Capoeiriste

J’ai commencé la capoeira à 18 ans. Juste avant que ça n’explose à Paris.

Ma mère travaillait avec le Théâtre contemporain de la danse et il y a eu un petit spectacle de présentation. J’ai été subjuguée. Onze ans de danse classique, quelques mois de boxe française, neuf ans de musique, et voilà que je découvrais la pratique qui réunissait tout ce que j’aimais.

Deux mois plus tard, je commençais avec passion des cours de capoeira à Porte de Vanves. Vingt balles le cours de trois heures, des profs pas brazouk pour un sou, mais excellents joueurs, une approche presque punk de cet art, j’avais trouvé mon école.

Pas de droit de cuissage, pas de tenue imposée, des cours de très bon niveau, des profs complémentaires : un taï chiste cascadeur, grand et costaud mais très timide, un petit acrobate accro au shit et aux jeux vidéo et pas la langue dans sa poche, un nerveux à la crinière blonde spécialisé en wushu et remonté comme un coucou… Des chansons hurlées en yaourt portugais, une ambiance de fête, je suis tombée les deux pieds dedans.

Et puis tous ces hommes graciles et bien fichus… Acrobaties, contacts, proximité, jeu, sueur, les phéromones s’emballent. A 18 ans, en tous les cas.

Je ne passe pas inaperçue. La petite nouvelle avec ses deux longues nattes au henné lève bien la gambette et capte vite.

Alors quelques élèves gradés de sexe masculin viennent me renifler. Moi, trop heureuse d’être acceptée dans le cercle, et saoulée par la fin de la relation que je mène à distance avec un Lyonnais depuis quelques mois, je prends le premier venu. B. Surnom : Bitoubi. Oui parce qu’en capoeira, vois-tu, on a « un surnom ». La classe. Ça donne des situations comme celle-là :

– « Salut autre capoeiriste. Tu t’appelles comment ? »
–  » Meu nom é nativo… »
(prononcer « natchiiiivou »)
– « Mais… t’es français, non ? »
– « Euuuh… ouais. »

« Ben moi aussi, donc parle-moi français. Surtout qu’on est en France. Bref, tu t’appelles comment ? »
– « Natchiiiiiivou. »
– « Non mais je veux dire : c’est quoi ton PRÉNOM ? »
– « Ah… Jean-Philippe… »

Sérieux ????

Bref, B.

Un mec qui n’était même pas si bon en capoeira, en plus. Mais comme il parlait portugais, et qu’il était un peu ancien dans le milieu, il passait pour un ponte et levait de la minette. Moi compris.

Après le cours, donc, B. m’amène chez lui. On regarde une énième vidéo de capoeira – l’activité favorite des accros je vomis les vidéos de capoeira – en mangeant des pâtes, puis direction le plumard.

Les choses se corsent.

Absence totale de communication, le mec commence à me peloter, puis descend entre mes jambes et se met à frotter mon sexe avec… son crâne rasé. Oui pourquoi pas attendons de voir. Ah, donc il continue. Et il fait juste ça. Pas de langue, pas de doigts, pas de lèvres, juste son crâne et ses 5 mm de cheveux.

Ok…

J’essaye d’établir le contact, sans succès. Le mec est affairé, concentré, malgré l’inutilité de la chose. Il remonte d’un coup, entreprend de me pénétrer, j’en perds ma répartie. Je ne suis pas terrifiée, je suis sans voix face à une telle… incompétence aveugle ?

Je n’attends plus grand chose de cet ébat, alors bonne joueuse, je le laisse aller et venir, quand tout à coup il se retire, attrape son sexe à la main, et part de la chambre en courant.

Et ne revient pas.

J’essaye de comprendre, et réprimer un rire. Cocasse situation.

Au bout d’une bonne dizaine de vraies minutes, il revient avec un slip blanc. Il s’allonge triomphant à côté de moi sans noter mon regard dubitatif.

– « Excuse-moi de te poser cette question, R. Mais… t’as pas dû coucher avec beaucoup de garçons avant moi, hein ? »

Je ris.

 – « Pourquoi tu dis ça ? »
– « Parce que j’ai connu des filles plus… ouvertes. Yen a c’est des bouches de métro, et toi, là, c’est tout serré. T’as couché combien de fois avant moi ? »

J’explose de rire. Cet homme est formidable, n’est-il pas ?

– « Écoute, B, t’es pas mon premier, t’es pas mon deuxième, t’es pas mon troisième, t’es pas mon quatrième, est-ce que je continue ? »

L’hôpital qui se fout de la charité.

Je me suis encore foutu un peu de sa gueule intérieurement, je me suis retournée pour dormir, et je me suis taillée avant qu’il se réveille pour aller passer mon permis.

Que j’ai eu.

Par contre j’ai arrêté la capoeira il y a bien longtemps. Il y a trop de capoeiristes…

 

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5 commentaires pour Capoeiriste

  1. Zoulmi dit :

    Ça t’apprendra à choisir des mecs sans cheveux.

    • R. dit :

      J’y peux rien, j’ai une fâcheuse tendance à apprécier les crânes presque rasés. Et la majorité de ceux qui ont croisé ma vie ou mon lit était ma foi pas si mal. Lui, par contre… 😀

  2. Irmazinha de coração dit :

    Heu… Comment te dire?… La chute est…
    Enfin tu vois quoi… ;0))))))
    Non, mais blague a part, j’avais oublié cet épisode!!! Du grand art…

  3. tomas dit :

    Je ris comme seul comme un con en imaginant la scène. J’ai connu quelques wanna be Brésiliens dans ma vie, c’est une race….comment dire… à part.

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