Mon Brésil #25

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Assis commence par me dire à quel point il est heureux de me revoir, et qu’il n’y croyait plus. Qu’il n’a pas cessé de penser à moi, et qu’il aurait aimé m’écrire plus.

– « Ça ne tenait qu’à toi, Assis…
– Non, R. On m’a demandé de ne pas t’écrire. Je me suis retenu.
– Qui t’a demandé de ne pas m’écrire ? Da Cruz ??
– Non, ta mère… »

Je réprime un rire… Ma mère ?

– « Ah bon ? Quand est-ce que tu as parlé à ma mère ?
– Jamais.
– De mieux en mieux… alors comment aurait-elle pu te dire de ne pas m’écrire ?
– En demandant à Liza de me le dire. »

Devant mon air perplexe, il précise :

– « Quand Liza est venue ici toute seule, en 1999, nous avons beaucoup parlé. Elle m’a dit que tu avais beaucoup souffert avec moi, et que tu étais presque devenue folle… Et que ta mère lui avait demandé qu’elle fasse en sorte que je ne t’écrive plus. »

Je suis convaincue que c’est faux. Je connais assez Liza et ma mère pour savoir que les choses n’ont pas pu se passer comme ça, ou alors que j’aurais eu vent de cette prière. Je préviens Assis que je vais demander confirmation aux deux personnes concernées.

– « Tu peux, je ne te mens pas…
– Je le ferai, tu peux en être sûr, Assis. »

Nous continuons à parler de notre histoire, des pourquoi et des comment… Assez rapidement, des larmes coulent sur mes joues. Je suis ébranlée par cette remontée de souvenirs, et par le soupçon de ce que je pense être un n-ième mensonge. Pourquoi me ment-il encore, après sept ans ? Je ne suis pas triste, mais bouleversée… J’étais loin d’imaginer que ça pouvait me toucher si fort.

Nous abordons l’épineux sujet Da Cruz. Qu’est-elle devenue ? Est-elle toujours vivante, toujours à Major Prates ? J’apprends qu’elle habite toujours dans les parages, et qu’elle n’a pas changé. Assis me laisse entendre que je suis en danger :

– « R., si elle apprend que tu es ici, ou si elle te croise, il vaut mieux que je sois à côté de toi, sinon, elle voudra te tuer… »

La terreur m’envahit d’un seul coup… en même temps que le dégoût !  Pourquoi est-ce qu’il cherche à me faire peur, et pourquoi y arrive-t-il ?

– « Ne me dis pas ça, Assis, tu mens. Ca fait sept ans, maintenant, elle a eu d’autres mecs depuis, et elle se fout de moi. Elle ne voulait pas tuer R., mais la fille avec qui tu sortais et sur qui elle pouvait avoir le dessus sans problème.
– Tu te trompes. Elle parle encore de toi, parfois, comme une des deux personnes au monde qu’elle souhaite éliminer. Il y a toi, et Uli.
– Et pourquoi ?
– Uli, parce qu’elle est persuadée que je l’ai mise enceinte, alors qu’il s’agissait de Neguinho. Et toi, parce qu’elle sait que tu es la seule autre femme que j’ai aimée. Elle ne le supporte pas, et si elle sait que tu es ici, elle va essayer de te tuer. »

Mon estomac se noue d’un coup… J’ai l’impression de revenir sept ans en arrière, de replonger dans l’angoisse… Et je lui en veux de me faire ça. Mon esprit est confus, j’ai chaud, les larmes silencieuses coulent à flot, j’ai l’impression de bouillonner. Nous parlons comme ça pendant plusieurs heures… Je lui remémore certaines des choses qu’il m’a fait subir, qu’il a l’air d’avoir oubliées. Je n’ai pas encore récupéré mon aisance en portugais, je ne peux pas encore lui dire tout ce que je souhaite qu’il entende, ni comprendre toutes les choses « mystérieuses » qu’il cherche à me dire.

