Mon Brésil #17

Previously on ze story

Dimanche 23 août 1998

Nous nous réveillons. Aujourd’hui, nous allons au parc Sapucaïa.

Liza part demain…

Plusieurs amis d’Assis et Bé nous rejoignent, il est environ neuf heures du matin, et nous fumons un joint avant de partir. Nous sommes plusieurs dans le bureau, Liza est dehors.

La porte s’ouvre brutalement. Da Cruz.
Je ne comprends pas comment elle a pu entrer alors que toutes les portes de l’académie sont verrouillées. Elle s’empare du premier objet pointu qu’elle trouve. Assis ne lui laisse même pas le temps de parler qu’il l’a déjà saisie par le bras et mise dehors. Je ferme la porte donnant sur notre lit encore défait.

Il revient.

– « Dépêchons-nous de fumer le joint et d’y aller, elle menace d’appeler la police pour nous dénoncer. »

Liza m’explique que Da Cruz est passée par la maison de la couturière qui lui a ouvert sans savoir à qui elle avait affaire.

Je décide de sortir par la porte de la couturière avec Bé. Nous partirons tous les deux à bicyclette pendant que les autres passeront par la porte principale de l’académie.

Ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, mes longs cheveux roux sont lâchés et dégoulinent jusqu’à mes reins…

Nous sortons de l’académie. Elle est sur le banc d’en face. Elle nous voit. Je demande à Bé de partir de l’autre côté.

– « Comment ça, de l’autre côté ? Moi je n’ai pas peur d’elle ! Tu t’inquiètes pour rien, ma belle… »

Il ne veut rien savoir, et décide de passer devant elle. Elle se lève et s’approche de nous.

– « Arrête-toi, Bé, on va parler un peu…
– Ah ouais ? Tu veux parler ? Pas de problème, je t’écoute. »

Je regrette déjà de ne pas m’être attaché les cheveux. Je place une main sur le poignard caché dans mon sac. Elle contourne le vélo, tout en parlant, je fais de même… Soudain, elle me saute dessus, attrape mes cheveux, et me rabat le visage vers le sol. Je sors le poignard, Bé jette son vélo, l’étrangle, on roule tous les trois contre le mur. Elle tire mes cheveux avec force, cherche à m’arracher l’oreille avec ses dents, mais n’arrive qu’à planter ses deux derniers crocs dans mon crâne. Je sens du sang couler, j’ai mal. Bé hurle en l’étranglant.

– « Plante-la ! Plante-la !… N’hésite pas, plante-la ! »

J’ai l’impression d’entendre tous ceux qui regardent hurler la même chose. Tous les gamins sont là, la famille de la couturière, les voisins… Tous assistent à la bagarre… Il est 9h30, un dimanche, en pleine rue. Tout va bien.

Elle me fait horriblement mal. J’ai le poignard bien en main, mais je suis incapable de la taper autrement qu’avec le manche du couteau. Je n’arrive pas, mentalement, à retourner le couteau pour lui enfoncer la lame dans le ventre, ou même dans la cuisse… Je suis paralysée. Et douloureuse. En la frappant avec le manche du couteau, j’entaille un peu la cuisse de Bé, sans faire exprès. Je tente de tirer les cheveux de Da Cruz, mais dans l’entrelacs de nos membres agités, j’attrape les mêmes cheveux bouclés de Bé… Plus tard, je rirai de ma maladresse, mais pour le moment, je n’ai pas le temps de penser.

Je sens une main qui attrape la mienne, celle avec le couteau, et qui l’écarte du nœud de la bagarre. C’est Liza. Nous nous séparons tous. Je brandis le couteau comme une furie, les cheveux complètement décoiffés, partiellement arrachés, les yeux pleins de haine. J’ai l’air d’une folle. Liza me fait remarquer que la couturière évangéliste me regarde.

Je range le poignard et reprends une pose normale. Da Cruz insulte Bé.

– « Depuis quand est-ce que tu défends les petites putes blanches, Bé ?? De quel côté es-tu ?
– Du côté de ceux qui ne font rien de mal, connasse.
– Ah oui ? Elle m’a volé mon mari, elle le drogue, et lui fait dépenser de l’argent, elle drogue des mineurs, c’est une salope, elle mérite une correction ! Et qu’est ce que tu fous entre elle et moi ? Ça ne te regarde pas !
– Si ça me regarde. R. est mon amie, c’est une fille bien, et elle ne mérite pas tout ça. Tu n’es plus avec Assis, c’est toi-même qui l’a jeté. Et s’il y en a un des deux qui coûte de l’argent à l’autre, c’est Assis, qui se drogue tout seul comme un grand, mais sans débourser un centime. Il lui demande même de l’argent pour nourrir tes enfants ! Et elle lui donne. Je n’ai pas peur de toi, et si tu veux retoucher un seul de ses cheveux, il va d’abord falloir que tu passes par moi. »

Pendant ce temps-là, Assis regarde la situation sans bouger d’un pouce. Bé continue de parler.

