Mon Brésil #11

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Liza accepte de venir chez Josiane, Catherine préfère aller boire une bière au petit bar du coin. Elle sent qu’il est nécessaire pour Liza et moi de nous retrouver.

Avant de partir, nous passons par le bureau. Assis est là avec deux amis, Fabricio et Bé. Je connais un peu Fabricio, qui était souvent avec Assis et moi la première semaine. C’est à lui que j’achetais de la beuh. Par contre, je n’ai jamais vu Bé. Je demande à Assis s’il veut venir avec nous chez Josiane, espérant qu’il dormira avec moi ensuite. Il refuse. J’insiste un peu, puis abandonne en me disant qu’il y aura de toutes les façons moins de « bouches à nourrir », ce qui n’est pas plus mal. J’ai la ferme intention de me mettre la tête à l’envers.

Nous partons, Liza et moi, à l’arrêt de bus, et attendons… Au bout de trente minutes, nous voyons les trois compères arriver. Ils ont changé d’avis. Je suis contente qu’Assis soit là, un peu moins que les deux autres suivent.

Chez Josiane, nous achetons deux sachets d’un demi-gramme de coke, un pour maintenant, et un que nous prévoyons de consommer plus tard. Mais nous sommes huit et un demi-gramme ne suffira pas. Liza refuse de prendre du crack, et préfère sniffer. Je prends quelques lignes avec elle, mais j’ai pris goût au crack, et demande à Josiane de faire la petite mixture, tout en sachant que je vais devoir partager, et pas forcément à mon avantage. Souvent, Josiane en prend plus que moi, car elle seule sait le faire. Elle fait des cailloux plus gros pour elle, et elle prend toujours le dernier.

Les deux sachets partent à une vitesse vertigineuse, évidemment, d’autant plus que trois autres faveleros, que je ne connais pas, se sont greffés au groupe. Des amis de Josiane et Neguinho. Ils me demandent si je ne veux pas racheter de la coke, et le crack a ce défaut que quand c’est fini, on en veut plus, encore plus. Je n’ai que trois reais sur moi, il me propose d’aller chercher ma carte bleue, mais je refuse d’être la vache à lait.

Assis a un sursaut de bienveillance, et me dit que je n’ai pas besoin de me droguer encore, que nous avons déjà pas mal consommé, et que c’est mieux de ne pas en racheter. Mais je suis restée frustrée par mon dernier caillou qui était tout petit, et la perspective d’en reprendre deux ou trois de plus me plaît. Je n’écoute pas les conseils avisés d’Assis, et donne mes trois reais. Josiane et ses amis fument entre eux, me donnent un misérable caillou pour me remercier de les avoir fournis, et c’est tout. Je suis furieuse intérieurement et comprends qu’il va falloir que j’apprenne à faire le crack si je ne veux pas fournir tout le quartier de Josiane.

Nous repartons tard dans la nuit, traversons l’immense terrain vague, Assis rentre chez lui, et nous à l’académie, c’est sûrement mieux ainsi. Je suis trop défoncée pour réagir et tenter de le faire venir avec moi.

Dimanche 19 juillet 1998

Liza et Catherine font connaissance avec les élèves. Nous écrivons des lettres pour la France. Assis est dans la cour de l’académie, et je meurs de le voir si beau, et interdit. Il travaille dans le jardin, torse nu, en short, les cheveux humides. Sa peau couleur d’ambre me transporte. Je m’empêche de trop le regarder. Difficilement.

La nuit, je fais un rêve plein de cocaïne.
Je suis avec des potes, et nous sniffons d’énormes lignes faites par mes soins. Mes trois amies sont enceintes… La police arrive, et me fouille. J’ai de la beuh et de la coke sur moi, mais je ne comprends pas pourquoi ils ne fouillent que moi. Je panique
. Je vois Assis embrasser une autre fille, j’ai envie de hurler de douleur, j’insulte tout le monde. Assis est très distant, il a l’air de ne pas me voir. Un mec me donne un pliage papier en forme de gâteau d’anniversaire. Tout le monde se met à me souhaiter mon anniversaire, tout ça n’était qu’une mascarade, la police, les grossesses… Je suis soulagée, mais je ne sais pas si la relation d’Assis avec l’autre fille fait aussi partie de la farce.