La nuit finit par tomber, et je lui propose d’aller à l’académie. Nous quittons la maison, parcourons quelques mètres, et pénétrons dans l’enceinte de l’académie, sanctuaire de nos amours passées. J’ai envie de fumer un joint. Mais je me suis fait la promesse il y a quelques années, de ne plus toucher à aucune drogue dans l’hémisphère sud du monde. J’ai peur a posteriori des risques inconsidérés pris sept ans auparavant. Et j’ai trop à perdre, maintenant, pour me mettre à la merci d’une police connue pour son goût de la corruption. J’ai donc apporté un paquet de Camel, à fumer pour palier l’envie de pétard… En fumeuse quotidienne, il me fallait au moins ça.

Nous montons sur le toit du bâtiment du fond, plat. Je m’allonge, face aux étoiles, et allume ma cigarette. Assis n’en veut pas. L’air est tellement moite que la fumée de ma clope parait grasse. Je regarde la lune, dont le croissant est horizontal, contrairement à dans l’hémisphère nord. Nous continuons à parler, et Assis a l’air triste… Je suis effaré de constater qu’il exerce encore un certain pouvoir sur moi. Je lui en veux beaucoup, je ne le crois pas, et je suis en même temps attirée par son air d’homme-enfant malheureux. Même avec sept ans de plus – il a aujourd’hui 34 ans -, il a toujours ce regard et ce rire enfantin… les yeux pétillants, les cils très longs, la maigreur, le sourire… un sentiment étrange me parcourt. S’il dit vrai, s’il me désire encore, je souhaite qu’il continue, mais je refuse de céder… comme si je devais récupérer mon orgueil dans ses yeux, savoir que la tendance est inversée, qu’après tout ce qu’il m’a fait, il aura le temps de regretter de m’avoir perdue.

Je lui propose de poser sa tête sur mon ventre. Il rit en me disant qu’il en rêve mais que ça risque d’être une torture… Je l’attire contre mon nombril, et lui caresse le front, me convainquant qu’il n’aura rien de plus.

Nous entendons des chansons de variété brésilienne sortir d’un transistor lointain, au son saturé… il connaît toutes les paroles par cœur, et chantonne par-dessus la mélodie, les yeux rêveurs. La grande majorité du répertoire brésilien parle d’amour, triste ou heureux. Il pioche les bribes de mots qui rappellent notre histoire… Je le trouve en même temps « ridiculeusement romantique » et intensément touchant. Je me méfie de lui, de moi, je m’impose de garder la distance par rapport à lui, à tous ses discours, de garder la tête froide, et une petite partie de moi a envie, aussi, de se laisser aller, de se rassurer, de jouir de ce regard énamouré qui lui faisait tant défaut il y a sept ans…

Je me moque ouvertement de lui, lui expliquant qu’il ne m’aurait plus, que j’étais heureuse de le retrouver, mais qu’il avait tout gâché et que nous nous cantonnerons à une amitié bienveillante et sympathique. Nous nous serrons fort dans les bras l’un de l’autre… très fort. Mais je ris beaucoup, une manière de me convaincre que je garde le contrôle.

Il m’accuse doucereusement de le torturer… délicieusement.

Il se fait tard, je dois rentrer. Il m’accompagne, et tous les « petits » sont devant la porte de la maison… Quand ils nous voient arriver, ils sifflent, et s’esclaffent de rire. Je les regarde étonnée, leur faisant comprendre qu’il n’y a aucune raison de s’emballer. Assis prend l’air dépité, et confirme mes dires… Ils le taquinent.

Nous restons devant la maison, je sors mon appareil photo pour immortaliser quelques bouilles, ils font les idiots… Je commence à retrouver mes marques… Je suis assise sur un banc, Sergio est à côté de moi et me prend dans ses bras. Quand il se lève, Assis vient prendre sa place, et passe son bras autour de mes épaules. Je rigole, lui disant qu’il prend un peu trop ses aises… J’ai surtout peur qu’on nous voit ainsi et que la rumeur en déduise que je suis à nouveau avec lui. Les autres continuent de le taquiner.

La fatigue me gagne, je décide donc d’aller me coucher, impulsant ainsi le retour de chacun dans sa maison. Je les embrasse tous sur la joue… sans exception.

