Mon Brésil #8

Previously on ze story

Le car roule sur le sol rouge, et j’essaie de comprendre tout ce qu’il vient de se passer. Je me réveille toutes les heures, rêve que je ne trouve pas l’aéroport pour aller chercher Liza. J’angoisse…

Samedi 11 juillet 1998

Au petit matin, je pénètre dans l’enceinte de l’aéroport, où je retrouve Catherine. Liza sort du sas, fatiguée de son voyage mais soulagée de nous voir l’attendre. Je leur annonce le changement de programme. Nous n’irons pas directement à Montes Claros, mais à Ilha Grande, une île au sud de Rio, qu’on dit paradisiaque. Je leur explique brièvement ce qui m’est arrivé, elles ont du mal à saisir, et sont curieuses de voir ce qui les attend dans ce pays inconnu.

Liza a un an de moins que moi, nous nous connaissons depuis plus de dix ans et avons fait beaucoup d’activités ensemble : solfège, danse classique, capoeira. Nous passons beaucoup de temps l’une avec l’autre, à tel point que les gens qui nous rencontrent nous croient sœurs. Effectivement, nous avons les mêmes cheveux longs, les miens roux de henné, les siens châtains clair, le même corps athlétique, même si je suis un peu plus grande qu’elle. Elle a des yeux d’un vert changeant, un visage magnifique et je l’ai toujours trouvée très belle, beaucoup plus belle que moi.

Catherine doit avoir 35 ans. Un  peu potelée, de la même taille que Liza, elle est moins sportive que nous. Elle a de longs cheveux noirs et frisés et la peau particulièrement blanche.

Nous prenons un car pour Angra Dos Reis, et Liza et moi profitons de ces deux heures de route pour nous retrouver. Je tente de lui expliquer de mon mieux, ce qui est assez difficile vu que j’ai moi-même du mal à saisir exactement tous les rouages de l’aventure. Nous nous racontons nos vies comme si nous ne nous étions pas vues depuis des années. Nous nous sommes pourtant quittées il y a 12 jours, mais il s’est passé tellement de choses pour moi que je n’ai plus les mêmes repères de temps.

À la descente du car, une ribambelle de jeunes Brésiliens tentent de nous amener dans leur bateau pour faire la traversée jusqu’à l’île. Nous en suivons un, et négocions avec son patron le prix de la traversée et des chambres d’hôtel qui vont nous accueillir.

Effectivement cette île est paradisiaque, la plage de sable est bordée par une forêt dense. Malheureusement, le soleil refuse de se montrer. Une pluie fine et la grisaille accompagnent notre journée.

Le soir, nous faisons plus ample connaissance avec Fernando, notre jeune marin. Il a dix-sept ans et est d’une douceur déconcertante. Il nous emmène boire un verre, Liza et Catherine font leur premier pas dans la langue brésilienne, et semblent émerveillées par ce nouveau monde. Puis, nous allons nous coucher dans notre chambre, et nous en profitons pour découvrir Catherine que nous connaissons très peu.

Cauchemar.
Je suis dans un autocar très haut. Je dois aller chez mon père. Le chauffeur conduit n’importe comment. Je commence à angoisser quand je m’aperçois que nous roulons à contre-sens sur le boulevard Sébastopol. Je suis terrifiée.

Dimanche 12 juillet 1998

Finale France-Brésil.

Nous sommes excitées. Si le Brésil gagne, nous aurons droit à une sacrée fiesta. Si la France gagne… nous n’y croyons pas. J’ai d’ailleurs parié avec Assis qu’en cas de victoire brésilienne, il venait en France avec moi, et vice et versa.

Nous fumons un peu de maconha, puis allons au bar de l’hôtel pour assister au match. Nous sommes les seules Françaises de la salle, ce qui nous vaut quelques vannes sur notre défaite à venir.

Le match commence, et on sent la tension monter d’un cran dans la salle. Les Brésiliens sont hyper confiants. Plusieurs occasions de but passent, d’un côté comme de l’autre. La pression monte. Chaque but manqué de l’équipe brésilienne est ponctué par les insultes des clients du bar. Chacun d’entre eux est persuadé de mieux jouer au football que les joueurs de la Seleçaõ. Tout à coup, dans un corner assez confus, Zidane frappe le ballon de sa tête et fait trembler les mailles du filet brésilien… puis se met à courir, suivi d’une bonne partie de l’équipe de France, complètement euphorique. Nous sommes tellement surprises de ce but que nous nous demandons si ce n’est pas la maconha qui fait son effet. Nous restons coites sans oser crier notre joie : le football est la seconde religion du Brésil. Consternation des Brésiliens de la salle : le sélectionneur n’est qu’un abruti, les joueurs des incapables, et Ronaldo un sale gosse trop payé ! Je me persuade que les Brésiliens nous ont laissé marquer un but pour mieux nous écraser, pour le spectacle. Le match reprend, l’équipe française est gonflée à bloc, l’équipe brésilienne ne compte pas en rester là, et le montre. Le jeu est riche de rebondissement, très technique. Les joueurs sont au taquet. Second corner pour l’équipe de France, et Zidane, à nouveau, récupère le ballon de la tête, et l’envoie droit au fond du filet. Nous sommes stupéfaites et devons à nouveau contenir notre élan. L’équipe de France hurle sa joie, sur le terrain comme sur le banc de touche. Nous ne réalisons pas, et à l’heure de la mi-temps, nous préférons dire aux supporters de la plage sur laquelle nous nous promenons que nous sommes Anglaises…

