Le club des JB

Nous devions avoir 9 ans et quelques. Et nous étions assez portés sur la chose. On peut même dire que nous étions obsédés par le sexe.

En tous les cas, moi. J’avais mes raisons.

Dans la cour, on jouait à action ou vérité, et à chaque fois qu’on choisissait l’action, c’était pour se rouler des grosses pelles ou pour que les garçons de la bande fassent semblant de nous faire l’amour. A la missionnaire, bien sûr, on était loin de se douter de la foultitude de positions.

Je ne sais plus comment ni pourquoi ça a commencé. Et qui a lancé le mouv…

Toujours est-il qu’on a créé un crew. Le club des JB. JB pour « jeunes baiseurs ».

On était des chauds de la chaussette, je te dis…

Chacun y allait de sa contribution. L’un apportait des capotes – dont on ne se servait évidemment pas – en tous les cas pas comme il faut -, l’autre les revus pornos de ses parents, ou piquées sous le lit de son frère… Moi, en l’occurrence. Je me souviens de Penthouse, Lui… Mais encore plus Union. Celui-là était mon préféré, j’adorais les histoires rocambolesques, et je dois dire qu’elles ne me laissaient pas indifférente… Déjà à l’époque, les mots un peu soignés m’excitaient plus que les images crues. Je me souviens de ce récit d’une femme punie par son mari de façon extrêmement sexuelle, des choses qu’elle devait subir, vraisemblablement avec plaisir et… bref, je m’égare.

On se planquait dans les quelques coins de la cour, et on ricanait bêtement devant ces corps étalés, ces sexes si différents des nôtres en gros plan.

H. a voulu nous rejoindre, et je ne sais plus pourquoi, nous l’avons refusé. Et il ne l’a pas très bien pris…

Alors il nous a provoqué, et nous nous sommes retrouvés à gémir, mimant des orgasmes grotesques, tous en chœur devant lui. Pendant qu’il nous enregistrait. A notre insu.

Les enfants sont étonnants…

Évidemment, il nous a balancés.
Heureusement, nous étions dans une école expérimentale, et nos instits étaient très ouverts. Au point, par exemple, de nous expliquer en cours sur la reproduction les joies et les vertus de l’orgasme. Une chose fondamentale – et même fondatrice -, quand on y pense, mais j’ai appris plus tard que ceux qui avaient fréquenté les écoles « normales » n’avaient pas du tout été briefés sur le sujet.

Alors ils nous ont parlé chacun individuellement, avec des discours très chaleureux, déculpabilisant, nous racontant leurs propres anecdotes enfantines.

Le deal, c’était que nous devions le dire de nous-même à nos parents. C’était plutôt sympa de leur part.

Le lendemain, tout le monde l’avait fait. Sauf moi.

J’ai bien évidemment prétendu que je l’avais dit à ma mère – pourtant pas du genre ultra-sévère -, et que tout s’était bien passé.
En réalité, je m’étais défilée.

Sauf que la mère d’une de mes copines « jeunes baiseuses » a rigolé sur le sujet devant la mienne, la pensant au courant.

Blanc…

Ma mère qui saisit.

Ma copine aussi.

Grosse double-honte.

Ça a été la fin du club des JB.

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11 commentaires pour Le club des JB

  1. dita dit :

    ah Union!! ::)))
    j’aimais mieux Lui et newlook aussi…
    dis donc vous étiez sacrément précoce , moi à cet age là je me battais avec les garçons dans le couloir et je me prenais des baffes par les plus grands d’entre eux… en fait je découvrais le BDSM sans le savoir :p

  2. Lib' dit :

    Hmmmm… Je crois que j’ai cessé de regarder « L’île aux enfants » vers huit ans, pour devenir membre du club des… JB(adledcdc).
    C’est quoi les petites lettres entre parenthèses? C’est pour « jeunes béats d’Admiration Devant Les Exploits Du Club Des Cinq… 😉 Je vous laisse imaginer le décalage avec les autres quand j’ai quitté mon village pour entrer en 6e…
    C’était quoi cette école expérimentale R.?

