Mon Brésil #21

Previously on ze story

Ma vie parisienne reprend… Je continue à faire des cauchemars ou des rêves de drogues pendant longtemps.

Pour ceux que ça saoule de lire mes rêves – z’avez le droit, hein, et même le gauche – vous pouvez sauter les passages en italiques, parce qu’il y en a un paquet dans ce billet…

Je suis au Brésil, Da Cruz vient pour se battre avec moi. La bagarre commence, c’est très violent. Assis arrive et l’attrape pour la calmer… Il la tient fort, mais plus ça va, plus leurs prises se transforment en étreintes. Ils ont l’air complètement amoureux. Ça me déchire le cœur…

Je suis dans une pièce avec Assis, on fume plein de crack. Au début, c’est délicieux, mais petit à petit, ça devient complètement oppressant. Assis me fait des soufflettes de crack, monstrueuses… La fumée s’empare de moi. Je tombe dans un coma cocaïnique. Quand je me réveille, la chambre est en bordel, et Assis n’est plus là.

En septembre, je m’installe dans un petit studio dans le même immeuble que ma mère. Je continue à fumer du crack régulièrement, et j’ai mis mes amies au goût du jour.

J’ai repris ma psychothérapie… de plus belle !

Je suis avec Liza, au Brésil. Il fait nuit, et nous cherchons des douches. Liza en garde une pendant que je vais chercher serviettes et savons.
Je croise une bande de gamins des rues. Un grand arrive vers moi et me frappe violemment au ventre, puis à la tête. Il me regarde avec un regard méprisant et haineux.
J’arrive finalement à me tirer de là et me traîne vers nos affaires. J’ai peur de repasser par cet endroit. Ça ressemble à Montes Claros, la terre rouge, la poussière qui vole, la lumière, l’atmosphère… Je m’arrête dans une soirée, mais je m’inquiète pour Liza qui m’attend à la douche. Je la vois arriver avec l’homme qui m’a frappée.

Six mois plus tard, je fume toujours du crack. Nous nous réunissons chez moi assez régulièrement, environ deux ou trois fois par semaine, avec certaines de mes copines, pour faire nos crack-party.

Beaucoup de gens me disent que j’ai mauvaise mine… Je ne m’en rends pas compte.

Je suis incarcérée et enceinte, le ventre énorme. Nous sommes en dehors de la cour de la prison. Une femme assez petite prend des ciseaux énormes et court vers moi pour m’éventrer.

En février, je pars à la montagne avec mes amis. L’air des altitudes me fait toujours du bien. Voir l’horizon, sentir le vent froid sur mes joues, entendre le ssshhhhhhhh de mon surf sur la neige…

Je suis au Brésil, logée chez une jeune Brésilienne, tout près de chez Da Cruz.
La jeune femme a une petite fille d’environ douze ans, amie de Da Cruz. Elle aussi veut me tuer, mais tant que sa mère est là, je suis protégée. La petite dissimule un couteau sous son short. La mère doit s’absenter, je la supplie de rester, je hurle son nom… J’ai peur… Elle part malgré tout, sereine, persuadée qu’il ne m’arrivera rien.
Je m’enfuis pour échapper à la gamine. Je me réfugie dans le coin d’une rue, derrière des poubelles. J’attends là, blottie, terrorisée, désespérée de ne pas avoir au moins une machette pour me défendre contre ces femmes.

A mon retour de vacances, je tombe complètement malade. Je reste clouée au lit pendant dix jours. Impossible de manger. J’ai mal partout, bronchite, sinusite, rhinite, mal de dos… Je sens que l’état dans lequel je suis est un signal d’alarme. Mon corps réagit au stress et aux drogues, je le malmène depuis plusieurs mois. Au terme de ces quelques jours à dormir, je sens comme un dégoût de la drogue… Rien que de m’imaginer en prendre me donne un frisson. Moi qui étais tant attirée par ça… Je n’en ai plus aucune envie.

