Mon Brésil #13

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Lundi 27 juillet 1998

La semaine s’écoule, j’essaie de ne pas trop penser à Assis même si je l’ai constamment sous les yeux.

Nous passons beaucoup de temps avec Bé. Il fait tout pour me divertir, ne cesse de me dire que je dois oublier Assis, ne pas me laisser abattre, et profiter de mon voyage. Il nous fait beaucoup rire, et nous nous droguons souvent avec lui.

J’ai appris à faire le crack pour ne plus être dépendante de Josiane. Nous avons maintenant trois numéros de dealers qui livrent personnellement dans la demi-heure, en scooter, ce qui nous évite d’approvisionner tout le quartier.

Assis et moi nous parlons, et il reste très incohérent dans son discours. Parfois je sens qu’il m’évite, qu’il est beaucoup plus sympathique avec Liza et Catherine qu’avec moi, et d’autres fois je peux lire de l’amour sincère dans ses yeux. Je ne sais plus à quoi m’en tenir.

Jeudi 30 juillet 1998

Danilaõ, un blanc assez grand à la peau hâlée et à l’air un peu nigaud, nous invite chez des amis qui possèdent une piscine. La chaleur est harassante, alors c’est bienvenu. Assis et moi nous taquinons. Il a un côté enfantin que je ne demande qu’à croire, mais toujours ce petit sourire à la limite du cynisme…

Nous allons dans un petit bar près d’une route nationale. Danilaõ, Assis et Catherine picolent de la bière, Liza et moi restons au coca. Le soleil tape… On se croirait dans un road movie, la route est droite et sans fin, les bicoques sont rouges, et les rares personnes dehors s’éventent en dégoulinant de sueur. La chaleur sèche pèse…

Assis se laisse dérider par les vapeurs d’alcool, et devient câlin. Il m’embrasse… Je ne sais tellement jamais sur quel pied danser que je me contente de savourer les moments tendres qu’il m’accorde tout en craignant l’instant où il changera de visage. Je ne suis plus libre.

Dimanche 2 août 1998

Journée sans grande activité… Nous écrivons nos lettres pour la France. J’ai un mal fou à écrire à ma mère. Je ne peux pas lui dire ce qui m’arrive et je suis incapable de trouver autre chose à raconter. Cette histoire occupe tout mon esprit, mais je ne souhaite pas l’inquiéter. J’écris à mes amis, leur raconte un peu.

Nuits pleines de rêves.
Je tape de la coke avec un ami de la fac
. L’atmosphère est lourde de séduction. Il va se passer quelque chose entre nous.
Je suis dans la rue avec une fille de mon école primaire. Elle me donne discrètement un joint. La police passe, et j’angoisse de me faire contrôler. Je vois un mec de dos, j’attrape une paire de ciseaux que je lui enfonce plusieurs fois dans le dos. Je crois que c’est Assis, ou quelqu’un qui lui ressemble.
Je rencontre un de mes amis, qui me file des trips. Assis, Liza, Catherine et moi en gobons un chacun. Je suis complètement défoncée.

Mardi 4 août 1998

Les amis de Valerio, Marcello et Ambola  organisent un stage de capoeira de Angola le soir, dans le centre ville. La ronde est très intense. Je fais un jeu avec Assis, un grand moment de complicité, étrangement.

Nous prenons le bus pour rentrer. Catherine est persuadée qu’Assis va venir dormir avec moi. Je suis persuadée du contraire. Nous lançons le pari, histoire de dédramatiser cette relation trop douloureuse. Le bus se rapproche de la station d’Assis. Catherine lui demande où il dort. Il sourit.

– « Chez ma mère. »

Je le savais… Je ne suis même pas déçue. J’ai gagné mon pari.

Mes nuits sont toujours cauchemardesques.
Je suis dans un grand hôtel. Je m’apprête à jouer dans une ronde de capoeira. Pleins de gens arrivent, parmi eux, mon père avec une morphologie de nain.

Dédale de couloirs. Je surprends une conversation téléphonique du directeur. Il dit qu’il va me tuer ainsi que mon amie. Fuite… Une chambre prend feu. Je panique complètement. Le feu grimpe, nous nous retrouvons dans une chambre très haute, sans autre issue que la fenêtre. Nous sautons dans le vide. Nous atterrissons vivantes et arrivons dans un immeuble où des agents secrets nous attendent pour nous remettre des faux papiers d’identité. Nous sommes sauvées.

Mercredi 5 août 1998

Rêve…
Je suis à l’académie en train de jouer de l’atabaque, une sorte de congas, il fait nuit noire. Je vois Da Cruz arriver, les yeux haineux et un poignard à la main. Je tente de me protéger derrière l’atabaque, Assis la retient, je cours chercher une immense machette et fais de grands mouvements pour l’empêcher de m’approcher. Elle semble avoir peur, Assis est de mon côté. Elle se jette sur moi, et ma machette s’enfonce dans son sternum. Elle s’écroule par terre, tremblante, du sang épais et noirâtre sort de sa poitrine. Je lui hurle que je ne voulais pas faire ça, que jamais je n’ai souhaité la mort de quiconque, qu’elle m’a poussée à bout. Je pleure en hurlant. Elle se relève tant bien que mal, et part sans rien dire.
Je vais chez la couturière, et je vois une tête dépasser du muret. Je crois que c’est Da Cruz qui essaie de l’escalader. Je tape sur les mains qui s’accrochent au mur avec la machette pour l’empêcher d’aller plus loin. Je panique et tape de plus en plus fort. La tête apparaît. C’est Josiane, le ventre tout tendu. Elle me dit que Da Cruz a tenté de la poignarder.

Je n’ai pas vu Da Cruz depuis quelques temps. Elle ne me manque pas, mais je vis dans une peur constante de la voir surgir de je-ne-sais-où.