    • R. dit :

      En même temps, peut-être eût-il été plus simple pour moi de ne pas être confrontée à la sexualité crue si tôt. Je ne sais pas… 🙂
      C’était l’école à aire ouverte, vers Beaubourg. Une école géniale, que je pensais normale. J’ai appris en 3e qu’en fait c’était une école expérimentale. Nous y avions une grande liberté de parole, et le simple fait de ne pas nous cacher l’existence du plaisir sexuel me semble formidable. Je me suis promis de faire la même chose avec mes fils. Sans spécialement rentrer dans les détails, leur expliquer que faire l’amour, c’est formidable.
      🙂

  3. Zoulmi dit :

    En cours d’éducation sexuelle ; en 5ème je crois, et c’était tout nouveau au programme ; la prof assermentée par l’état était aussi nonne… Et elle nous a appris que l’Homme n’était pas « fait » pour se faire l’amour à lui-même (elle nous a surpris en nous disant connaitre le terme « branlette » que nous croyions inconnus des adultes.)
    (Ça me rappelle aussi la fois où j’ai parlé à une doctoresse à propos de ma consommation de cannabis. Elle m’a demandé si je connaissais ce qui fait tourner la tête dans le joint, j’ai répondu ; en bon scientifique que je suis ; « bien sur, le delta-9-TétraHydroCannabinol de formule C21-H30-O2, mais il y a aussi d’autres cannabinoïdes psychotropes à prendre en compte. » Elle a répondu « non, c’est le THC (cf. les majuscules du nom complet…) »)
    En tous cas, t’a bien de la chance d’avoir été dans une école cool comme ça et que ça ait marché pour toi.

    • R. dit :

      Oh ! Dans le même genre, j’ai eu une gynéco qui ne connaissait pas la moon cup et une autre qui prenait un air horrifié quand je lui parlais de mes diverses consommations de drogues, alors que je lui disais pour qu’elle en tienne compte dans ses prescriptions.
      Sinon oui, j’ai adoré être dans cette école, mais je crois qu’elle n’est plus ce qu’elle était il y a 25 ans. 🙂
      Welcome back, by the way, je croyais t’avoir perdu… 🙂

  4. vicescaches dit :

    Vous étiez bien plus précoce que moi ! En primaire, je ne m’intéressais absolument pas aux filles et au sexe. Je me souviens qu’un gars était venu nous chercher pendant qu’on jouait au foot et nous avait emmenés dans un coin à l’abri des regards. Une fille nous y attendait. Elle avait soulevé sa jupe et baissé sa culotte. Cela ne m’avait fait ni chaud ni froid.

    • R. dit :

      J’étais très très portée sur la chose… encore aujourd’hui, j’ai ce qu’on appelle « un esprit mal tourné », ce qui plait à certains, moins à d’autres… 🙂
      Bienvenue, vicescachés.

  5. Kinky dit :

    Voilà donc l’explication ! J’ai souvenir d’avoir feuilleté des magazines porno que nous avions trouvé le long d’une voie ferrée abandonnée. Je ne comprenais pas pourquoi ces dames se mettaient des objets dans le cul. Je ne devais pas être assez curieux pour fonder un club…

    • R. dit :

      Vous vous êtes vraisemblablement rattrapé. 🙂
      Et je suis bien heureuse de ne pas vous avoir déçu. Je craignais que l’histoire en elle-même ne tienne pas la promesse du titre. En même temps, on avait 9 ans.
      🙂

  6. Kinky dit :

    Disons que maintenant je sais pourquoi les femmes se mettent des trucs dans le cul et il m’arrive même parfois de les y encourager.

    Ça vous (encore) plus intéressante cette précocité

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