Honte

C’était il y a bien longtemps.

Je couchais avec un de mes amis. Parfois. Parfois plus souvent. C’était plus fort que nous. Enfin, c’était surtout plus fort que lui de me solliciter, et plus fort que moi de ne pas dire non. Éternel conflit entre la tête et la queue. Je plaide aussi coupable.

Nous étions vraiment des amis proches, du coup je l’avais présenté à une nouvelle copine, et ils s’étaient mis ensemble. C’est un an plus tard que nous avons commencé à nous renifler. Ça n’aurait dû être qu’une fois, mais ça avait dérapé mille fois. C’était vraiment plus fort que nous. Compliqué, mais plus fort que nous.

Nous faisions partie de la même bande, autant dire qu’on passait tout notre temps libre ensemble, chez l’un, chez l’autre, à jouer à la play station en mangeant des pépitos, en buvant du coca et en fumant des gros pétards. Oui, nous étions des intellectuels, so what ?

Un soir, un concours de circonstances fait que nous devons tous dormir au même endroit. Nous sommes six et il y a deux lits deux places dans la même pièce. Le temps que j’échafaude un plan discret pour ne surtout pas me retrouver dans le même lit que « le couple », c’est déjà trop tard. Les trois autres se sont rué sur le deuxième lit. Et je n’ai pas d’argument officiel pour avoir une dérogation et « plaider ma cause ».

Alors je mise tout sur l’agencement, me dis que ma copine va se mettre au milieu, ce qui me semble assez logique.

Oui mais non, elle souhaite dormir au bord.

Damned ! Je crains le pire… Impossible de me tirer de cette situation vénéneuse sans provoquer des soupçons. Je me résigne.

Nous nous couchons tous les six, mon pote entre sa nénette et moi. Tous bien défoncés, nous sombrons assez vite dans le sommeil, ce qui me rassure.

Mais c’est oublier que dormir à trois adultes dans un lit prévu pour deux n’est pas du meilleur confort. Et que, quand on a le sommeil léger – ce qui est mon cas et celui de mon pote -, forcément, on se réveille, plein de fois.

J’ai beau me recroqueviller contre le mur, il n’y a pas assez de place pour qu’on ne se touche pas. J’entends la respiration de mon ami tout près de mon oreille et je sais. Il est réveillé. Il s’approche de moi, je n’ai pas de solution de repli. Sa main s’aventure sur mon corps, et je l’arrête. Nous ne parlons pas, de peur de réveiller les autres, et je n’ose même pas bouger trop fermement, de peur de réveiller l’officielle. Mais c’est sans compter sur la pugnacité de mon pote, qui savait – à l’époque – être très insistant.

Il revient à l’attaque, je le repousse encore, il se faufile, profitant, certes, de ma faible amplitude de protestation, mais, surtout, convaincu d’arriver à ses fins. Le bougre me connaît bien. Je résiste encore, le plus discrètement possible, et encore une fois, alors qu’il a réussi à mettre sa main dans ma culotte, je sens mon refus se craqueler. C’est toujours comme ça, avec lui. Il me tient du bout du doigt, et même si je continue à dire non, mon corps ne ment pas, et dit oui.

Je comprends qu’à moins d’alerter toute la maisonnée, la situation est déjà trop engagée pour rester sage. Je constate, surtout, que je suis déjà au bord de l’orgasme. Que ses doigts experts n’auront besoin que de quelques secondes pour me faire exploser. Qu’à quoi bon résister, au point où j’en suis ?

Alors je me laisse aller, je ne me débats plus et laisse la chaleur du plaisir m’envahir. Je sens sa respiration s’accélérer, je sais que mon seul orgasme peut le faire grimper lui aussi. L’homme est cérébral et généreux. Très vite, beaucoup plus vite que d’habitude, je me tends, parcourue par une onde violente, aussi délicieuse que honteuse, et enfouis ma tête dans l’oreiller pour étouffer mon soupir.

Il se colle à moi, embrasse mon cou, je me relâche. Je lui chuchote le plus doucement possible que nous ne coucherons pas ensemble, que c’est inimaginable. Il acquiesce, m’intime l’ordre de ne pas m’inquiéter et de le laisser faire.

Et il repart à l’attaque, se faufile dans mes plis et replis, titillant de ses doigts humides de moi mes zones les plus sensibles.

A nouveau, en quelques secondes, j’explose.

