15 ans

15 ans. Un âge qui a été compliqué, pour moi.

Dur de savoir si j’étais une petite fille ou déjà une grande. J’en connaissais un petit rayon, sexuellement parlant, même si je n’avais officiellement couché qu’une fois avec un garçon.

Je traînais avec « mes potes » du conservatoire. Tous musiciens accomplis, ils avaient entre 20 et 25 ans, et ma mère était ravie que je les côtoie, même si elle ne les connaissait pas.

La bonne blague…

Dans les faits, et cela n’enlève rien à leur talent, ils baisaient à couilles rabattues toutes les filles qui assistaient à leurs fêtes du samedi soir, dans la salle 4, au 3e sous-sol du conservatoire. Du moins, c’est ce qu’ils me racontaient.

Avec mes 10 ans de moins, je me sentais comme leur petite soeur.

Deuxième bonne blague…

Ils me racontaient leurs ébats, j’étais très intéressée. Mais ne pensais pas à coucher avec eux à l’époque je savais me tenir.

Un après-midi, A. me fait boire du whisky. Beaucoup de whisky.
Il ne me force pas, pas du tout. Mais il n’oublie jamais de me resservir.

Je suis complètement à l’ouest, il m’amène dans la salle 3 (cette fois). Et commence à coucher avec moi. Il a 25 ans, j’en ai 15, et je pleure. Mais il ne s’arrête pas.

Je ne me débats pas. Non. Juste, je pleure. L’alcool…

Il me dit qu’il m’aime (?????), et qu’il a fait le test du sida. Génial…

Je ne sais pas combien de temps ça dure, je suis saoûle, il est 16 h et des brouettes.

A. termine, je me rhabille et rentre chez moi. Dans un drôle d’état.

Le lendemain, je reviens au conservatoire, comme si de rien n’était. S., 25 ans, veut me parler dans la salle 2 (ça devient drôle, non ?). Il entreprend rapidement de m’inciter à le caresser. Un moment de flottement pendant lequel je me laisse faire… mais cette fois je n’ai pas bu. Alors je m’arrête.

Nous retrouvons les autres, et la sentence tombe :

« R…. nous, on veut te baiser. Donc soit tu restes, et tu le fais, sinon, tu peux rentrer chez toi. »

Froidement.

Je me souviens de mes larmes, de ma stupéfaction. Je les aimais et ils me viraient.

Je suis partie, déboussolée.

Et il m’a fallu 10 ans pour réaliser que cet épisode alcoolisé n’était certes pas un viol, mais assurément une situation anormale.

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10 commentaires pour 15 ans

  1. Je ne suis pas spécialiste du droit mais je ne suis pas sûr que ce genre d’agissements échappent à la qualification de viol, en tout cas, certainement pénalement répréhensible.
    Moralement, je pense qu’un mec qui est capable de baiser (en sachant très bien qu’il profite d’une situation de faiblesse) une fille qui pleure est à peu près aussi taré dans sa tête que l’énergumène dont tu parlais dans une autre note qui s’amusait à humilier les filles qu’il venait de baiser.

    • R. dit :

      J’avoue que je ne sais pas trop ce qu’il avait en tête. Je suis par contre étonnée de voir que j’ai mis 10 ans avant de me rendre compte que ça n’était pas normal. La puissance du conditionnement ou la faute à mon enfance, je ne sais pas…

  2. Sir John dit :

    Comment dire poliment, du haut de mon grand âge, que je casserais bien la gueule à ce connard? Comment présenter des excuses au nom de tous ces débiles, profiteurs conscients d’une envie normale de découvrir de la part de filles (beaucoup) plus jeunes qu’eux. Plus jeunes qu’eux qu’ils massacrent au nom de leur seul plaisir égoïste. Je ne me veux pas comme exemple, mais de tout temps et tout âge, le respect et la délicatesse (merci à ma très chère maman), qui n’empêchent nullement « la baise » entre adultes consentants, ont été, sont et seront les moteurs d’une relation avec une fille/femme. Et un mec sait très bien quand il est irrespectueux ou indélicat. S’il « continue » dans ces conditions, il viole l’Autre, violente ce que vous avez de plus fragile : votre entité féminine. L’air de rien, ce type de comportement me rend furieux.
    Acceptez à posteriori et avec 10 ans de retard, les excuses les plus sincères de la part d’un membre de la communauté de ce gros connard.

    Sir John.

