Londres

17 ans, ma grande copine V. et moi-même partons à Londres, notre Mecque. Nous cultivons nos looks décalés, mini-jupe/docs montantes/tee-shirt improbable et coloré, ou piercing/jean/sweet à capuche/puma aux pieds, ou encore robe de grand-mère/cheveux bariolés/gros tarpé, alors forcément, cette ville est notre eldorado.

Notre train part de Gare du Nord à 13h13.

Sauf qu’à la douane, nos looks nous font repérer. Tous les indices dans nos sacs nous amènent à être fouillées. Et prises en flagrant délit de « possession de résineuh de canabisseuh ».

Du coup, gardav’, appel aux parents, amende à payer en liquide, pas de procès verbal mais quelques insultes, et un train finalement pris bien plus tard que prévu.

On arrive à Londres, mais la personne qui doit nous héberger n’est plus chez elle. Forcément, on devait arriver dix heures plus tôt.

Dans la rue, on croise deux squatters. Dreadlocks, piercings partout, têtes de foncedés, ils nous interpellent, nous leur expliquons notre situation, et ils nous convient « chez eux », à quelques pâtés de maison.

Le squat, plutôt crado, est habité par quatre ou cinq jeunes.

Nos deux hôtes, Renaud et Cristiano, un Français et un Italien, nous invitent à les suivre dans une free party. Nous acceptons volontiers, follement excitées à l’idée de vivre notre british dream.

On se retrouve dans un lieu immense, que je ne saurais qualifier. Renaud nous propose des champignons. A part deux ou trois traits de Brown Sugar pris avec M., je suis novice en drogues dures. Ma pote V. aussi. Et nous sommes très attirées par le sujet. Alors, nous avalons les champignons.

Quelques minutes plus tard, Cristiano nous apporte un micropoint à partager. Nous éclatons de rire en voyant la petitesse du comprimé, le partageons, et le gobons sans hésiter.

Damn !

V. se fait draguer par un mec, et passe toute la soirée avec lui. De mon côté, je reste avec Renaud, Cristiano, et deux soeurs parisiennes qui les accompagnent, Anne et Ingrid. Et je suis dé-chi-rée. Mais alors, quel délice. Et quelle intensité ! Je ne connais ces quatre personnes que depuis quelques heures, et je ris aux éclats pendant tout le reste de la nuit. Des fou-rires qui ne s’arrêtent plus, des discussions qui n’ont ni queue ni tête, des hallucinations toutes plus débiles les unes que les autres, des crampes aux joues et aux abdominaux à force de rigoler à gorge déployée.

Puis au petit matin, nous rentrons. Cristiano me roule une pelle. Malgré sa vieille tête toute moche, son look, son mode de vie et sa drôlerie m’ont conquise j’avais 17 aaaaaaaans, je te dis !.

Sauf que la descente s’amorce, et là aussi, quelle intensité… Cristiano et Renaud, habitués aux drogues, ont prévu de se bourrer la gueule pour gérer ce lendemain de fête. Personnellement, j’ai vraiment besoin de reposer mes pieds par terre avant d’envisager un quelconque re-décollage. Alors nous rentrons là où nous sommes censées crécher, et bonne surprise, cette fois on nous ouvre la porte.

Nous apprenons que nos parents sont morts d’inquiétude depuis 24 heures de ne pas savoir où nous sommes et je sais que ma mère sera vengée par ses petits enfants aaaaarghhhh, alors nous les rappelons et les rassurons. Tant bien que mal. Je suis encore défoncée, j’ai le cerveau martelé par l’écho des basses entendues toute la nuit, j’ai du mal à aligner trois mots compréhensibles, mais je suis vivante et localisée, et ça suffit finalement à sortir ma mère de son angoisse.

Je raccroche, vais prendre une longue douche chaude, et me récure de la tête aux pieds. Cheveux triplement lavés, ongles coupés, épilation parfaite, peau gommée, nez mouché, dents astiquées, à chaque fois que j’ai été en descente de trip dans ma vie, j’ai eu ce besoin irrépressible d’être parfaitement propre.

Puis je rejoins V. dans notre lit deux places pour dormir.
Essayer de dormir.
A chaque frottement des draps sur ma peau j’entends de la techno dans ma tête. Les hallucinations drôles de la veille se sont transformées en choses laides et étranges. Mon cerveau, déjà peu prompte à se jeter dans les bras de Morphée, est comme un petit hamster dans sa roue : totalement azimuté.

Au bout de plusieurs heures, je finis par m’assoupir. V., pas sujette aux insomnies, dort d’un sommeil de plomb depuis longtemps.

Quand nous nous réveillons la nuit est tombée. Et nous ne pouvons pas résister à retourner au squat voir nos nouveaux potes.

Ils sont là, eux aussi ont dormi, ils ont même dessaoulé. Et ont prévu une soirée calme chez eux. Pétards, pâtes à même la casserole, juste un peu de bière pour ceux qui veulent (pas pour moi), nous partageons ce moment avec eux. Et je me demande si Cristiano se rappelle notre baiser échangé dans le bus au lever du jour.

Il rit avec moi, se moque de mon perhaps en disant qu’il n’y a que les Français qui ne savent pas qu’on dit plutôt maybe, se fait un peu désirer, puis finit par m’embrasser. Nous échouons dans une chambre vétuste, un matelas plutôt dégueu, quelques bougies, et nous enlaçons.

Le mec est piercé de partout. PARTOUT.
Tous les endroits du visage possibles, bien sûr, mais aussi la langue, le gland et les testicules.

Et l’homme n’est pas d’une délicatesse absolue. Plutôt trash dans le genre. Pas violent, pas méchant, mais brusque dans ses gestes. Oubliant les bijoux métalliques qui ornent ses extrémités. Rien qu’avec sa langue, il me blesse. Je sens mes lèvres qui s’irritent à chaque contact. Mais j’ai 17 ans, je l’admire un peu, et je n’ose rien dire.

Quand il frotte le bout de son sexe sur mes muqueuses enflammées, je me demande sérieusement si je vais supporter une pénétration avec cette tige en acier chirurgicale qui perce de façon transversale son gland. Je n’ose toujours rien dire, mais heureusement, nous sommes dérangés par Renaud qui veut récupérer son lit.

J’en profite pour sauver ma zézette dire à Cristiano que le jour est déjà bien avancé, et que nous devons prendre notre train pour repartir quelques heures plus tard. Que je dois rentrer faire mon sac et que nous repasserons leur claquer une bise avant d’aller à la gare.

Et nous repartons de Londres, non sans avoir tenu notre promesse de dernier au revoir.

Résultat, j’ai dû me verser de l’eau sur le sexe à chaque miction pendant trois jours tellement j’étais à vif.

Depuis, étonnamment, je n’aime plus trop les mecs piercés.

Et j’ai appris à manier ma langue elle aussi bijoutée avec la plus grande délicatesse.

Cet article, publié dans Du sexe, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Londres

  1. Y. dit :

    Anything to declare ? Yeah, don’t go to England !!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s