La honte et l’interdit sont indéniablement des amplificateurs de plaisir.

Mon coeur bat à mille à l’heure. Je suis pleine de dégoût de moi-même, et encore toute chaude de mon émoi.

Nous finissons par nous rendormir.

Le matin, nous nous réveillons les uns après les autres. Mon pote et moi nous regardons un peu confus. Quand à un moment nous nous retrouvons tous les deux, je lui dis que nous ne ferons plus jamais ça, que nous sommes allés trop loin. Il en convient. Il me dit qu’il a pris un plaisir énorme, mais que lui aussi se sent mal. Je le remercie pour ces deux orgasmes puissants, on se sourit, cette fois, et on se fait un câlin chaste, « de potes ».

Nous avons ensuite continué à coucher ensemble, parfois. Parfois plus souvent. Ca a été dur d’arrêter. Et puis, non sans y laisser quelques plumes, nous avons réussi. Et aujourd’hui c’est un merveilleux ami. Qui a eu moultes nouvelles chéries.

Et moi, je suis vaccinée à vie : plus jamais, PLUS JAMAIS, je ne coucherai avec le mec d’une copine, même si le mec était avant tout mon ami.

La honte, je ne la vis pas très bien.

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11 commentaires pour Honte

  1. Y. dit :

    Ben dis-donc, t’as pas pas peur !! J’aurais plus vite eu une attaque qu’un orgasme.

  2. Si je puis me permettre, dans cette histoire, ton seul « tort » est d’avoir dit oui, mais c’est lui qui a pris l’initiative, toi qui as résisté. Pas assez, dis-tu, mais qu’importe.
    Dire que la honte repose sur toi, c’est un peu comme traiter les violées d’allumeuses (je force un peu le trait) ou les nanas qui couchent facilement de salopes, et d’excuser les mecs qui couchent facilement.

    • R. dit :

      Je n’ai pas dit que la honte « reposait sur moi »… juste que j’avais honte d’avoir fait ça, tout autant que mon ami, je pense. Et c’est pas demain la veille que je traiterais quiconque de salope ou d’allumeuse, mais tu le sais, puisque tu as lu quelques billets sur ce blog… Cela agace d’ailleurs prodigieusement mes quelques copines trompées et/ou quittées pour une autre, parce que je leur dis TOUJOURS que la nénette ne leur doit rien et qu’elle a bien le droit de jouer sa partie. Et que peut-être, un jour, elles seront la « salope » d’une autre. 🙂

      • G dit :

        Que tu es eu honte est légitime. Par contre je ne suis pas tout à fait d accord avec toi sur ton discours à tes amies lorsqu elles sont trompees où quittées ….je n ai pas à jouer ma partie auprès d un hommes en couple. Bien sur si c est un éternel infidel et que c est régulier cela me pose moins de problème et de toute façon il n y aura qu une glissade et c est tout. Par contre je refuse de venir profiter des failles d un couple , je refuse qu un homme quitte pour moi ( d autant que cela veux dire qu il me quittera pour une autre ensuite)..je n ai quitte qu une fois pour un autre …piètre souvenir …et maintenant je ne quitte que pour moi. Je respecte de plus en plus avec l âge trop ma minorité majoritaire les femmes et ne veut plus m allier à aux dominants minoritaires pour les faire souffrir. Cessons de nous pourfendre pour une reconnaissance qui n est pas celle qui nous nourris.

        • R. dit :

          Rien à voir avec une alliance aux « dominants », ma théorie vaut dans les deux sens : je dirais aussi à un homme trompé et/ou quitté pour un autre que l’autre en question ne lui devait rien, et que s’il doit régler ses comptes, c’est avec la femme avec qui il avait éventuellement un contrat. Et je ne pense pas qu’il s’agisse de « profiter des failles d’un couple ». Les gens sont adultes et responsables, et chacun fait bien comme il veut, et surtout COMME IL PEUT, avec ses fêlures, sa conscience, ses pulsions. J’ai appris, moi, à ne plus juger ce genre de choses, bien consciente que l’amour et/ou le désir puissant peuvent faire sauter des verrous qu’on imaginait indestructibles. L’humain est foutrement complexe, ambivalent, et tous les beaux principes de cet ordre ne tiennent que tant qu’ils ne sont pas pas soumis à la pression maximale. Et j’ai une foule d’exemples autour de moi.
          Par ailleurs, je n’ai moi non plus jamais quitté quelqu’un pour quelqu’un d’autre, et il est arrivé que ça me coûte cher de m’y refuser. Cependant, je ne regrette pas mon choix. Mais je ne juge pas ceux qui le font, même si je continue à ne pas vouloir le faire. Et je n’ai jamais demandé à quiconque de quitter une femme pour mes beaux yeux.
          J’ai l’impression que tu m’accuses de traîtrise envers mes sœurs, alors que je ne parle que de cohérence et alors que je suis une fervente défenseuse de la liberté des femmes (ET DES HOMMES, mais le chantier est moins gros).
          Mais j’ai peut-être mal compris ton commentaire…
          En tous les cas, bienvenue ici. 🙂

