Double peine

Lui et moi nous étions connectés… vraiment connectés. Une alchimie presque parfaite, une électricité latente dès que nous étions dans la même pièce, une attraction si forte que nous n’en revenions pas nous-même. Se frôler nous était presque douloureux tellement les frissons étaient puissants. S’étreindre était une évidence, s’allumer tel un incendie, s’éteindre n’arrivait jamais, sauf à s’éloigner.

Nous jouissions toujours au même moment, c’était beau, fort. Nous étions imbriqués, fait l’un pour l’autre, au moins sensuellement. Assurément sexuellement.

Mais… mais nous ne pouvions pas être ensemble à ce moment-là. On essayait de s’arrêter, sans succès. De mon côté, je ne pouvais pas lui résister, ni même, souvent, réfréner mes élans. Lui aussi était en lutte avec lui-même. Nous retombions toujours dans les bras l’un de l’autre, bouche à bouche, sexe à sexe, comme happés par une force divine.

Alors un jour il a trouvé la parade : il s’est mis avec une fille, qui avait l’air chouette, en plus. Après quelques semaines de transition pendant lesquels nous avons fait l’amour comme des condamnés, baignés par mes larmes, nos corps épuisés et nos coeurs amers, il a trouvé la force d’arrêter. Tout en me faisant part de sa difficulté. L’électricité subsistait indéniablement, mais il tenait à rester droit dans ses bottes. C’est tout à son honneur, je ne peux pas le nier, mais j’en bavais sévère.

Alors je le voyais, d’un côté s’épanouir avec cette nouvelle petite pépée, de l’autre tenter de me chasser, de m’éloigner de lui, de se soustraire à la tentation que je représentais. Il avait parfois besoin d’être dur, comme pour me rayer, comme pour salir nos souvenirs. Et d’autres fois, il m’envoyait des ondes suaves, des messages qui me laissaient espérer. Ils étaient très rares, et une part de moi s’y accrochait comme à une falaise face à un précipice. J’avais beau lui dire que je respectais son choix, que certes je dégoulinais de désir pour lui, et même d’amour, mais que je me tiendrais à carreaux. Que sa ponctuelle dureté à mon endroit ne faisait que raviver tous les sentiments que j’avais pour lui, qu’elle me laissait sans voix, sans force, juste avec mon coeur brisé. Que je savais être amie même pétrie d’amour, que j’étais heureuse pour lui, même si j’étais triste pour moi. Ce à quoi il me répondait que ça n’était pas de moi dont il avait peur, mais de lui. Qu’il savait qu’il était trop attiré par moi, et qu’il préférait ne pas prendre le risque de trahir son principe de fidélité.

Je subissais la double-peine. Privée de volupté, et punie d’être désirable et désirée.

Cet article, publié dans Du sexe, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

17 commentaires pour Double peine

  1. tomas dit :

    On s’amuserait moins sans ce genre de sac de noeuds, hein ? Hein ? En fait non…c’est vrai.

    • R. dit :

      C’est toujours la grande question : vaut-il mieux être grand bonheur-grand malheur ou petit bonheur-petit malheur ??? Je n’ai toujours pas réussi à y répondre. 🙂

      • Fred dit :

        Pour avoir longtemps essayé le « ni bonheur ni peine », pour être passé du coté « bonheur obtenu & peine potentielle », je vote sans hésitation pour « quête du bonheur – peine possible » !

        • R. dit :

          Ben moi j’ai expérimenté les deux, et aujourd’hui, je ne sais plus…
          Je vais enfoncer une porte ouverte, mais je testerais bien le « grand bonheur-petit malheur »… 🙂

  2. Fabien dit :

    Ca revient souvent dans tes histoires ce genre de phrase :

    « Mais… mais nous ne pouvions pas être ensemble à ce moment-là »

    … et je reste un peu frustré de ne rien savoir du tout sur la/les raisons fameuses « raisons »… Je veux croire qu’il y a toujours une solution.. surtout quand il y a une telle alchimie…

  3. Marie dit :

    Et maintenant ? Vous avez raconté cette histoire déjà, il me semble… Et maintenant ? Le revoyez-vous ? Le feu est-il éteint ? … Souvenirs ravivés. Souvenirs doux-amers… Regrets éternels? Requiem in pace…

  4. cath dit :

    Double peine ? Il s’agit d’un post de juriste !!! : )

    • R. dit :

      Oui, quelle est ton analyse, alors, toi l’experte ??? N’est-ce pas d’une injustice sans nom ? 😉

      • cath dit :

        Nous convoitons surtout ce, celles et ceux que nous ne pouvons pas avoir, animés par le désir et la recherche de l’autre. Pour continuer à vivre, il faut se sentir vivant. La double peine, l’erreur de timing, c’est nous qui nous l’infligeons.

  5. chut ! dit :

    Un de mes ex disait que la plupart des relations étaient ratées faute de bon timing. Pas le bon moment pour se rencontrer, manque de disponibilité (amoureuse) de la part d’un des partenaires, un(e) ex encore en squelette dans le placard, trop de plaies à panser dans l’immédiat… Il avait hélas raison. Je crois d’ailleurs que nous avons apporté notre tribut à cette règle. 🙂
    La pilule est d’autant plus amère que la chimie des corps est là, et d’autant plus difficile à avaler que la personne convoitée semble trouver son épanouissement ailleurs. Ca a un fichu goût d’injustice (et d’interdit, mais pas de celui qui ajoute du piment au sexe !). Frustrant…

    • R. dit :

      Mauvais timing, tu as exactement mis le doigt dessus… Life is a fuckin’ bitch, parfois, c’est ma deuxième devise (après « Punk is not dead »)… 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s