A suivre…

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9 commentaires pour Mon Brésil #25

  1. zut dit :

    Oui, oui, à suivre…

  2. Gawel dit :

    Ce qui explique son air bizarre, à Liza, mmmh ?
    C’est bien, tu as tenu au moins un chapitre de plus, je suis fière de toi ! 😉
    Ce jeu du « je me leurre toute seule et je me fais croire qu’il ne se passera rien » m’est étrangement très familier.
    Et les explications de longues années après qui viennent à la fois apaiser et raviver des plaies qu’on pensait dépassées, ça aussi ça me parle (sans avoir vécu des événements aussi dangereux que toi) ! Mon premier grand amour, celui qui m’a marqué, se jouait pas mal de moi, on n’était ensemble que la nuit. Enfin « ensemble »… même pas, mais en tout cas c’était avec moi qu’il couchait (quand j’étais là et que je me faufilais dans son lit). Gros problème de communication, j’en ai reparlé avec lui plusieurs fois, avec des années d’intervalle et chaque fois il se livrait un peu plus. Jamais complètement mais au début c’était encore trop frais et c’était encore trop un gamin, et puis on était toujours en plein milieu d’une fête de famille, avec les fratries, les parents et les copains / conjoints qui rodent autour et ne nous laissaient jamais seuls (peur qu’on recommence, peut-être ?)
    Au bout de 13 ans je ne sais pas si on en a fait le tour mais la dernière fois, alors qu’on avait enfin réussi à s’échapper de la fête familiale sans parent ni conjoint autour (juste mon dernier d’un mois dans les bras), on a eu une vraie et longue discussion, qui a levé tous les malentendus, expliqué les froideurs et les rejets si douloureux. Je ne pensais pas que 13 ans, un mariage et deux petits après ça me touchait encore autant, mais toute ma vie sentimentale a été influencée par cette expérience et ça m’aide à lutter contre les automatismes néfastes (pour mes relations amoureuses) que j’ai pu développer.

    Pi bon entre temps il s’est quand même clairement sarkosé et aujourd’hui pour moi c’est rédhibitoire… alors la tentation n’est plus là, même si j’ai parfois le regret de ne pas avoir tout essayé avec lui (et pourtant ma première sodomie c’était lui – et par surprise, s’il vous plaît).

    • R. dit :

      Ttttt, je ne suis pas une fille facile, ça m’aide à tenir quelques bouts de chapitre… 😀
      A part ça, la chute de ton commentaire, légèrement décalée par rapport au propos, m’a fait mourir de rire !
      Merci, ma chère. Faut vraiment que je bosse ma face nord… 😉

      • Gawel dit :

        Dans mes souvenirs très très lointains il n’était pas membré comme le père de tes enfants… (il n’avait que 16 ans, je ne saurais pas dire aujourd’hui, je ne sais même pas si ça continue à évoluer à cet âge là – et puis ça m’allait très bien comme c’était, je dois dire. J’avais même apprécié, passé le petit cri de douleur et de surprise) alors si tu veux « bosser » la face nord, songe peut-être à une taille plus réduite !
        Je te proposerais bien mais je ne suis pas montée pour 😛

        • cath dit :

          Je suis absolument d’accord avec Gawel : pour une sodomie réussie, choisis un homme raisonnablement membré. Tu rajoutes une touche de laisser-aller, un bonne dose de titillage de clito, une pincée de mots coquins et te voilà maîtresse en ta demeure, la tête dans les étoiles !!

          Malheureusement, il semblerait qu’actuellement, nous rencontrions toutes les 3 le même problème : nos hommes sont trop membrés, quel comble !!! (hé non, nous ne sommes pas des méga tunnels à grosses quéquettes comme on peut voir sur la planète Youporn, nous). : )

  3. Les filles sont complètement obsédées par la sodomie, c’est le monde à l’envers.

    Pour en revenir à cette note (si, si !), le suspens revient à son comble ! Da Cruz éventrera-t-elle notre héroïne ? Qu’ont effectivement tramé sournoisement Maman R. et Liza ? Assis réussira-t-il à enc… (pardon) endormir la méfiance de R. pour une longue séance de reviens-y ?
    Nous attendons tous l’épisode 26.

    (Sinon, mes chéries, sachez que l’anus est beaucoup plus élastique que le vagin, faut juste un peu de patience pour qu’il se détende !)

    • R. dit :

      Tant que je n’aurais pas sorti un marmot de trois kilo cinq de mes fesses, je ne suis pas sûre de te croire… 😉

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