Tatoueur

C’est un ami qui m’a envoyée chez toi. Tu l’avais joliment tatoué, et je voulais me faire un deuxième dessin, sur la cheville.

A part la douleur au niveau de la malléole, l’heure passée avec toi a été charmante, nos propos rebondissaient les uns sur les autres, le courant passait. Je t’ai réglé, et suis partie le sourire aux lèvres.

Tu fais partie de ceux qui m’ont toujours remuée intérieurement, une attirance phéromonale incontrôlable.

Deux ans plus tard, je souhaite agrandir et améliorer le dessin qui orne ma hanche, alors évidemment, je me pointe dans ta boutique. J’arrive alors que tu es en train de tatouer une jeune fille hurlante, tu me regardes, souris et me lance :

– « Toi, je t’ai tatoué la cheville, il y a deux ans… une calligraphie rebeu ! »

Épatée par ta mémoire, je t’explique brièvement mon projet, et nous prenons rendez-vous.

Le jour J, tu m’allonges devant toi, découvres mon ventre et passes une heure le nez collé à mon nombril. Tes mains sur mes hanches, tes doigts qui me tiennent, tes sourires et – encore une fois – notre aisance à discuter, provoquent en moi un bouillonnement hormonal puissant. Ma meilleure anesthésie. Tatouage terminé, je te paye, mais cette fois tu prends mon numéro, sous je-ne-sais-plus-quel-prétexte.

J’ai chaud. Je rentre chez moi, habitée par mon désir tenace. Désir qui, je le sais, restera inassouvi. Car tu pars dans peu de temps pour 1 an en Thaïlande. Et aussi parce que tu as une amoureuse.

Mais… un an et des brouettes plus tard, je reçois un message de ta part. Tu me proposes d’aller boire un verre.

Et nous passons une soirée à rire et papoter. Tu me racontes ton voyage, ton chagrin d’amour. Et encore une fois, je me maudis d’être aussi transparente, de suinter d’un désir flagrant, dégoulinant. Mon ventre boue, mon centre chauffe, mes joues rosissent et mes yeux rient.

Et nous nous quittons en nous claquant la bise, cette fois encore.

Sauf que le lendemain, je t’envoie un message. Le message. Cartes sur table. Grillée pour grillée… Petit ping-pong de sms et nous convenons de nous retrouver le soir-même. Chez moi.

La nuit est tombée depuis longtemps en ce mois de novembre, et tu toques à ma porte. Je ne sais plus trop comment s’ambiancent les choses, je crois qu’après quelques joints tu me demandes si tu peux dormir chez moi. Et déjà nous sommes dans mon lit, à nous caresser, d’abord timidement. Étonnamment. Puis nous nous fondons l’un dans l’autre, et tu es si troublant. Beaucoup trop tatoué pour moi, mais ton corps, et plus encore ton regard et ton sourire m’émeuvent profondément.

Baisers intenses, mains pétrissant nos corps, tu n’es pas si doué, mais tu m’excites terriblement. Toi sur moi, puis moi sur toi. Je vois ton plaisir qui grimpe en même temps que le mien, brûlante volupté, ta bouche qui s’entrouvre et ton regard flou, tes doigts qui se crispent et ton bassin qui me cogne délicieusement. Et alors que je nous sens tous les deux pas loin de l’explosion, tu ralentis franchement la cadence… Je ris, accepte le jeu, et nous reprenons le ballet de nos hanches plus doucement. Lente étreinte. Le plaisir qui dure. Qui s’amplifie. Qui monte, monte, monte. Je t’invite à attendre, laisse moi le temps de te mettre un préservatif. Mais tu souris et me réponds que tu veux encore faire durer. Que tu n’es pas là pour tirer un coup, mais pour passer une nuit suave et langoureuse.

Tu te retires, et t’engouffres entre mes cuisses, ton souffle sur mon sexe offert, palpitant. Je suis en même temps frustrée de ne plus te sentir au fond de moi, et terrassée par le plaisir que tu me donnes.

Tu me maintiens proche de l’orgasme.

Et alors tu proposes de fumer un joint.

J’explose de rire tout en frémissant de la cruauté exquise de ton jeu.

Et m’exécute. Roule le joint, que nous fumons avec bonheur, nus sur mon matelas.

