Mon Brésil #23

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Je les reconnais tous, Elton, Vinicius et Sergio… Ce sont les mêmes, mais en homme. Ils sont magnifiques, et nous sommes tous émus de nous retrouver. J’en perds mon portugais… Ils sont venus me chercher en voiture, ce qui m’étonne particulièrement vu leur niveau social. Elton, l’ainé des quatre frères, m’explique qu’il est maintenant apprenti pasteur pour l’église évangéliste, qui a mis cette voiture à sa disposition. Ils m’emmènent chez une de leurs amies, qui souhaite à tout prix me rencontrer. Je suis un peu fatiguée pour ça, mais ne souhaite pas blesser d’emblée mes hôtes, aussi, je me laisse transporter jusqu’à chez elle. Je suis assaillie de questions, auxquelles je parviens à répondre tant bien que mal, un peu déboussolée par la fatigue et l’émotion.

Nous finissons par aller chez eux, quartier Saõ Geraldo, où je retrouve Aurelio, le frère jumeau de Vinicius, et leur parent, Sandra et Dito. Sept ans plus tôt, j’avais été boire un verre avec Dito, le père, et les enfants. Mais je ne connaissais pas Sandra. Elle est très belle, un peu abîmée par les années, mais son visage, et son regard plus encore, sont d’une douceur déroutante. Je discute cinq minutes avec la famille, et leur explique qu’après trente heures de voyage, je suis épuisée, et qu’il vaut mieux que j’aille me coucher. Je dors dans la chambre des quatre frères, minuscule, dans le lit de Sergio qui m’a laissé sa place. Je me couche, et tombe dans le sommeil sans avoir le temps de compter jusqu’à trois.

A mon réveil, vers 9h, je me sens un peu reposée, mais je n’ai pas encore récupéré. Tout le monde est déjà debout, et s’agite dans la maison. Sur la table, m’attendent une tasse de café et des paõ de quejaõ. J’explique à la mère que je ne bois pas de café. Que j’adorerais aimer le café, mais que je n’en aime pas le goût amer. Mais que si elle a du lait, j’en boirais volontiers. J’ai peur de la blesser, il n’en est rien. C’est un plaisir de manger à nouveau ces paõ de quejaõ, petit à petit, je retrouve mon Brésil.

J’ai très envie de voir Bé, les autres gamins de l’académie, qui ont évidemment tous grandi, et Assis, aussi. Les frères me demandent si je vais me remettre avec lui. J’éclate de rire, en leur expliquant qu’il n’en est pas question, que j’ai grandi, que je suis venue pour les voir eux, et que j’en veux encore beaucoup à Assis pour tout ce qu’il m’a fait. Que je souhaite le voir parce qu’il a été important pour moi, mais que j’ai des comptes à régler avec lui avant d’envisager une amitié, et uniquement une amitié.

Vinicius et Aurelio m’emmènent chez leur cousin, Nilson, que j’ai connu huit ans auparavant. Il était extrêmement agile, et très bon capoeiriste. Nous n’avions pas vraiment sympathisé : il était à l’âge bête et m’avait malmenée par rapport à ma relation avec Assis. Il a grandi, forcément. J’apprends qu’il est presque aveugle. Que cette façon qu’il avait de regarder les gens en biais, il y a sept ans, était le début d’un double glaucome. Que son maître de capoeira lui avait promis de financer son opération, mais qu’il ne l’a pas fait. Et que sa vue va empirer s’il n’achète pas chaque mois un collyre extrêmement cher. La réalité des favelas me frappe d’un coup.

Nous continuons la tournée et allons voir la famille de Carrequinha et Alexandro, deux frères d’une famille de quatorze enfants. En 1998, ils avaient respectivement 10 et 12 ans, et je m’étais attachée à eux. Sans nouvelle de leur part depuis, je ne pensais pas qu’eux aussi s’étaient attachés à moi. Leur mère apparaît sur le pas de la porte, et sait très clairement qui je suis. Je suis étonnée de voir que les gens se souviennent de moi, et de ce qui m’est arrivé.

Mes retrouvailles avec eux sont chaleureuses. Carrequinha a maintenant 17 ans, est toujours aussi beau, et se fait appeler par son prénom, Ivo. Alexandro a 19 ans, est papa d’une petite Alexandra de 1 an, est devenu instructeur de capoeira à l’académie, et se fait appeler par son surnom, Pancinho. Nous nous promettons de nous voir plus longuement à l’académie dans les jours qui suivent.

Puis c’est au tour de Bé… Je suis impatiente de le revoir. Nous arrivons devant chez lui, où il habite avec sa femme et ses deux enfants. Nous le faisons appeler, et quand je vois sa tête sortir de la porte, je ne peux pas m’empêcher d’éclater de rire. Nous nous serrons dans nos bras et je lui reproche son silence en réponse à mes nombreuses lettres. Il n’a pas changé. Toujours un peu grassouillet, une incisive manquante, le cheveu noir et bouclé, criant quand il parle. Nous convenons de nous voir dès le lendemain.

Nous rentrons à la maison et déjeunons du traditionnel arroz-feijaõ – riz-haricots rouges. Je discute un peu avec Sandra et mes amis, puis pars faire une sieste… sieste dérangée par le bruit de la télévision et des discussions.

Je souhaite aller à l’académie. Sergio, lui aussi instructeur de capoeira, me dit qu’Assis est en train d’y travailler du bois pour fabriquer des atabaques. L’heure de nos retrouvailles approche, et je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Je sais juste que je ne suis plus la même.

A suivre…

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2 commentaires pour Mon Brésil #23

  1. Gawel dit :

    héhéhé…
    (oui, commentaire constructif)

  2. Alex dit :

    J’imagine l’impatience mêlée d’appréhension que tu devais ressentir en allant à l’académie !!
    J’espère qu’il y aura une dernière fois avec Assis…. hâte de lire la suite 🙂

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