Lundi 20 juillet 1998

Je me réveille en pleurs. Je suis triste, trop triste.

Je n’ai pas encore revu Da Cruz, et j’espère ne pas la rencontrer trop tôt. Nous allons faire des courses au supermarché et je prends la précaution de m’enrubanner les cheveux. Sur le chemin du retour, nous portons toutes nos cartons sur les épaules, et je crois voir une silhouette ressemblant à celle que je ne veux pas voir. Étant myope, et sans mes lunettes, je m’oblige à ne pas paniquer. C’est pourtant elle qui arrive, avec une autre fille.

Elle est sur le même trottoir que moi, et nous allons nous croiser dans les secondes qui suivent. J’espère qu’elle ne va pas me reconnaître, mais c’est mal connaître ma poisse légendaire. Je tente de rester normale, de ne pas la regarder, mais au moment où elle me croise, elle réalise qui je suis. Elle me frappe le visage, mais sa surprise l’empêche d’être vraiment efficace.

– « Je t’avais dis de ne pas revenir, salope ! Qu’est-ce que tu fais encore là ? C’est une trahison ! Tu vas le regretter ! »

J’ai du mal à saisir en quoi je la trahis, mais ce n’est pas le genre de femme à fournir des explications claires. Je tente de lui dire qu’il n’y a plus rien entre Assis et moi, mais c’est peine perdue, elle ne cesse de répéter qu’elle va me tuer. Je suis chamboulée, mon cœur bat un peu trop vite à mon goût. Je suis surtout angoissée qu’elle sache que je suis revenue. Liza et Catherine commencent à comprendre l’ampleur de la situation, et la folie de celle qui veut ma peau.

De retour à l’académie, Assis est là. Je lui raconte ce qui s’est passé.

– « Mais non, elle n’existe pas, fais comme moi, comme si tu ne la voyais pas. »

En plus de me quitter, il m’abandonne.

Heureusement, Liza est là, elle me rassure, me dit qu’elle sera toujours à mes côtés.

Le soir, nous décidons d’acheter de la coke, à Valerio, cette fois, et en plus grande quantité. Nous voulons acheter cinq grammes, à un tarif avantageux. Nous partons chez lui, avec Assis. Nous lui donnons l’argent, et restons avec sa femme, sa petite fille et ses amis, Marcello et Ambola. Nous faisons une petite ronde de capoeira de Angola (plus lente, terrienne, axée sur la ruse plutôt que sur la force, contrairement à la capoeira régionale qui est aérienne, rapide et plus violente) en l’attendant.

Valerio travaille dans l’administration judiciaire. Il use et abuse de la cocaïne, et Da Cruz le sait. Comme il est un bon ami d’Assis, elle s’en sert comme menace : si Assis ne fait pas selon sa volonté, elle dénonce Valerio.

À son retour, nous ne sommes plus que cinq, et sniffons quelques lignes, à la brésilienne, c’est-à-dire énormes. Nous entamons sérieusement le premier gramme, et décidons de retourner à l’académie pour ne pas réveiller la petite. Nous finissons le paquet, bien décidées à garder les quatre grammes restant pour les jours suivants. Valerio doit partir et demande à Assis où il va dormir.

– « Ici, avec R. »

Je souris. Je comprends qu’il m’a dit la vérité. Je la lis dans ses yeux. Il m’aime, et veut dormir avec moi.

– « Elle est ma meilleure couverture, elle me tient chaud. Je veux dormir avec elle. »

Valerio sourit et lui répond qu’il doit partir d’ici, fuir la folle, et vivre avec moi qui l’aime, et qu’il aime. Puis il part.

Nous décidons de sniffer encore un tout petit peu, en jouant à la crapette. Nous l’expliquons à Assis et à Catherine. Étrangement, il comprend beaucoup plus vite qu’elle, malgré la barrière de la langue. Je suis éblouie par son intelligence naturelle. Liza me prend en aparté.

