Emois

Messieurs, vos émois me touchent.

Votre fragilité m’émeut.

Toujours, et aussi – surtout ? – quand elle se traduit à l’horizontale.

Je me souviens de toi, imposant cascadeur timide, fraichement veuf, encore habité par la tristesse d’avoir perdu la femme de ta vie. Tu avais 16 ans de plus que mes petits 22 ans, tu avais un peu bu, et moi je fantasmais sur toi depuis des années.

Je voulais te rendre un peu de leste, un peu de fraîcheur et de légèreté. Je t’ai charmé, tu t’es laissé faire volontiers, et nous avons terminé chez moi à une heure avancée de cette nuit d’été.

Nous nous sommes embrassés, nous avons commencé à nous dévêtir, nous avons roulé vers mon lit, nous nous y sommes écrasés. Puis tu as continué à me déshabiller, gauchement. Et alors qu’il ne me restait plus que ma petite culotte, tu as éjaculé.

Puis tu t’es mis à pleurer.

Alors je t’ai pris dans mes bras, j’ai embrassé tes larmes et je t’ai dit que je savais ce qu’il te fallait.

Et j’ai été mettre de la musique… Norma, chanté par La Callas.

Je me suis faufilée dans tes bras, nous avons écouté cette voix divine, puis, quand le silence est revenu, nous nous sommes endormis fondus l’un dans l’autre.

Je me souviens de toi, gentil garçon habitué aux filles pénibles et avares, et célibataire abstinent depuis au moins deux ans. Il a fallu y aller pour te faire comprendre que tu m’éblouissais, par ta beauté et ta courtoisie. Tu as résisté, un peu, à tel point que je pensais que je te laissais indifférent. Alors je te titillais, mais mon orgueil m’empêchait de faire le premier pas.

Et puis un soir où tu étais chez moi, alors que la tension érotique était à son comble mais que je me tenais retranchée, tu as fini par me prendre la main en prononçant mon prénom. Tu tremblais un peu, alors je t’ai embrassé, estimant que tu m’y avais autorisée avec ta caresse. Et nous nous sommes enlacés.

De fil en aiguille nous nous sommes retrouvés la tête au pied de mon lit, toi sur moi. Tu tremblais moins, tu avais repris du poil de la bête. Tu n’avais pas l’air très au fait des choses à faire avec une demoiselle, mais ta douceur et le bleu de tes yeux compensaient. Puis tu es entré en moi, doucement. Nous sommes allés et venus, je me suis un peu aidée, j’ai pris mon pied. Mais pas toi… Au bout de quelques temps, tu m’as avoué que bien que très excité, tu n’arrivais pas à t’abandonner. Que probablement tu n’arriverais pas au bout de cet ébat. Que ton cœur battait trop vite, que je t’impressionnais.

Nous avons remis ça, d’autres fois… et tout s’est arrangé. Même si régulièrement cet émoi revenait.

Je me souviens de toi, homme obscure et complexe, mélange de sensualité et de brutalité, capable des plus beaux collé-serrés mais ne supportant pas le contact, même amical. Cette fois nous nous étions chauffés en amont, ce n’était pas notre première fois. Nous savions que ce soir, nous allions faire du sexe. Après quelques rigolades, nos regards se croisent, s’accrochent. Un ange passe. Un sourire.

Alors je m’approche. Tu es assis sur ton canapé, je t’enjambe, tu me regardes avec envie. Tu fonds ta bouche dans mes cheveux, me dis que je suis toujours aussi belle. Je retire ma robe, tu frémis. Je t’allonge, enlève ton tee shirt, baise ton cou, tes épaules, ton torse. Mes mains caressent tes flancs, mes mains cherchent ton sexe. Mais ton sexe ne réagit pas. Je t’embrasse encore, je chatouille du bout de ma langue le creux de ta nuque, je mordille ta lèvre en plongeant mes yeux dans les tiens. Je caresse ton sexe, espérant le sentir durcir. Sans succès.

Au bout d’un moment, tu exploses de rire, et je te remercie de cette sortie qui dissipe tout malaise. Tu t’excuses, me disant que tu en as eu tellement envie que ça ne pourra plus venir.

Alors je me rhabille, et nous finissons la soirée en bons potes que nous sommes.

Je me souviens des autres, aussi…

J’ai toujours pris ces manifestations comme des compliments, comme des hommages.

De très émouvants maux d’amour.

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15 commentaires pour Emois

  1. Fred dit :

    Très joli billet !!

  2. Sir John dit :

    Chapeau bas, Madame!

  3. Sophie S. dit :

    J’aime vraiment beaucoup vous lire.

  4. Marie dit :

    Je ne peux qu’abonder… Très belle écriture, émouvante et vraie.

  5. zoumpapa dit :

    Que c’est bien écrit. Il y a le sexe, bien sûr, mais c’est un moment rarement neutre…

  6. Alice dit :

    Superbe billet…. très bien accompagné par la Callas en fond sonore.

  7. dit :

    Ca me donne presque envie d’être un mec bancal (mais non, quand-même, je n’irai pas me faire opérer au Brésil)

    • R. dit :

      En fait ce ne sont pas des hommes bancals… juste des hommes.
      (mais please, reste une femme, tu es une des rares à partager plusieurs points de vue avec moi…!)
      😉

  8. C’est formidable, avec toi, on dirait que toutes les histoires ont un happy end !

    • R. dit :

      Arf… si seulement !
      Mais en fait, quand j’y pense, elles ont presque toutes un happy end : même si parfois j’en ai bavé sérieusement, j’ai presque toujours réussi à créer une belle amitié derrière.
      Pourvu que ça dure !
      🙂

  9. R. dit :

    Merci à tous et toutes, ça me touche que des hommes ET des femmes apprécient ce billet…

  10. usclade dit :

    Tu as bien raison. La fragilité à l’horizontale qui se traduit par un défaut de rigidité rectiligne ne doit jamais déboucher sur la sensation de ne pas être au niveau, sinon ça donne une relation bancale, voir sur la mauvaise pente ! L’humour ou un sourire tendre peuvent détendre tellement de tensions, rétablir des situations renversantes, qu’on aurait tort de se priver… 🙂

  11. Sir John dit :

    Je ne sais plus quel anthropologue expliquait que la plus grande révolution « désavantageuse » pour l’Homme de sexe masculin a été le passage à la position debout. Car le sexe qui était visible chez la femelle qui ne pouvait masqué son état est devenu caché, et vice versa. Intéressant à méditer…
    S.J.

  12. Zoulmi dit :

    Jolie prose.
    J’aime bien les premières phrases, on dirait des tautologies, mais en fait non.
    Tu es une fille bien de rigoler avec les mecs quand ils ont des ratés.

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