Je vais avec des amis de la capoeira dans un endroit qui regorge des plus beaux bois de berimbau. Ce lieu est farouchement gardé par une tribu d’Indiens très féroces.
Entre deux énormes pierres, au milieu d’un canyon, il y a deux magnifiques berimbau  peints, qu’il ne faut absolument pas emmener, sous peine d’être pendus. Deux hommes sont d’ailleurs pendus là, accrochés à l’énorme roche,  pour rappeler aux visiteurs ce qui arrive à ceux qui en veulent trop. Je décide de retourner seule dans ce lieu terrifiant mais magique, afin de voler les deux berimbau tant jalousés. L’image des deux hommes pendus m’angoisse terriblement. Si les Indiens me voient faire, ils vont me pendre de la même façon. Ma peur augmente de plus en plus. Je décide de partir rapidement. Je n’arrive pas à rassembler toutes mes affaires, mettre mes chaussures. L’angoisse me paralyse. Je suis de plus en plus oppressée… J’entends des bruits, je vois des ombres bouger… J’entre dans un état de terreur indicible.

En mars, je reçois une lettre d’Assis.
Il me raconte qu’il a passé quelque temps en prison avec Bé et Neguinho, pour s’être fait prendre avec de la beuh. Il a été relâché, mais est en liberté conditionnelle pour deux ans. Sa vie est triste, il habite à l’académie, a décidé de ne plus jamais avoir de femmes. Il continue de se droguer dans le bureau, en étant discret. Il a encore maigri…
Il regrette de m’avoir fait souffrir, il pense souvent à moi, et s’en veut beaucoup… Mais tout ça était tellement compliqué…

Je suis malgré tout heureuse de recevoir de ses nouvelles. Je lui réponds immédiatement. Lui raconte à quel point je l’ai aimé, comme j’ai cru devenir folle à ses côtés… Que je pense qu’il a une part de responsabilité si tout ça est arrivé, qu’il ne devrait pas baisser les bras et se laisser faire comme ça… Que j’espère qu’il va retrouver une femme, l’aimer, et la défendre contre ce démon.
Mais que je l’ai aimé passionnément, et que je ne l’oublierai jamais.

Je suis dans une maison au premier étage avec Assis et Da Cruz. Elle nous voit proches l’un de l’autre. Elle s’énerve, Assis lui répond mollement. Elle veut me tuer… Je cours m’enfermer dans une chambre, mais elle parvient à ouvrir la porte avant que je l’aie fermée à clef. Elle saisit un objet tranchant. J‘ai peur. J’arrive finalement à la maîtriser, je passe un fil de fer très fin autour de son cou et commence à l’étrangler. Elle tombe à terre, sur le ventre… Je tire sur le fil… Elle suffoque. Assis me regarde, impassible. Je prends un long poignard très fin et la frappe entre les deux omoplates. Son sang coule, noirâtre et épais. Elle hurle… Je continue à l’étrangler et à la poignarder. Elle est morte.

Je suis dans une fête en plein air. Un homme m’amène faire un tour, dans un cimetière. Nous nous arrêtons devant un trou attendant un cercueil. Il me pousse dedans pour coucher avec moi. Des gens lancent de la terre comme pour nous enterrer…

Juillet, Liza repart au Brésil seule, cette année.

Je suis la femme dans le jeu vidéo James Bond, sur Nintendo.
À chaque partie, je meurs. Énième partie, je sors de ma planque, mon adversaire court vers moi, arme au poing. Je me mets à angoisser terriblement… Je me mets à genoux et le supplie de ne pas me tuer encore une fois. Il accepte, si j’accepte de venir dans son bureau… Je l‘y suis, apeurée. Au milieu de la pièce, une sorte de chaise sans pied est suspendue au plafond par d’énormes chaînes. Elle semble être destinée à infliger divers sévices sexuels. Il m’y attache et m’oblige à être à sa merci… J’ai peur.

Je suis dans une salle sombre à Montes Claros, lors d’un banquet. Il y a mes amis, et des Brésiliens. Liza arrive, radieuse. Elle me raconte son voyage en restant très évasive. Je lui pose plein de questions, Montes Claros, Assis, Da Cruz, Salvador… ?
Elle est devenue très amie avec Da Cruz, a eu une formidable histoire d’amour avec Assis… Je commence à voir flou, mes yeux se remplissent de larmes. Elle me raconte sa joie, et je suis de plus en plus triste. Je pars pour pleurer dans mon coin.

