Mon Brésil #32

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Samedi matin. Je me lève d’une nuit sans rêve… ni cauchemar. Je lave mon linge et Vinicius se moque de ma façon de faire :

– « R., tu ne seras jamais bonne à marier. Il faut frotter pour laver ses affaires !
– Regarde mes petits bras, Vinicius… Je t’assure que je frotte, mais ça ne part pas. Et puis, tu sais, chez moi, j’ai une machine à laver, alors…
– Oui mais comment feras-tu si un jour elle tombe en panne ?
– J’irai à la laverie automatique, mon petit… »

Nous rions et je savoure vraiment cette complicité qui nous lie. Il a toujours été et reste mon number one.

Je vais faire quelques courses, et j’ose enfin les faire toute seule… sans m’aventurer très loin pour autant. Jamais jusqu’à Major Prates.

A mon retour, un voisin m’annonce que je suis demandée à la cabine téléphonique. Ici, peu de gens ont le téléphone, et beaucoup reçoivent leurs appels sur ce qu’on appelle les orelhaõs, les grandes oreilles. Ma mère m’appelle parfois, mais ne parle pas un mot de portugais. Elle bafouille alors tant bien que mal la phrase que je lui ai apprise. Une fois sur deux, celui qui décroche ne comprend rien, et lui raccroche au nez. Mais les voisins commencent à savoir que la dame qui parle bizarrement au téléphone est la mère de la grande blonde qui vit chez les jumeaux.

C’est Liza au bout du fil. Elle me propose de venir dormir chez la mère de Wilson, ce que j’accepte volontiers.

Je rentre chez les jumeaux le lendemain en fin d’après-midi. Assis passe devant la maison et m’invite à partager un moment avec lui à l’académie. Après nous être enfermés à double-tour, nous nous installons sous la véranda. Je dis à Assis que je pars une semaine plus tard à Salvador, et que s’il veut m’y accompagner, à ses frais, il est le bienvenu. Tout en envisageant ce voyage, nous nous rapprochons… J’ai à nouveau très envie de lui. L’épisode de vendredi m’a convaincue que j’étais capable de prendre ce qui m’intéressait – du plaisir et de l’ego – sans y laisser de plumes.

Nous nous retrouvons dans la salle de cours, par terre. Ventre à ventre, nos mains cherchent la peau de l’autre. Je le laisse m’embrasser, puis me déshabiller, l’allonge, m’installe sur lui pour lui enfiler un préservatif. Nous faisons l’amour en pleine lumière, cette fois, longuement, puissamment. Voir à nouveau distinctement les muscles de son cou, de son visage, de ses épaules, se tendre d’excitation me bouleverse. Je me sens puissante, femme, belle.

Nous restons l’un dans l’autre quelques minutes, puis je me lève pour me rhabiller. Il a l’air épuisé… Je me demande s’il est vrai qu’il n’a pas fait l’amour depuis 3 ans. C’est assez probable, finalement.

Allongée à côté de lui, je lui redis à quel point j’ai du mal à comprendre qu’il ait renoué avec Da Cruz, même le temps d’une nuit de drogue.

– « Tu sais, R., Da Cruz n’est pas que le monstre que tu imagines… Quand elle ne boit pas ou ne se drogue pas, c’est aussi une femme travailleuse, et généreuse. Son problème c’est qu’elle n’arrive pas à maîtriser sa colère… »

Je reste pantoise…

– « Je me doute bien qu’elle a des qualités, comme tout le monde. Mais à mon égard, elle n’a eu aucune gentillesse, aucune éthique, et beaucoup de lâcheté… Encore une fois, s’attaquer à la petite Française, c’est facile. Et Bé m’a raconté à qu’elle point elle aimait s’en prendre aux faibles… Je déteste ces rapports de domination, alors je me fous comme de l’an 40 de son courage et de sa générosité.
– J’espère que tu pourras t’en rendre compte, quand on se mariera…
– On en est loin, Assis, et si tu crois une seconde qu’elle serait convié, tu te fourres le doigt dans l’œil. »

Il me raconte que sa 2e fille, Amanda, celle qui vit avec Da Cruz, est comme sa mère. Elle à 10 ans et aime créer des bagarres, faire peur aux filles plus jeunes, ou plus timides… Je m’imagine cette fille chez moi en France, visitant son père… Le happy end de cette histoire m’apparaît de plus en plus compromis. La situation est complètement foireuse, et quelque part, ça me rassure d’avoir tous ces arguments à portée de mains.

Assis me dit aussi que Bé m’a raconté beaucoup de bobards, 7 ans auparavant. Qu’il avait cherché à se droguer à mes frais, et aussi à me séduire. Que je ne devais pas forcément croire tout ce qu’il m’a dit.

Je ne sais plus trop quoi penser, mais je refuse de me laisser envahir par le doute. Qui que soit le menteur, ça ne me meurtrira pas.

La nuit est tombée depuis longtemps maintenant, il est temps pour moi de retrouver la famille. Nous sortons discrètement de l’académie, jetons les preuves de nos ébats, puis Assis me raccompagne à la porte de la maison. Seuls quelques chiens se baladent dans la rue, je m’aventure à un baiser un peu plus appuyé que les jours précédent. Assis me demande quand nous dormirons ensemble, je ris…

– « Quando as galinhas tiverem dentes. »

Quand les poules auront des dents.

Après avoir maudit l’heure de se séparer, Assis enfourche son vélo sans frein, et je rejoins les frères à l’intérieur de la maison. J’ai droit aux moqueries de la fratrie, persuadée de mon mariage imminent avec Assis.

– «  Ne rêvez pas, les jeunes ! Quoi qu’il se passe avec Assis, c’est-à-dire absolument rien pour le moment, je suis loin de lui accorder à nouveau ma confiance. Alors ma main… »

A suivre… (le prochain, c’est le dernier)

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12 commentaires pour Mon Brésil #32

  1. La Vachère dit :

    Bon, ben tu l’envoies maintenant ? allez s’il te plaiiiiit !!!!

  2. zut dit :

    A suivre… (le prochain, c’est le dernier)

    Ben, ouf parce que là, la dose d’exotisme sature…

  3. M'é dit :

    espèce de teaseuse…
    pffft ! vivement vendredi alors ^^

  4. zoumpapa dit :

    « Quoi qu’il se passe avec Assis, c’est-à-dire « absolument rien » pour le moment… »

    Mais, mais!…..Tu leur as menti ? N’as tu point honte ?

  5. usclade dit :

    >> L’épisode de vendredi m’a convaincue que j’étais capable de prendre ce qui m’intéressait – du plaisir et de l’ego – sans y laisser de plumes.

    Bon, ok, et c’est quand alors que tu te tires vraiment une balle dans le pied? 🙂

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