie, la peau meurtrie… et de continuer à le voir comme si de rien n’était. Maintenir le lien coûte que coûte. Et essayer de ne pas passer le reste du temps à pleurer. Et souvent, le temps aidant, la vie a repris ses droits, je suis sortie de ma douleur, j’ai survécu, j’ai retrouvé le goût des autres, l’indépendance. Alors l’amitié sauvegardée a pu éclore, libérée de l’obscure souffrance amoureuse.

Ce n’est pas du masochisme, c’est une hiérarchisation de la tristesse : perdre l’autre totalement me ravage plus que de le perdre partiellement. Même si le perdre partiellement me demande une période d’adaptation douloureuse. La complicité est – pour moi – beaucoup plus précieuse que le droit de jouir entre les mains de cet homme, de l’embrasser sur la bouche et d’espérer vieillir dans son lit. Même si j’ai adoré cela.

Le problème, c’est quand c’est l’autre qui ne veut plus me voir parce que je ne suis pas en mesure de lui donner tout ce qu’il attend de moi. A savoir une disponibilité amoureuse totale. Alors l’autre, façonné « normalement » la plupart du temps, a besoin de couper les ponts. De me supprimer.

Et ça me tue.

Je sais que je dois le libérer, lui laisser le temps de se détacher de moi. Peut-être un temps infini. Et je suis nulle pour ça. Vraiment nulle. Je promets de m’effacer, et je reviens sans cesse, j’arrive à ne pas appeler pendant des heures, et avant même que j’ai eu le temps de m’en apercevoir, le numéro est finalement composé et ça sonne. Je coince mes mains dans mes poches et une seconde plus tard elles agrippent ses doigts, cherchant le moindre contact. Et parfois même réclamant une dernière étreinte.

Un vrai boulet.

Je sais que ça passe pour un manque de délicatesse. C’est peut être le cas. Mais je crois que c’est surtout deux névroses qui s’affrontent. Chacun sauve sa peau comme il le peut, l’un en supprimant l’autre de sa vie, l’autre – moi – en s’agrippant à l’espoir que la partie amicale de l’amour existe et est éternelle.

Plutôt qu’un « tout ou rien », j’aimerais un « tout ce que tu peux me donner », plutôt qu’un « plus jamais », j’espère un « je reviens bientôt », plutôt qu’un « tu n’existes plus », je préfère un « je te garde pour toujours »…

Car c’est comme ça que je pense. Je ne quitte jamais.

Je suis une grande fidèle, aussi ironique celui te puisse paraître. Malgré tous mes discours.

Une grande fidèle et un putain de coeur d’artichaut.

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7 commentaires pour Tout ou rien

  1. Janis dit :

    On ne se connaît pas mais qu’est-ce que ça me parle…
    Je me sens un peu moins seule dans le club de celles qui remballent les désirs quand le rideau tombe et qui se bagarrent le temps qu’il faut avec elles-mêmes pour sauver l’amitié. Parce que ça fait mal quelques mois et ensuite, on se dit que ça valait la peine.
    Copine de coeur d’artichaud…

    • R. dit :

      … et de goûts, aussi, si ton blase est une référence à Janis Joplin… C’était mon « amoureuse », dans ma prime jeunesse ! 🙂
      Et je suis sûre qu’on a raison d’être comme ça, et qu’un jour, le Monde nous comprendra… 🙂
      Bienvenue, donc !

  2. J’ai sans doute un peu moins tendance à m’accrocher, mais je suis aussi très fidèle (en amitié, en amours…) et je n’aime pas du tout perdre le lien avec mes ex, même si le temps fait quelques ravages (je précise par souci d’exhaustivité qu’il y a aussi de très rares cas où j’ai coupé les ponts sans regret).

    • R. dit :

      J’aime bien votre pluriel à « amour »…
      Et moi je suis incapable de couper les ponts. C’est un handicap certain, parfois. :/

      • Isobel dit :

        En effet, ça peut en être un.
        Perso je suis du genre inverse, c’est tout ou rien, quand je sors d’une relation j’en arrive à haïr la personne, j’en ai besoin pour passer à autre chose.
        Mon ex, lui, voulait me garder en amie après m’avoir quittée, et voulait en même temps draguer sa meilleure amie. J’ai été très violente verbalement et je lui ai fait beaucoup de mal, pour qu’il n’y ait aucun risque qu’on se recontacte amicalement un jour. C’était la seule solution.
        Donc quand tu es du genre à ne pas vouloir couper, alors que la personne en a besoin, cette dernière peut sacrément sortir les griffes pour protéger sa propre intégrité mentale.
        :/

        • R. dit :

          Oui, j’en ai déjà fait les frais… C’est la vie, même si je crois que je n’arriverai jamais à être « comme ça », capable de tout anéantir pour mieux renaître. Malheureusement…
          Mais je ne juge pas, je comprends bien que chacun sauve sa peau comme il le peut. :/

  3. Ping : Haïr | Du sang, du sexe et du lait maternel

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