Liza revient du Brésil… Elle a une drôle de tête… Je remarque qu’elle est enceinte. Je mets la main sur son ventre, elle la repousse violemment. Elle me dit qu’elle veut le garder, sans me dire de qui il est…

Je pars un semestre à Madrid, par le biais du programme d’échange inter-universitaire Erasmus. Je continue à faire de nombreux rêves de crises de nerfs, d’angoisse. Mes nuits ne sont plus jamais paisibles. Je vais très peu en cours, pour ne plus du tout y aller, finalement. Je rencontre S., un marocain clandestin, et nous sortons ensemble. Petit à petit, je tombe amoureuse de lui. Notre histoire, assez jolie au départ, deviendra fort douloureuse pour moi et se terminera au bout du sept mois.

L’histoire se passe dans un village « d’aryens ». Les gens font un concours de lancer de poids, avec un cône en métal cerclé de caoutchouc. Un enfant bat le record, alors que les espoirs se portaient sur un autre. À son second lancer, il cogne par mégarde un gamin, qui se met à hurler, et le petit gagnant semble désolé et apeuré. Tous les adultes décident d’aller chercher de quoi le lyncher. L’enfant comprend ce qui va se passer, il court se cacher dans un buisson, pendant que tous les aryens du village le cherchent avec leurs chiens. Personne ne le trouve. Il reste ainsi pendant des mois, sortant la nuit pour se nourrir. Un jour, une femme au volant d’une voiture sort de la route pour éviter un accident. Elle fonce droit sur le buisson. Elle sent qu’elle a écrasé quelque chose. Elle sort le petit corps et pleure.

Je suis à Madrid. J’ai trouvé une chambre dans un immense appartement partagé avec trois jolies filles. Une immense fête commence, plein de gens arrivent les uns après les autres. Je pars visiter le reste de l’appartement. C’est immense, j’ai l’impression qu’il n’en finit jamais. Les pièces deviennent de plus en plus anonymes. Je me perds dans les dédales de couloirs et d’escaliers. Je prends un ascenseur, un jeune homme entre avec moi, les portes se ferment. L’homme me saute dessus, tente de m’immobiliser, et de déboutonner mon pantalon. J’ai très peur… Je me débats et parviens finalement à me dégager de lui. Les portes s’ouvrent, et deux policiers sont là.
Je leur explique ce qu’il vient de se passer en larmes, ils jettent le violeur dans un ascenseur sans l’arrêter. Je leur explique que je me suis perdue dans ce qui était censé être mon appartement. Ils sourient, et me disent que je me suis fait avoir. Qu’il s’agit d’un groupe qui organise ce genre de traquenard, et qu’à l’heure qu’il est, mes affaires sont déjà volatilisées. Puis ils me remettent dans un ascenseur, où il y a déjà deux hommes. J’ai peur, mais ils ont l’air gentil. Les portes se ferment. Ils sortent un couteau et me font comprendre qu’ils vont abuser de moi. Je ne peux pas me défendre… Ils me violent sans un mot, méthodiquement. Je pleure, je me débats, en vain.

Une fille me donne un coup de coude dans le visage sans même s’excuser. Nous échangeons quelques mots, j’ai un couteau dans la main. Elle est très insolente. On commence à se frapper. Ses amies lui viennent en aide, avec des couteaux. Les miennes ne bougent pas. Une des filles me plante son poignard dans le cou, je lui plante le mien dans le sternum, puis dans le dos et dans la cuisse. J’ai du mal à respirer.

Je suis avec la famille qui se fait torturer dans le film danois Funny Games. Les deux jeunes me torturent aussi. Nous sommes inertes de désespoir. Je tente de faire quelque chose, mais le plus mince des deux me brise tous les doigts.