– « Maintenant, laisse-nous profiter de notre journée tranquillement, et ne t’avise pas de nous suivre, sinon, tu n’auras pas le temps d’arriver que je t’aurai déjà tuée ! »

Da Cruz se tourne vers moi. Nous nous regardons avec haine…

– « Et toi R., tu n’aurais jamais dû sortir un couteau devant moi. Parce que la prochaine fois, je n’hésiterai pas à te l’enfoncer dans le ventre, moi ! »

Bé me prend par la main, et nous nous dirigeons vers le parc. Assis, Liza, et les autres aussi. Je suis révoltée qu’Assis n’ait pas bougé d’un pouce. Et profondément émue que Bé m’ait défendue de la sorte alors qu’il est un ami d’enfance de Da Cruz, que Liza ait eu le courage de rentrer dans la bagarre pour empêcher un drame. Je suis choquée.

Bé se rend compte qu’elle a fait tomber sa casquette. Il se tourne vers Assis.

– « Je te préviens, tu n’as pas bougé, mais si ta femme ne me rend pas ma casquette, elle ne fera pas long feu sur cette terre… »

Da Cruz appelle Bé de loin. Elle lui tend sa casquette d’elle-même.

Cette femme ne marche qu’au rapport de force.

Nous partons pour le parc, je la vois rentrer chez elle. J’ai peur qu’elle aille chercher des armes pour revenir en force. Liza prend une pierre dans la main, au cas où elle arriverait.

Nous marchons longuement. Le parc est assez loin. Une douleur dans mon dos commence à se réveiller. Elle a tellement tiré mes cheveux et je me suis tellement débattue que j’ai la colonne vertébrale toute endolorie. Mon cou me fait mal.

A suivre…

Cet article, publié dans Du sang, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

11 commentaires pour Mon Brésil #17

  1. zut dit :

    Ah! Enfin un peu d’action. Ça commençait à devenir …pfffffff.
    ;-)))))

  2. dita dit :

    et pourquoi il n’a pas bougé???

    • R. dit :

      Orf… ça devait l’amuser de voir des femmes se battre pour lui, et puis il était défoncé, et probablement dépassé par les événements… Ptet aussi parce que c’était un connard ? 😀

      • dita dit :

        c’est vrai que les hommes sont surprenants dans ces cas là. Je me souviens d’une fin de soirée étudiante où je défendais le mec avec qui je venais de sortir depuis..pff… 15 min et lui ne bougeait pas. J’sais pas moi, au moins faire un peu semblant ^_^
        Mais bon c’était une petite bagarre de fin de soirée et j’étais face à face avec un homme donc je craignais beaucoup moins que toi avec Da Cruz( les femmes sont beaucoup beaucoup plus dangereuses quand elles sont en furies).

  3. zoumpapa dit :

    T’aurais pas (outre la ressemblance physique) un ptit côté « Kill Bill » (sans la lame) 🙂 ?

    • R. dit :

      Ben non, même pas, et pourtant ça m’aurait bien servi, cet été là ! Il ne me reste plus que la ressemblance physique, et c’est déjà pas si mal… 😉
      (mais parfois, quand même, j’aimerais bien être plus hargneeeeeeuse, bordel !)
      😀

      • Marie dit :

        Heu… Si tu ressembles à Uma Thurman, même de loin, je comprends qu’elle ait été énervée cette pauvre femme! ^_^

        • R. dit :

          Orf, au Brésil, Uma Thurman est très quelconque comparée aux beautés que tu croises à chaque coin de rue : des métisses aux yeux verts et aux looooongs cheveux bouclés, le cul haut perché ! Je te l’accorde, Da Cruz ne correspondait pas trop à cette description… 😀

  4. dit :

    … mouais, c’est pas mal de pas finir en taule au fin fond du Brésil aussi!

    • R. dit :

      Ben oui, c’est claaaaair, c’est que je leur disais, aux gens qui me répétaient sans cesse que « j »aurais dû tuer Da Cruz » !
      Faites-le, les gars, si c’est si simple… 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s