    • R. dit :

      Je n’en demandais pas tant, mais c’est très gentil. Merci, et bienvenue ici. 🙂

      • Sir John dit :

        Navré mais c’est parti tout seul (alors que je ne vous connais même pas). Mais si vous saviez le nombre de femmes splendides que mes connards de « confrères » mettent dans cette situation…
        Merci de votre accueil. Au plaisir de vous lire. J’apprécie votre style original.

        S.J.

        • @ Sir John » Contrairement à vous, je ne me sens absolument pas porteur du passif de l’engeance masculine dans son ensemble, de même que je reproche pas à une femme les exactions de ses « consœurs ».
          Mais bien évidemment, nous avons tous à supporter, dans nos relations avec autrui, certains arriérés dont nous ne sommes pas responsables.

          • Y. dit :

            Exaaaaaaaaaactement, m’excuser au nom de la stupidité de certains mâles, ça serait dire que parce qu’on a le même outillage sous la ceinture je dois m’identifier à eux jusque dans leurs pires actes, me voir comme potentiellement eux, ce que je refuse : on se définit avant tout par nos actes, pas par une appartenance à un genre, une race, une nationalité ou une quelconque catégorisation … Or ils franchissent des limites que l’immense majorité ne franchira jamais, donc je ne vois pas pourquoi un autre qu’eux devrait en répondre, sans vouloir te manquer de respect, Sir John.

            • R. dit :

              Je dois dire que certaines de mes congénères font des choses scandaleuses à mon sens, et qu’il ne me viendrait pas à l’esprit de m’excuser en leur nom… Mais je pense que Sir John n’était que bienveillance en laissant son commentaire, et que pas une seconde il n’a demandé à l’ensemble des hommes de porter la faute des connards. Probablement souffre-t-il plus d’être possiblement « amalgamé » avec eux. Et ça me rappelle cette fois où`j’étais au Sénégal, et où, en voyant le comportement de certains touristes, je me suis sentie assez mal d’être peut-être considérée comme « de la même trempe ». Je n’ai pas été jusqu’à m’excuser, bien évidemment… mais au fond de moi, j’espérais vraiment ne pas être mise dans le lot.

  3. Sir John dit :

    @ Cui et Y : Vous avez bien sur raison (en partie). Mais « c’est les autres c’est pas moi » je trouve cela un peu lâche, quant on regarde au niveau « macro ». Présenter des excuses au nom d’un goujat (le mot est faible) à qui n’est même pas venue l’idée de le faire me parait être la moindre des choses, en tant que membre de la gent masculine, et envers R. membre de la gente féminine. Bien sur j’aurai préféré le rattraper par les oreilles (pas seulement peut-être…) pour qu’il s’excuse de suite, mais ce n’est pas possible. Et dans les faits je crois que nous avons une part de responsabilité auprès de nos congénères. Je ne dis pas que dans vos soirées entre potes c’est foot, bagnole et « gonzesses », mais avoir le courage d’élever le débat entre nous sur ce dernier sujet, est la moindre des choses. Or ce n’est pas toujours le cas me semble-t-il avoir observé. Ce n’est pas moi qui embêterai R/une fille dans le Métro, mais je ne laisserai pas d’autres hommes le faire pour autant.
    Voilà, c’est mon avis et il n’engage que moi, mais je le partage…
    Quant aux exactions des Femmes, je ne vois vraiment pas de quoi tu parles Cui ;).
    Et maintenant on ne va pas embêter R. avec nos discussions.

    S.J.

  4. Y. dit :

    C’est juste une question de représentations. Parce que tu as un chromosome de plus en commun avec lui, tu te ranges toi-même dans le même groupe qu’un détraqué et dans un groupe différent de R. et ressens un besoin de lui faire des excuses au nom de ce membre de ton groupe. De fait ça implique que tous les autres membres du groupe « hommes » sont concernés, ce qui me déplait vû que c’est une vision que je ne partage pas du tout. Moi je vois avant tout un groupe de gens qui abusent d’autrui, hommes ou femmes (si, si, crois moi des femmes aussi il y en a plein), un autre qui ne le fait pas (ou en tous cas pas sur des choses aussi graves) – et je pars du principe qu’ici on est tous dans le deuxième, donc je ne vois pas en quoi on se devrait la moindre excuse entre nous à ce sujet.
    Maintenant libre à toi de le faire, mais sans dire qu’on est lâches de voir les choses différemment de toi 😉

    Tant qu’on y est, il y a aussi plein de mecs biens qui passent leurs soirées à parler foot, bagnoles et gonzesses, il n’y a pas de sortilège pour que ça transforme automatiquement en violeur en série – on a le droit de penser que ça change en beauf si on veut, mais ça s’arrête là 🙂

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