– « Au début, je ne comprenais pas pourquoi tu l’aimais, je le trouvais laid et bizarre. Je croyais qu’il se foutait de ta gueule, et je ne l’appréciais pas trop. Aujourd’hui, j’ai vu qu’il t’aimait, qu’il ne jouait pas avec toi et qu’il était sincère. Je le trouve très touchant, et j’imagine qu’il doit beaucoup souffrir de la situation dans laquelle vous êtes. Ne t’inquiète pas. J’ai l’impression qu’il t’a dans la peau, qu’il tient à toi autant que tu tiens à lui. Mais tout ce qui se passe est trop dur. Je l’apprécie, maintenant. Je comprends pourquoi tu l’aimes. Et je suis sûre qu’il t’aime aussi.»

Ce qu’elle me dit me soulage. Alors je ne me trompe pas, alors j’ai raison de croire en son amour. Alors il ne joue pas avec moi…?

A suivre…

Je constate en publiant ces textes écrits il y a plus de 10 ans que… j’ai progressé en écriture ! Évidemment, le style est moins bon, presque inexistant, d’ailleurs… Je n’ai malheureusement pas vraiment le temps, en ce moment, de les retravailler franchement. Alors je me contente de les lisser un peu, en me disant que pour ce feuilleton, ça sera l’histoire qui prime, et pas la qualité de la plume. Bref, soyez rassurés, je suis lucide sur la qualité de ces écrits…

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12 commentaires pour Mon Brésil #11

  1. zut dit :

    On s’en fout de la qualité, on veut de la quantité !
    J’ai m’impression en lisant de manger un paquet de biscuits. A peine le premier dans la bouche, j’ai déjà la main sur le suivant de peur de ne plus en avoir….

  2. Fabien dit :

    tout pareil que zut 🙂

    ha et aussi : « J’ai la ferme intention de me mettre la tête à l’envers » 😮 😮 😮 alors ça c’est la meilleure !! R. qui ne veut pas se faire mettre la tete a l’envers !! 😀 😀 😀

  3. Fabien dit :

    oups pardon j’avais mal lu 🙂 en fait j’ai ajouté le PAS 😮 😮 je ne sais pas pourquoi 😮 .. faut que je réfléchisse.

  4. Y. dit :

    Ouais, ben en attendant ça fait 11 articles publiés dans « Du sang » et pour l’instant on a eu droit à un tirage de cheveux et une droite improvisée qui fait même pas mal … Heureusement qu’on connait la fin à l’avance comme dans les « nouveaux » star wars, sinon je dirais que c’est un peu light sur l’hémoglobine !

    :testostérone:

    • R. dit :

      En même temps, ça aurait été bizarre de classer ces textes dans « Du sexe » ou « Du lait maternel », non ? 😀

  5. Je suis assez épaté par tous ces récits de défonce, et je me demande dans quelle mesure les détails que tu donnes de ces moments-là sont fidèles ou réinventés. On garde un souvenir précis ? (Pas comme ceux qui se murgent et oublient ce qu’ils ont fait bourrés ?)

    Le style, je ne sais pas, mais je sens beaucoup de tension dans ton histoire, c’est prenant !

    • R. dit :

      A part avec le tchin, je me suis toujours souvenu de toutes mes séances de défonce. Un peu moins bien des rares murges que j’ai prises, je crois que c’est assez différent.
      Ceci dit, j’ai une excellente mémoire, malgré tout ce que j’ai fait subir à mon cerveau, ce qui alimente bien bien mon côté obsessionnel… 🙂

      • zoumpapa dit :

        Tiens, qu’est ce que c’est le Tchin ? (en dehors des termes traditionnels je suis ignare dans le domaine)

        • R. dit :

          Le tchin c’est un décapant, une sorte de white spirit puissance 10 : une goutte suffit à percer un gobelet en plastique, et quand tu te réveilles le lendemain, tu as les mains comme brulées juste pour avoir tenu un bout de chiffon imbibé… un truc sympa, quoi ! 🙂

  6. Y. dit :

    Je confirme que parmi les diverses drogues que j’ai pu expérimenter (dans ma lointaine jeunesse, les enfants ne faites pas ça à la maison, toussa …) l’alcool est absolument la seule qui occasionne des pertes de mémoire systématiques passé une certaine dose. Après, le LSD laisse des souvenirs assez durs à raconter une fois hors contexte, mais c’est une autre histoire.

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