          • Y. dit :

            Je partage ton point de vue dans l’ensemble : c’est la première réaction d’en vouloir à la personne avec qui on a été trompé – et ça m’est déjà arrivé … C’est tellement plus facile de déplacer sa colère sur une personne dont on n’est pas amoureux ! Mais c’est se mentir : si on doit en vouloir à quelqu’un c’est d’abord à la personne qui est sensée vouloir le plus notre bien, non ?
            Par contre « profiter des failles du couple » ça m’évoque un autre cas de figure, celle d’un (e) ami(e) proche profitant de confidences sur les problèmes dans un couple pour essayer de détourner l’autre … Là il y a évidemment toutes les raisons d’être en rage, mais c’est un autre contrat qui est rompu, celui d’amitié, donc finalement rien à voir …

            • R. dit :

              Évidemment, si l’amant est l’un de tes meilleurs potes, il y a aussi un contrat rompu. Surtout s’il a sciemment profité des clés qui lui avaient été données en toute confiance pour arriver à ses fins. Cependant, je me suis toujours demandé comment je réagirais si l’une de mes meilleures amies tombait folle amoureuse de l’homme que j’aime et réciproquement (pour le coup, je ne parle donc pas d’un simple plan cul). Je ne pense pas que j’applaudirais, je pense même que je serais profondément triste, mais en même temps, comment juger ? L’amour, ça ne se contrôle pas, non ? Et pour rien au monde je ne voudrais rester avec mon homme s’il voulait être avec une autre. Alors je crois que j’accepterais la situation. Peut-être en coupant les ponts, même si c’est quelque chose que je ne sais pas faire. Probablement en souffrant. Mais je ne pense pas que je pourrais parler de « trahison ».
              Bon enfin, c’est assez confus dans ma tête, donc peut-être assez confus dans ma bouche… 🙂

            • R. dit :

              En fait, je crois que ce que je juge toujours, c’est l’intention plus que l’acte. Dans tous les cas, y compris ceux de « tromperie ». Autrement dit, si mon amie et mon mec sont tombés fou amoureux, qu’ils ont eu beau lutter, ça n’est pas passé, et que ça a fini par arriver alors qu’ils n’ont jamais voulu me faire de mal (quand bien même ça m’en fait), je crois que je ne peux que les qualifier de deux humains à qui il arrive quelque chose de pas très drôle et très complexe.
              Si une connaissance drague délibérément mon mec pour me faire du mal, pour se venger, ou quoi ou qu’est-ce, je trouve ça plus grave.
              Est-ce plus clair ? Je ne sais pas… 😀

  3. zoumpapa dit :

    « si mon amie et mon mec sont tombés fou amoureux, qu’ils ont eu beau lutter, ça n’est pas passé, et que ça a fini par arriver alors qu’ils n’ont jamais voulu me faire de mal »
    tu ne juges que l’intention (elle serait honnête dans ton exemple) et dans l’idéal je partage ton point de vue….par contre je reste dubitatif sur le fait que, sous le choc de la nouvelle, tu les croirais honnêtes tout de go, même si idéalement tu peux penser que jamais ta (meilleure) amie ne te trahirait volontairement (moins encore que ton homme d’ailleurs)…à mon avis il y a nécessairement une période d’incubation durant laquelle une certaine rancoeur peut t’habiter, avant réconciliation.

    • R. dit :

      Je n’ai pas dit le contraire… Malheureusement, je ne suis pas Gandhi. 😉
      Mais je pense, pour connaître mon incapacité presque totale à la rancune, que cette période serait assez courte. Et j’espère n’avoir jamais à vérifier ce que j’avance… 🙂

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