Mon Brésil #20

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Dimanche 30 août 1998

Dernier jour. Enfin.

Une ronde est organisée dans un parc. Je prépare mes bagages avant d’y aller avec Bé. Assis arrive avec ses deux filles.

La veille, Da Cruz est venue chez sa mère et y a laissé Amanda, la deuxième fille. Elle n’en veut plus chez elle. Amanda a trois ans à peine.

C’est la première fois que je les vois depuis le début de mon histoire avec Assis. Comment Da Cruz a-t-elle pu faire des enfants si beaux, si joyeux…?

Nous partons au parc à vélo, Bé et moi. La ronde commence… Je joue très peu, je garde un œil sur les entrées du parc.

Amanda et Paula ont envie d’aller aux toilettes. Assis est au berimbau et ne peut pas les accompagner, je me propose donc de le faire.

Dans la queue, je joue avec elles. Deux femmes me demandent si ce sont les filles de Da Cruz. Je réponds que je ne sais pas… J’ai peur qu’elles aillent la prévenir. Je pars aujourd’hui, et je ne veux plus d’histoires.

Il est l’heure de retourner à l’académie, prendre mes bagages, et partir.

Assis doit rester. Je dis au revoir à tout le monde, pendant que la ronde continue. J’arrive devant Assis. Nous nous serrons la main… Ça me déchire le cœur, mais je suis incapable d’en faire plus.

Il me dit qu’il m’écrira. Je pars sans me retourner, la gorge nouée.

Je monte sur le vélo de Bé. Nous passons devant la rue de Da Cruz. Elle sort de chez elle à ce moment-là et me voit. Nous allons à toute allure, et je lui tends mon majeur. Maigre consolation…

Je rassemble mes dernières affaires, et nous partons pour la gare routière. Plusieurs gamins m’accompagnent. Bé est silencieux. Il m’en veut de partir.

J’embrasse tout le monde, le cœur serré, mais je ressens comme le début d’un immense soulagement. Je sais qu’une fois dans ce car, elle ne pourra plus rien contre moi. Je serre Bé fort contre mon cœur…

Je lui offre ma montre, et lui promets de lui écrire… Je le sens triste.

Je monte dans le car, qui démarre.

Rogerio, un des cousins des jumeaux, m’appelle par la fenêtre. Il détache le collier offert par sa grand-mère, je passe ma main dehors, il court pour l’atteindre, j’attrape son cadeau. Je suis tellement émue… J’embrasse Bé par la vitre.

C’est un mélange de joie et de tristesse… Je n’arrive pas à savoir ce que je sens, sauf que je me sens en sécurité.

Le car roule, je quitte Montes Claros, je quitte le Minas Gerais. Je suis soulagée, et tellement fatiguée. Je ne sais pas quand je foulerai à nouveau cette terre rouge…

Je sombre dans un sommeil agité, je me réveille toutes les heures.

Lundi 31 août 1998

Le jour se lève, et j’apprends que le car a quatre heures de retard… Un accident de la route bloque la circulation. J’arrive finalement à la rodoviaria de Rio, d’où je dois appeler Teresinha. J’espère qu’elle ne va pas me faire faux bond.

Au contraire, elle arrive avec son mari au bout de trois quarts d’heure, j’ai l’impression de la connaître depuis ma plus tendre enfance.

Ils m’emmènent chez eux, à Niteroï, petite ville mitoyenne de Rio, l’une des rares villes où la préfecture fait dans le social. Ils sont aux petits soins avec moi, et ont déjà prévu une foultitude d’activités jusqu’à mon départ, le lendemain. Ils sont ravis de me recevoir, bien que nous ne nous connaissions pas.

Je leur raconte succinctement ce qui m’est arrivé, et leur demande si je peux faire une sieste. Je dors une bonne partie de l’après-midi. Ils me font remarquer que j’ai fortement maigri, ce que me disaient tous les gamins de l’académie, chaque jour.

– « R., vocé ‘ta magrissando… ! »

Je ne sais pas combien de kilos j’ai perdus, je vois juste que je flotte dans mon jean.

Le soir, ils m’emmènent à Copacabana. Ils sont adorables, et je m’efforce de paraître enthousiaste. Alors que la seule chose à laquelle je pense est le moment où mon pied va se poser sur le sol français… Nous mangeons au restaurant, ils refusent que je paye quoi que ce soit.

De retour chez eux, je vais me coucher dans la chambre du fils aîné, qui dort dans le salon pour l’occasion. Je suis confuse, mais ils insistent tellement que je finis par accepter. La pièce est placardée de posters de filles nues, ça me fait sourire.

Je dors d’un sommeil de plomb.

Mardi 1er septembre 1998

Jour de mon retour en France…

Teresinha me confie à son fils pour l’après-midi, il me fait faire le tour de la ville. Il me trimballe partout, m’offre des verres, gentil comme tout.

Je tente de camoufler mon impatience de rentrer à Paris.

Nous rentrons chez eux, je rassemble mes affaires, et nous partons vers l’aéroport.

Teresinha verse quelques larmes au moment de me quitter. Je la remercie de tout mon cœur, puis je m’engouffre vers le sas d’embarquement.

J’ai un immense sourire aux lèvres… Je quitte le Brésil et sa foule de mauvais souvenirs, parmi tous les bons.

