Mon Brésil #14

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Dimanche 9 août 1998

Les filles et moi décidons de partir quelques jours dans une autre ville, Pirapora. Je propose à Assis de venir avec nous, il me promet d’y réfléchir. Le départ est fixé au lendemain.

Nous passons une bonne partie de la journée à nous droguer dans le bureau avec Liza et Catherine.

Le soir, Assis reste avec moi. Nous sommes étendus sur le matelas.
Il se lève et va dans la seconde pièce du bureau. Comme il tarde à revenir, je vais voir ce qu’il fait. Il est en train d’écrire une chanson : « Tu es la seule que j’aime. Depuis que je t’ai rencontrée, ma vie a pris un sens. Même si on voulait t’enlever à moi, personne n’y arriverait… ». Des paroles de ce genre.

Je suis émue… Il me regarde en souriant et me demande pourquoi j’ai l’air de me retenir de pleurer. Il parle de la capoeira, pas de moi… Quelle idiote ! Et quel sadique… Ou alors c’est moi qui deviens paranoïaque. Je ne sais plus…

Je le laisse à ses écritures, je vais dormir. Il me rejoint peu après, et nous dormons l’un dans l’autre.

Lundi 10 août 1998

Au réveil, je demande à Assis s’il vient avec nous. Il acquiesce, ce qui emplit mon cœur de joie, malgré l’épisode cynique de la veille. Il part chez lui chercher ses affaires, nous avons rendez-vous à la rodoviaria. Liza et moi appelons nos dealers-livreurs afin de partir équipées.

En arrivant à la rodoviaria, je crains qu’Assis ne soit pas là. Toujours cette même peur qui m’assaille. Mais je le vois, assis de dos, son sac sur les genoux.

Le car démarre, je suis à côté d’Assis, et d’un coup il n’est plus du tout le même. Il est tendre, me prend dans ses bras, m’embrasse, nous rions. Je lui apprends des chansons en anglais et en français, il m’installe sur lui pour que je puisse dormir, il me caresse les cheveux. Voilà l’homme que j’aime au naturel, et que je ne regrette pas d’aimer. Même Liza me dit qu’elle est heureuse de nous voir comme ça. Nous trouvons un hôtel bon marché, une chambre pour Assis et moi, une autre pour Liza et Catherine. Il est détendu, rieur, et il n’a pas cet air écorché et triste qui l’accompagne de coutume.

Nous déambulons dans la ville, mangeons dans un restaurant au kilo, allons près du fleuve, puis rentrons à l’hôtel pour jouer aux cartes et nous droguer. Liza et Catherine sniffent, Assis et moi fumons na latinha, à la canette. Liza se laisse tenter par un caillou, pour voir. Elle aussi commence à avoir mal au nez, surtout vu le rythme que nous tenons, et elle apprécie le nouveau plaisir du crack.

Nous faisons l’amour une fois, deux fois, trois fois, en prenant soin de rester silencieux vu la finesse des murs. C’est un régal.

Mardi 11 août 1998

Nous allons nous baigner dans le fleuve Saõ Francisco, et nous nous faisons dévorer par des moustiques carnivores. Leurs morsures nous font instantanément saigner, ce qui devient vite insupportable. Nous nous réfugions dans la ville, autour d’un bon cheeseburger et d’un coca.

Le soir, crack party, tout le monde s’y met, c’est plus simple. Je m’occupe de la petite cuisine pendant que nous jouons au huit américain. Nous finissons nos réserves.

Assis et moi allons dans notre chambre. Nous parlons longuement. Dans ces instants, nous sommes exactement sur la même longueur d’onde, pouvons discuter de tout, rire. Comme lors de mon premier voyage. Il m’allonge à côté de lui, me caresse tout doucement. Je monte, palier par palier, une demi-heure durant, il me regarde jouir en souriant… Il me serre dans ses bras, m’entoure, et nous nous endormons.

Mercredi 12 août 1998

Je me déchire les jambes en m’arrachant les croûtes causées par les moustiques. Je gratte jusqu’au sang. Nervosité, angoisse…

Nous n’avons plus de drogue. Je suis contrariée, je n’aime pas ne pas en avoir, ça me donne automatiquement envie d’en prendre. Nous partons nous balader et voir si nous ne pouvons pas en trouver quelque part. Catherine n’en veut pas, mais Liza et moi sommes motivées, et Assis n’est pas contre.

Nous rencontrons deux jeunes mecs. Liza et Catherine rentrent à l’hôtel, et je reste avec Assis et les inconnus. Assis est en retrait, je gère la négociation et leur demande où je peux me ravitailler. L’avantage de parler le brésilien des cailles-ra… Il n’y a rien dans le quartier, mais sûrement dans les favelas un peu plus loin. Un des mecs se propose de m’emmener à vélo. J’hésite un peu à me séparer d’Assis pour suivre un inconnu dans les favelas, mais j’accepte. Inconscience ? Assis m’attendra avec l’autre.

Nous partons à deux sur la bicyclette et cherchons le long des rues. Nous échouons finalement devant une femme qui n’a que du crack déjà fait à vendre. Fatiguée de chercher, j’accepte. Elle part le chercher chez elle, revient en nous disant de nous dépêcher car la police arrive. Nous faisons la transaction et partons. Nous croisons la police dix secondes plus tard…

Je retrouve Assis, et nous regagnons l’hôtel après avoir remercié les inconnus sympathiques. Nous passons notre dernière soirée à nous droguer, puis à nous câliner avec Assis.

Demain nous repartons à Montes Claros, et je m’angoisse déjà. Je demande à Assis si nous serons toujours ensemble là-bas. Il me dit que oui, qu’il est heureux comme ça.

– « Liza et Catherine doivent partir avant moi, est-ce que nous serons ensemble jusqu’à mon départ ? Sinon je vais essayer d’avancer mon billet d’avion.
– On partira en voyage ?
– Oui, c’est ce que je pensais…
– Oui, je suis bien avec toi. Simplement, il ne faut pas rester à Montes Claros, c’est trop dangereux… »

Je suis heureuse. Je suis tellement mal que je me raccroche à tout ce qu’il me tend, même si c’est un bâton pour me battre. Je ne demande qu’à m’abandonner.

Jeudi 13 août 1998

Nous prenons le car. A peine a-t-il démarré que je sens qu’Assis n’est plus le même. Il redevient soucieux, il ne rit plus, n’est plus tendre. Il regarde par la fenêtre et pense en silence. Je lui demande ce qu’il a.

– « Rien du tout, je réfléchis.
– Tu vas recommencer à me quitter tous les quatre jours ? »

Il ne répond pas. Je sens la tristesse m’envahir et la rage monter, mais je décide de ne rien dire, de le laisser. J’attrape sa main qui reste inerte. J’ai envie de pleurer.

Nous arrivons à Montes Claros. Je suis angoissée. Pourquoi est-ce que je m’inflige cette situation ?

A suivre…

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