Jeudi 6 août 1998

Rêves.
Je veux tirer de l’argent, mais je m’aperçois que mon compte en banque est totalement vide. Ce n’est pas normal.
Je conduis, mais je suis assise sur la banquette arrière. Mes pieds n’atteignent pas les pédales, et mes mains à peine le volant. Une voiture arrive en contresens, je vais la percuter. Je suis terrorisée.

Samedi 8 août 1998

Réveil matinal. Ronde du marché… Comme de coutume. Puis nous allons boire un coup, chanter la samba, et je me mets à fredonner les chansons que je connais en adaptant les paroles à ma situation avec Assis. Nos amis comprennent et rient. Ils savent à quoi je fais référence. Je me moque de sa façon d’être avec moi, de me balader selon son bon vouloir, ou de se faire marcher dessus par son ex-femme. Il rit, et tous ses amis se foutent de lui. Rire de notre histoire est un des moyens que j’ai trouvés pour ne pas devenir folle dans cette situation. Mais je ris jaune.

Nous décidons d’aller à la rivière avec Assis, les filles et deux amis.

À cette période, Catherine a un retard de règles de plusieurs semaines. Sur le chemin, je demande à Assis s’il connaît un endroit pour faire un test de grossesse.

« C’est pour qui ? » me demande-t-il avec un sourire.
« Pas pour moi. »
Il refuse de me croire, et m’assure que je suis enceinte de lui. Il a l’air heureux, mais cynique.
– « Tu serais content que je sois enceinte de toi ?

– Oui, je serais ravi ! »
Je n’y comprends vraiment plus rien. Ça fait une dizaine de jours que nous ne sommes plus ensemble, que je me fais à cette idée, et il me dit ça avec son regard mystérieux, cynique.
– « Pourquoi tu fais ça alors que nous ne sommes plus ensemble et que tu ne vas pas venir en France ? C’est de la méchanceté ?

– Non, je serais content, ça te ferait un beau souvenir. »

Il me tue…

Alors je fais tout pour lui faire avouer qu’il me désire encore, en ayant l’air, tant bien que mal, d’avoir de la distance. Nous parlons, rions pendant tout le chemin, et je ne cesse d’allumer son désir. Je connais ses points faibles, ses zones sensibles…

A la rivière, nous nous mettons en maillot de bain, seins nus pour moi. Je vois Assis frémir. J’en souris. Nous nous baignons, rions, pataugeons, et je ne cesse de montrer à Assis que je sais à quoi il pense quand il me regarde. J’effleure le bout de son sein, zone hautement érogène pour lui. Il frémit à nouveau, sourit, et me demande d’arrêter car il ne veut pas craquer.

– « Tu m’aimes encore ?
– Oui, beaucoup…
– Tu en es sûr ?
– Oui, j’en suis sûr.

– Tu me désires encore ?
– Oui, évidemment.
– Là, en ce moment, tu me désires autant que je te désire ?
– Oui ! » dit-il en frémissant.
– Alors pourquoi tu ne m’embrasses pas, pourquoi est-ce que tu te retiens ? 

– Parce qu’il le faut. »

Je n’ai pas dit mon dernier mot. Nous ne nous sommes pas encore embrassés, mais je sens que l’alcool commence à ternir ses résolutions, et que son naturel revient, son cœur s’ouvre. Sortis de la rivière, nous nous asseyons sur un banc, il pose sa tête sur mes genoux, je caresse ses cheveux. Je le regarde, il est beau, et je l’ai décidément dans la peau. Il caresse mon bras, puis m’embrasse longuement, nous sommes fondus l’un dans l’autre. Et la caresse de sa bouche sur mon cou me fait frissonner.

Nous revenons à l’académie avec les autres, allons acheter de la coke pour occuper la soirée, puis je demande à Assis où il veut dormir.

– « Ici, avec toi. »

Nous faisons l’amour comme si nous ne nous étions jamais quittés. Nous nous disons à quel point nous nous aimons… c’est reparti pour un tour.

A part ça, je ne suis pas du tout masochiste…

A suivre…

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8 commentaires pour Mon Brésil #13

  1. zoumpapa dit :

    – « Non, je serais content, ça te ferait un beau souvenir. »
    C’est grandiose ça.

  2. Tomas dit :

    Je trouve cela toujours aussi scotchant. Ca sent la sueur (la bonne, celle qu’on a après l’amour) et le souffre, cette histoire.

    • R. dit :

      Ah ben tant mieux, j’avais peur que cet épisode soit chiant…
      Et moi j’aime bien la sueur d’après l’amour et le souffre. Enfin j’aime bien… ça dépend ! 🙂

  3. dita dit :

    et moi ce sourire en coin qu’il a m’intrigue.. sais tu ce qu’il veut dire ce sourire aujourd’hui???

    • R. dit :

      J’ai cru savoir, sur le coup. Sept ans plus tard, j’ai cru enfin comprendre que je m’étais trompée. Et aujourd’hui, je sais juste que je ne sais pas… 🙂

  4. Marie dit :

    Je viens (enfin!) de trouver le temps pour lire d’une traite les 13 premiers épisodes de ta « novela » digne des meilleures séries de TV Globo! Ben on peut dire que les voyages forment la jeunesse!
    Je suis impressionnée par ces rêves nombreux dont tu te souviens. Entre l’angoisse et la complexité de la situation et ton usage intense de drogues, ton cerveau laissait libre cours à cet imaginaire étrange et violent. Notais-tu tes rêves au réveil ? Tenais-tu un journal ? En tous les cas, ne t’excuse pas pour l’écriture. Elle n’est pas si mauvaise et l’histoire est passionnante. La suiiiiite!
    Je t’embrasse.

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