Je sais que Liza et mon ami N. doivent venir me chercher.

Je m’endors. J’ai l’impression de ne pas avoir réellement dormi depuis deux mois !

Mercredi 2 septembre 1998

L’avion va atterrir, et je ne peux plus contenir ma joie, mon soulagement. Je sors de l’avion…

Je vois arriver N. et j’ai presque envie de pleurer.

Nous nous serrons dans les bras l’un de l’autre, Liza arrive juste après, étreintes… C’est fini.

Je rentre chez moi, mes autres amis m’appellent, passent me voir. Je prends une douche et me pèse. J’ai perdu huit kilos…

Je retrouve mes repères, petit à petit… Et mes cauchemars continuent. Je ne dors plus jamais comme avant. Je lutte chaque nuit, chaque sieste, contre des démons… Et chaque matin, je dois me remettre de mon aventure nocturne.

A suivre…

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11 commentaires pour Mon Brésil #20

  1. Fabien dit :

    T’as fait un doigt d’honneur à Da Cruz..!!?? 😯 😮 non mais t’es complètement malade ?… moi je la voyais déjà en train de te courrir après avec un couteau de guerre pour te couper la gorge en te traitant de sale pute qui à dépassé les bornes cette fois !! tin le flip que tu m’as fais là ça va pas non !?… ( 😉 )

    Sinon je vois tes cauchemars de cette époque, a ton retour, comme le symptôme d’un grand déséquilibre émotionnel principalement causé par un usage excessif des drogues les plus dangereuses (pour l’équilibre). Et ce n’est pas étonnant que ça ai duré longtemps après ton retour car il y a une grande inertie avec les sensations, surtout quand elle sont très forte comme dans ce cas. Quand au « coupable » il était tout désigné d’avance ! 🙂 : Da Cruz ha ha ha…
    J’ai envie de dire que c’est.. un cas d’école !! 😀 😀 Mais heuu.. 😕 j’dis ça j’dis rien hein 😉

    • R. dit :

      Je pense que mes cauchemars à mon retour n’ont rien à voir avec les drogues, mais plutôt au traumatisme occasionné par la terreur que je ressentais ainsi que par ce doute perpétuel sur le positionnement de l’homme que j’avais dans la peau. L’usage de drogue, dans ce cas précis, était plutôt une conséquence. Besoin de fuir.
      Mais heuuuu… j’dis ça j’dis rien, hein… 😉

      • Fabien dit :

        😀 Tu ne crois pas quand même qu’étant déjà très sensible « à la base », l’usage de drogue « forte » à outrance ai pu te « fragiliser » de façon importante, te déstabiliser complètement ? (sans même parler de « déséquilibre »..) Ajoutez à ça de l’amour et du danger 😕 et le vase déborde direct no ?..

      • zoumpapa dit :

        MMmmmmmhhhh….. (cfr Dr Karma) 🙂

  2. dita dit :

    ouf!!! comme tu as dû être fatiguée ensuite…
    je veux bien la suite 🙂
    tu as le recul nécessaire pour regarder cette période de l’après avec plus de lucidité!

  3. Je suis à la fois intriguée et ravie en lisant le « A suivre… ».
    Il y a donc une suite ? Si c’est bien le cas, je l’attends impatiemment 🙂

    • R. dit :

      Oui, la suite, c’est surtout « 7 ans après, ze return », ou comment j’avais rien compris et comment finalement je ne comprends toujours pas trop… 😀

  4. @ objets de plaisir » Il manque l’épilogue, je suppose.

    @ R. » Oui, on souffle avec toi à la fin de ton périple, même si la tension est descendue d’un cran depuis 2/3 épisodes. Je note que tu ne t’apesantis pas sur la séparation d’avec Assis, comme si le deuil de cet amour avait été fait avant ton départ.

    • R. dit :

      Oui, je crois que c’est un peu ça… Je n’en pouvais plus d’être baladée, je n’y comprenais plus rien, ne savait plus à quel saint me vouer ! Je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi. 🙂
      (d’ailleurs, depuis, je suis extrêmement casanière, quand je ne vais pas bien, je me replie chez moi, dans ma base…)

  5. Jokulsarlon dit :

    Tiens, tiens… Amour impossible triangulaire = insomnies, cauchemars, somnambulisme et -8kg pour moi aussi, mais pas de drogue, CQFD 😉 . A ne jamais savoir si tu es le bouche trou ou l’Amour de sa vie… Et le meilleur ami… le meilleur ami, qui lui est peut être tout simplement gentil ou bien attends son heure tranquillement… Et puis ensuite un…ou des épilogues. Comme chaque histoire est différente, à chacune ses réponses. J’espère que les tiennes donnent plus d’espoir (sur la nature humaine) que les miennes.
    En attendant, tu m’as captivée… J’attends la ou les chute(s).
    Et puis simplement un grand MERCI, pour avoir partagé ça.
    Moi mes photos, mes carnets et mes souvenirs je les ai transformé en confettis pour ne plus replonger il y a bien longtemps.

    Ahah comme j’aurai aimé être là quand tu as fais le doigt à Da Cruz. J’ai pensé que t’étais folle, et en même temps je t’ai applaudi.

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