Quand la seconde partie du match commence, la tension est à son comble dans le bar. Les insultes n’arrêtent pas de fuser, contre les joueurs Brésiliens, contre leur coach et ses décisions. La fin du match approche. La perspective de la victoire de la France prend forme dans nos esprits. Les minutes passent… Le match est très intense, nous manquons de perdre Barthez, et l’équipe brésilienne manque de se priver de Ronaldo, dans une collision impressionnante entre les deux. Les deux blessés ne s’attardent pas sur leur douleur, et se remettent sur pied au plus vite pour reprendre ce match essoufflant. Nous sommes à trois minutes de la fin, quand Petit marque un dernier but inespéré… L’arbitre siffle la fin du match et nous avons à peine le temps de voir l’équipe de France courir sur le terrain, bras ouverts et larmes de joie, saluer leurs supporters hurlant d’extase, émus et heureux, que la télévision est déjà éteinte, pour enterrer ce moment dramatique au Brésil. Heureusement, les tenanciers du bar nous félicitent, ils ont l’air bons perdants.

Pour la première fois, je fais un rêve très beau.

Je suis dans une ancienne ville enfouie sous une eau limpide traversée par des milliers de rayons lumineux, et on y voit comme en plein jour. C’est magnifique. L’atmosphère me rappelle celle du jeu vidéo Tomb Raider. J’ai une mission, trouver un diamant particulier dans une église de la ville. Je nage dans cette eau pure vers le sol de l’église, jonché de petits diamants et de pétales de roses. C’est troublant de beauté.
Je suis maintenant dans un immeuble moderne, à un étage, qui ressemble à la chambre d’hôtel où je dors. L’étage inférieur représente l’académie de Montes Claros. Il y a entre ces deux étages un demi-étage où nous nous retrouvons, Assis et moi, comme dans un trou spatio-temporel. C’est un passage secret où nous pouvons toujours nous rencontrer quand nous nous manquons mutuellement, comme une connexion.

A suivre…

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14 commentaires pour Mon Brésil #8

  1. zoumpapa dit :

    solfège, danse classique, capoeira et …futebol !

    • R. dit :

      Et piano et harmonica et boxe française et sabar et salsa et snowboard et plus si affinités… 😉

      • zoumpapa dit :

        …et moi merguez, pilon de poulet, brochettes, pinard, bière, pantoufles, télé et j’en passe (hahaaaaa ! on fait moins sa maligne hein ?) 😉

        • R. dit :

          Ça me rappelle vaguement quelqu’un, attends, laisse moi réfléchir… hmmmmm… Ça y est ! Mon mec !! 😀
          (ceci dit, même si je fais l’impasse sur le pinard et la bière, même si mes pantoufles sont des tongs ou mes pieds nus, même si je n’ai plus beaucoup de temps pour regarder la téloche, j’adore les merguez et les brochettes, hein ! Je dois dire que ce qui me manque le plus depuis que j’ai pondu, c’est… LA GLAAAAAANDE !!!)
          🙂

  2. Fabien dit :

    « …nous roulons à contre-sens sur le boulevard Sébastopol… » 😮 😮 bourdel j’en ai entendu des choses terrible dans ma vie mais ça.. ça !!… c’est du cauchemar j’avoue 😀 😀 😀

    • R. dit :

      Ttttt… tu te moques ???? 😀
      (qui a dit que les rêves – et les cauchemars – n’étaient jamais débiles ?)

      • Fabien dit :

        non je ne me moque pas 🙂 mais à coté de Da Cruz, les couteaux, les drogues, tout les dangers qu’il y avait là bas ça parait dérisoire comme danger de rouler à contre-sens sur le boulevard Sébastopol, et pourtant c’est sur ça que ton angoisse s’est focalisé (note bien que je dis ça « parait », parce que c’est probablement aussi dangereux, voir plus ;))

  3. Dans l’épisode #9, nous verrons comment notre héroïne n’honore pas ses paris 🙂
    (Je me souviens effectivement qu’il faisait beau à Paris et qu’il pleuvait à Rio le jour de la finale… Je ne suis pas un grand fana de football, mais je me souviens de l’atmosphère très très particulière dans les rues de Paris ce soir-là. Du jamais-vu, en fait !)

    • R. dit :

      Dans l’épisode #823, nous verrons comment l’héroïne en question a bien fait de ne pas honorer son pari… 😉

  4. Y. dit :

    Alors là pas du tout d’accord avec Fabien, le premier truc que je me suis dit (et je connais bien le sujet pour avoir habité des années à côté) c’est que bon le crack, Da Cruz, tout ça c’est une chose, mais il faudrait être vraiment, mais alors vraiment vraiment con (ou flic) pour rouler en contresens sur le boulevard Sébastopol !!

    Et la deuxième c’est que je connais donc une R. qui était au Brésil quand la France a battu le Brésil, et un R. qui était en Nouvelle Zélande quand la France a battu les all-blacks … Les R. c’est des véners !

    • R. dit :

      Voire des poissards… 🙂

    • Fabien dit :

      ha haaa donc R. c’est pas la première lettre du prénom.. hé hé c’est le nom !!
      j’avais imaginé Raymonde ou Ruth mais je dois revoir tout mes plans.. arf 😕
      voyons voyons.. Roselmack !.. heuu non.. Rimbaud !? 😮

      • R. dit :

        Euuuuh… j’ai pas bien saisi ton raisonnement logique, mais tu fais fausse route, Fabien. 😀
        Par contre Ruth, Raymonde… génial !! 🙂

        • Fabien dit :

          mon « raisonnement logique » ? 😯 😮 non non t’inquiète, juste un coup de trop a la terrasse.. 😉 il fait si beau.. si bon.. les filles sont toutes belles et elles viennent nous parler toute seule :).. c’est la plus belle période de l’année.

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