Au royaume des aveugles

Hier j’ai découvert un blog. J’ai lu tous les textes publiés depuis 2007, sans réussir à m’arrêter. Un peu aux dépends du grand capitalisme – du grand capitaine, dirait
mon fils -, en tous les cas de mon petit patron.

Les histoires de sexe – entre autres – d’un « hédoniste impudique », pour reprendre ses termes.

Je suis sortie de cette lecture chancelante. D’abord, parce que j’avais puissamment envie de sexe. D’étreintes. De corps. De trouble. D’inhabituel.

Mais surtout, parce que ma presque certitude d’être plutôt un bon coup (aime-toi, le ciel t’aimera) a volé en éclat. Déroutant…

Je ne remets pas en cause mon obsession du sexe ni mon talent pour la chose. Non. Plutôt crever.
Mais je me suis soudainement vue comme une borgne au royaume des aveugles. Comme une femme qui, bien qu’elle semble (j’ai dit SEMBLE) avoir une libido plus présente, plus puissante que celle d’une bonne partie de son entourage féminin, dispose d’une palette de pratiques bien maigre par rapport à certaines héroïnes de l’auteur hédoniste et talentueux.

Pourtant je sais bien qu’il ne s’agit pas de performance. Que je suis incapable de consommer le sexe juste pour « l’avoir fait ». Que je ne sais que communier. Que c’est ça qui me plait.

Je sais aussi que le talent compte, mais davantage encore le cœur à l’ouvrage, l’atmosphère qu’on parvient à créer en jonglant avec nos désirs, ceux de l’autre, nos failles, son mystère, nos mots, ses yeux, notre histoire, ses maux.

Je crois que je ne me retrouve pas dans les concepts libertins. En tous les cas de ce que j’en imagine. J’ai tendance, peut-être à tort, à y voir trop de clichés, et je cherche à les fuir. Je n’ai jamais compris les déguisements d’infirmière, les jeux de rôles. Les artifices. J’ai beau être assurément cérébrale, mon avidité sexuelle est bestiale, sauvage. Et je crains de l’altérer en la grimant.

Je ne suis pas sûre d’être bien claire… Je ne juge pas les libertins revendiqués. De toutes les façons, je ne juge pas grand monde à part les très très très méchants. Je me sais en plus assez joueuse, je connais mon goût des « ping pong » érotiques, j’aime introduire du trouble et de l’ambiguïté un peu partout. Mais je suis incapable de stratégie.
Disons que je suis brut.
Je peux allégrement fantasmer sur une orgie, imaginer mille mains, bouches et vits qui me fouilleraient, mais il faudrait qu’elle tombe comme ça, sans préparation. Sans scénario. Autant dire que je peux toujours attendre que les gallinacées portent des appareils dentaires…
J’aime quand les pépites se découvrent au hasard, quand c’est une convergence d’événements qui provoque la tension sexuelle et l’occasion de la mettre en pratique. J’aime quand ça me tombe dessus, et quand j’ai assez confiance en l’autre pour m’abandonner à ses mains, sans savoir où ça me mènera.
Et il m’arrive parfois de penser avec effroi que peut-être de telles choses n’arriveront plus….

Je ne suis pas une chasseuse, même si je saisis volontiers au vol les perches qu’on me tend. Je rechigne à prévoir, car mes pulsions me dépassent. Elles arrivent d’un coup, au gré d’un mot, d’un regard, d’une fluctuation hormonale, et je n’ai aucun contrôle sur elles. Je ne peux qu’éventuellement leur intimer l’ordre de chuchoter le temps que je parvienne à me raisonner… ou pas.

D’autres fois je pense qu’au contraire, c’est agréable de ne pas avoir tout vu, d’avoir encore du chemin à parcourir. Encore faut-il être sûre que la vie me permettra de le fouler…

J’aurais peur, si je me mettais à consommer tous azimuts, de me lasser, de baiser comme on enfile des perles. De perdre la magie des moments rares et spontanés.

En fait je crois que je ne veux pas être estampillée, je ne veux pas être « une libertine ».
J’aimerais juste être libre.

Hier, en lisant toutes ces histoires, j’ai eu envie de sexe et de liberté.
Malheureusement, mon mec a eu la flemme de me faire l’amour…

———
Photo : Madonna par Mert Alas-Marcus Piggott

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11 commentaires pour Au royaume des aveugles

  1. Rod dit :

    Ho !! J’ai également passé ma journée d’hier à lire avec envie chaque papier de ce Monsieur… j’en suis à 2009, mars… Je vais pas beaucoup bosser aujourd’hui, en même temps j’ai pas la tête a.
    Belle écriture K., merci pour ce partage.
    Bisous R.

  2. Arnaud dit :

    Je pense qu’il y a de tout dans le libertinage. Ça ne se cantonne pas aux costumes d’infirmières et autres jeux de rôle ! Maintenant, c’est sûr que si ce qui vous plait c’est la spontanéité, « que ça tombe comme ça », c’est sûr qu’il est plus compliqué d’organiser ne serait-ce qu’un rendez-vous 🙂

    • R. dit :

      Oui oui oui, j’en suis sûre, il existe certainement un libertinage qui pourrait me correspondre… Et peut-être y viendrais-je. Mais j’aimerais que ça soit un peu par hasard…
      Et bien évidemment, j’ai moi aussi organisé des rendez-vous, un paquet même. Certains hommes sont timides, si j’avais attendu après eux, je serais presque vierge ! 🙂
      (by the way, belles photos…)

  3. Rod dit :

    … et merci également Arnaud pour ce blog, bien plus évocateur qu’un Bonjour Madame… 😉

  4. Alex dit :

    Je plussoie, les photos d’Arnaud sont sublimes et très excitantes !!

  5. kinky dit :

    Tout d’abord je suis ravi que mon chez moi vous ait donné envie de sexe. C’est le compliment ultime. Dommage que monsieur…

    Je comprends mieux le commentaire que vous m’aviez laissé. Les questions que vous avez été amenée à vous poser concernent finalement bien plus votre rapport au libertinage que vos talents. Le libertinage, chacun en a sa définition. Il y a tant de façon de le vivre, de le pratiquer. On peut imaginer avant de l’avoir pratiqué que c’est le lieu de la performance et donc craindre de ne pas y trouver sa place. La réalité est heureusement plus nuancée.

    Comme vous j’aurais préféré un libertinage spontané, non codifié. Mais comme vous le dites, à moins d’avoir beaucoup de chance, on peut attendre très longtemps avant qu’une opportunité ne se crée. Vous n’avez pas tout à fait tort de penser que c’est un milieu avec ses clichés. Mais libre à chacun de ne pas les accepter, de proposer autre chose. Aujourd’hui je me suis éloigné de ce milieu libertin/échangiste dans lequel je ne me suis jamais senti tout à fait à l’aise pour toutes les raisons que vous évoquez. Le milieu libertin est à la fois un espace de liberté et une prison.

    Faites-vous plaisir. Mais restez libre. Toujours.

  6. Fabien dit :

    Moi je crois que je ne suis pas assez exhib et/ou matteur pour le libertinage.. et comme ça va ensemble j’ai l’impression…

    Ha oui sinon : « baiser comme on enfile des perles »… :O énorme 😀 😀 😀

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