Mon Brésil #19

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Bé et moi décidons de partir le lendemain à Saõ Francisco pour quatre jours. Je lui annonce que je partirai le lendemain de son anniversaire, le dimanche 30 août, si j’arrive à joindre Teresinha, la femme que j’ai rencontrée dans l’avion à l’aller. Je vais lui demander de m’accueillir une nuit chez elle à Rio.

Il est un peu fâché, mais je lui explique que je suis en train de devenir folle à force d’avoir peur…

Nous appelons nos dealers, histoire de partir équipés. Je prévois large.

Le soir, je prépare mes affaires, j’assiste au cours en spectatrice, j’ai trop mal au cou et au dos pour faire de la capoeira. Je garde un œil sur la porte…

Bé dort avec moi selon ma demande, et sa promesse. Je ne veux pas qu’il me quitte d’une semelle. J’ai trop peur.

Mardi 25 août 1998

Nous passons d’abord chez Bé, pour qu’il prenne ses affaires. Nous mangeons l’éternelle feijoada, notre plat quotidien, riz, haricots rouges et farine de manioc, le plat des pauvres. Puis direction la gare routière, sac au dos.

Le car démarre, et je me sens à nouveau hors de danger.

Nous arrivons à la nuit tombée à Saõ Francisco, et dénichons un hôtel correct pas trop cher. Je prends tout à ma charge. Ça ne me dérange pas… Tant que je suis loin d’elle.

Nous allons manger un cheeseburger près de l’hôtel. Je suis complètement épuisée… nous rentrons dans notre chambre à deux lits, fumons notre ration de crack pour la soirée. Je deviens de plus en plus acharnée quand il s’agit de gratter la cuillère pour récupérer la moindre miette.

Je m’endors comme une masse à neuf heures et demie.

Je rêve toute la nuit de drogues…
Je suis dans l’hôtel. Je fume du crack. Il y a plein de cannettes trouées, de cendres, de sachets de coke usagés, d’allumettes brûlées, de mégots, autour de moi. Une femme m’appelle de l’extérieur… J’ai peur que ce soit Da Cruz…
Je suis dans une pièce en train de faire d’énormes cailloux de crack, Assis et Liza sont dans la même pièce. Il parle d’elle en l’appelant « son amoureuse » ou « son amante ». Ça me déchire le cœur. Je fume un caillou monstrueux… La vague se propage en moi.

Mercredi 26 août 1998

Je me réveille tard… J’ai tellement besoin de me reposer. Nous sortons manger un morceau.

La ville est très jolie, mais je suis tellement dans un état second que je n’en profite pas vraiment. Je ne pense qu’à dormir et fumer jusqu’à mon retour en France.

Nous allons à la rivière, Bé est plein de joie. J’essaye de m’amuser, ou au moins de faire semblant, mais ça m’est très difficile.

L’après-midi, nous revenons faire une sieste. Puis au réveil, crack party.

Nous allons dîner d’un cheeseburger, puis rentrons nous droguer à nouveau.

Je m’endors comme une masse.

Jeudi 27 août 1998

Exactement la même journée… Je dors, je fume, je mange, je me baigne un peu, je re-dors, je re-mange, je re-fume, et je re-dors encore.

Cette nuit, je fais un rêve étrange…
Je décide d’aller travailler dans un bordel. Je me présente et la tenancière me dit de patienter dans une chambre. J’attends sur le lit, en string noir. On vient me dire que mon premier client sera un vieux monsieur de quatre-vingts ans, tout gros, tout moche, tout mou… Ce sont eux qui payent le mieux. Je suis dégoûtée d’avance.
Entre temps, Bruce Willis (??!!) apparaît dans ma chambre.
On discute un peu, et je lui raconte ce qui m’attend, écœurée. Il me raconte qu’il a une petite fille, et que sa femme l’a quitté. Je le trouve beau.
Il me demande combien va payer le vieux pour m’avoir. Quatre-vingts reais, c’est proportionnel à son âge.
Il me demande combien ça serait pour lui, avec  un regard tout mignon. Je lui réponds que ça serait gratuit. Je lui parle de préservatifs, mais je ne sais pas pourquoi, car nous faisons l’amour sans.
C’est très étrange, il ne me pénètre pas vraiment, et c’est très rapide.
Je suis avec Assis, et nous parlons de l’anniversaire de Bé. Il me demande si je vais acheter beaucoup de coke.

Vendredi 28 août 1998

Aujourd’hui, nous rentrons à Montes Claros. Je suis heureuse de m’approcher du jour de mon départ. J’ai réussi à joindre Teresinha, elle accepte avec plaisir de m’accueillir une nuit.

Quand nous arrivons à l’académie, Assis semble vexé que nous soyons partis sans le prévenir, ou peut-être sans l’emmener… Peut-être croit-il que je sors avec Bé maintenant. Peut-être est-il même jaloux ?

Je ne me démonte pas. Je l’aime encore, je l’ai en moi… Mais je le déteste d’avoir été comme il a été.

Il est retourné chez sa mère.

Le soir, j’achète de la drogue et nous fumons du crack avant de dormir dans le bureau, Bé et moi.

Samedi 29 août 1998

Rien de spécial. Je rachète de la drogue pour fêter l’anniversaire de Bé, le soir. Comme s’il nous fallait une raison…

Bon Anniversaire, Bé… Et merci pour tout ce que tu as fait pour moi…

Demain je quitte la ville… La libération est proche !

A suivre…

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5 commentaires pour Mon Brésil #19

  1. zoumpapa dit :

    Je trouvais aussi que t’avais pas voyagé des masses durant ce séjour (ou alors tu ne le relates pas?).
    Pas de regrets ?

    NB: on reconnaît tout de suite les jambes de Bé…

  2. Il est quand même très zen, ce Bé, à dormir avec toi toutes ces nuits sans chercher à te sauter dessus !

  3. Fabien dit :

    c’est marrant maintenant que tu es terrorisé dans ton récit je me sens plus tranquille 🙂 en fait j’imagine que ce qui me « glaçait » avant c’était ton insouciance au milieu de tout ces dangers 😀 😉

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