Je passe mon examen de septembre. Tous mes amis aussi. Je trouve parmi toutes mes feuilles d’examen une image montrant six squelettes habillés comme au Moyen-Age tenant ma tête coupée. Je comprends qu’il s’agit d’une secte dont mes amis font partie, dont le but est de me tuer. Je ne sais pas qui appartient à cette secte. Tous les visages de mes amis deviennent terrifiants. Je ne sais plus en qui avoir confiance… Angoisse.
Je réfléchis aux issues possibles pour m’enfuir. Il y en a peu, la salle donne sur un balcon très haut. Je cours malgré tout sur le balcon, ils viennent et tentent de me pousser. Je me rattrape à la rambarde, ils frappent mes doigts, je lâche prise, mais réussis à en entraîner un dans ma chute. Nous tombons pendant longtemps… Nous nous écrasons.

Je suis séquestrée par S., et le cauchemar Funny Games recommence. Il a des armes, et va me tuer, mais lentement, en me torturant physiquement et psychologiquement. Personne ne sait que je suis entre ses mains. À chaque fois que j’essaie de m’enfuir, la punition est pire. Je deviens folle. Je suis terrassée par la peur. J’essaie de sympathiser avec lui pour le mettre dans ma poche. Nous nous amusons dans un champ. Soudainement, je me mets à courir le plus vite possible. Il se lance à ma poursuite, j’ai très peur… Il est souvent à deux doigts de me rattraper, mais j’arrive à lui échapper tellement je suis terrorisée. Une femme est sous la véranda de sa maison. Je lui crie de rentrer chez elle, de me laisser entrer et de verrouiller toutes les portes. Elle s’exécute un peu surprise. Je cherche quelles sont les portes qui ne sont pas fermées. Je tremble de panique. Soudain j’entends cette phrase anodine qu’il me dit à chaque fois pour annoncer le début de la torture. Je sors de la chambre, vaincue, il est là, les trois femmes de la maison aussi. Je le supplie de ne pas me tuer. La plus âgée des trois femmes lui demande de m’épargner et de la tuer elle. Il accepte…

En février, je rentre à Paris définitivement. Soulagée, et en piteux état psychologique.

Liza m’attend chez ma mère. Je suis très émue de la revoir. Me revoilà chez moi ! Mes repères, ma vie…

A suivre : 7 ans plus tard, je retourne à Montes Claros… si si, je te jure !

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Photo issue de l’excellent mais terrifiant film Funny Games, de Michael Haneke

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8 commentaires pour Mon Brésil #21

  1. N. dit :

    Marrant ça on se demande bien d’où ça sort cette peur panique avec  » Funny Game  »
    Tjs tromat’ alors ?! 😉
    Un jour faudra qu’on se fasse le remake US!
    N.

  2. Marie dit :

    Tu as vécu des choses terrifiantes, traumatisantes. Tes rêves sont abominables. Un vrai film d’horreur… J’aime bien savoir qu’aujourd’hui, tu es sortie de tout ça, et que tu le racontes. Tu as eu une forme de chance d’en réchapper. Tu as certainement été entourée, tu as su saisir cette chance là. Ca me touche beaucoup, d’autant que ma petite soeur est tombée dans le chaudron de la drogue, cette pure saloperie, qu’elle aussi en a réchappé, mais avec une hépatite C… Et un corps infiniment fragile, même si sa tête et son coeur vont bien… T’es une warrior R qui en plus écrit très bien… ! T’as raison, le golf, c’est quand même plus pépère… 🙂
    Bises.
    PS : hâte de lire ton retour là-bas! Embrasse tes gniards, tiens tant que tu y es!

    • R. dit :

      Je ne dirais pas que je suis « tombée » dans la drogue. En ce qui me concerne, j’ai vraiment été la chercher consciemment et volontairement. J’étais fascinée par elle depuis mon enfance. C’était mon expérience de vie, mais il est vrai que cette histoire Da Cruzesque m’a plongée dans la terreur et – donc – dans la fuite chimique, alors qu’auparavant c’était une quête de plaisir. En tous les cas, je suis bien contente d’avoir arrêté tout ça ! 🙂
      Quant au golf, je ne sais pas si tu as vu le film, mais il a un rôle assez monstrueux dedans. Autrement dit : je ne compte pas me mettre à ce sport, je suis plus du genre danseuse que golfeuse. 🙂
      Bises à toi et à ton petit monde, ma chère…

  3. On n’a pas idée d’offrir des oeufs à des inconnus, aussi. Surtout s’ils ont une télécommande.

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