Puis nous reprenons de plus belle, dans tous les sens, exploitant la moindre parcelle de mon lit, mes cheveux fermement tenus par ton poing, ma gorge offerte, ton ventre au creux de mes reins, et ton odeur…

Et cette fois, tu lâches les vannes, après des heures de plaisir diffus, flottant, tu me fais exploser.

Enfin.

Je m’échoue, haletante. Toi aussi. Nous finissons le joint, et nous endormons main dans la main.

Je sais que ça n’était qu’une nuit, unique, et elle valait le coup.

Après cela, nous nous sommes revus, de loin en loin, en toute amitié. J’étais maquée.

Et puis deux ans plus tard, tu m’as rappelée, nous nous sommes vus, chez moi, et tu m’as encore une fois proposé de dormir chez moi.

Et tu t’es comporté comme un connard.

C’est con, ça ternit un peu cette merveille de nuit.

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18 commentaires pour Tatoueur

  1. M'é dit :

    Parfois, il vaut mieux laisser les beaux souvenirs s’épanouir et la réalité s’oublier… On ne devrait pas revoir les « bons coups d’un soir » le soir en question, s’il a été magique est rarement reproductible… tout est une question d’instant.
    Garde le bon, celui d’il y a 2 ans, décorrele le reste…

    • R. dit :

      Oui, tu as raison, mais je trouve ça dommage. M’en foutais que ça soit « aussi bien », j’aurais juste aimé qu’il ne se comporte pas comme un sale con, ne serait-ce que parce que nous étions potes. Cependant, il m’a envoyé un petit mot un an plus tard pour s’excuser. 🙂
      By ze way, cette histoire s’est passée il y a 11 ans, pas 2… (mais bon, j’ai pas mis de date, on pouvait pas savoir) 🙂

  2. Je ne suis pas trop d’accord avec M’é. Pour moi, les coups d’un soir réussis invitent à leur trouver une suite, quand les conditions le permettent (les obstacles principaux étant la distance et la disponibilité). Le fait que la magie de la première fois disparaisse est un risque, qu’il faut accepter comme la possibilité que ça soit encore mieux ! (Évidemment, si on savait à l’avance comment la suite va se passer, nos vies seraient plus simples !)

    • R. dit :

      Ça… 😀
      Mais encore une fois, que ça ne soit pas aussi magique, d’accord… Mais pourquoi cette attitude de gros naze ? Pas compris… 🙂

  3. zoumpapa dit :

    …et manifestement tu lui en veux encore 🙂

    (allez, balance, qu’est-ce qu’il a fait ? …alleeeeeez…)

    • usclade dit :

      Il a voulu récupérer ses dessins? à la machette ??? 🙂

      Là aussi, une petite photo pour voir ses jolies illustrations n’aurait pas été de trop !!! (oui, c’est pas parce que tu écris bien que tu dois pas penser à ceux qui se contentent de regarder les images ! 🙂

      • R. dit :

        Je vais y songer… peut-être… je ne promets rien ! 🙂
        (en même temps, ils sont jolis, mais n’ont rien d’exceptionnel ces tatouages, hein…)

    • R. dit :

      Non, je ne lui en veux pas, je ne suis pas vraiment une fille rancunière, vois-tu. Limite « pas assez ». 🙂
      En fait, il a juste « tiré son coup », pour le coup. J’arrive, je prends, je ne communique pas, je lime, je crache, et je me retourne. Nul ! Alors qu’en plus, on aurait très bien pu niquer en 4 minutes montre en main et s’endormir ensuite. Ensemble. En ayant ri et joui.
      Bon, c’est pas très grave, hein… 😉 Mais ça a terni mon souvenir, un peu.

      • Arnaud dit :

        Disons que « juste tirer son coup » ça peut aller, si on est clair dès le début. Là ça fait un peu dent-de-scie et mi-figue mi-raisin !

        • R. dit :

          Encore une fois, on peut « juste tirer son coup » à deux, à la hussarde, quickly rapidos. 4 minutes me suffisent amplement pour prendre mon pied si je fais en sorte de. Mais se branler dans moi… hmmmm… bof !! 😀

  4. Sir John dit :

    Avez-vous la moindre idée, qui expliquerait la différence de comportement?
    S.J.

    • R. dit :

      Hmmmm… la cyclothymie ?
      Franchement, je n’ai pas compris. Je pense qu’il était dans un mood « j’me branle, et dans R., c’est mieux que dans ma main ».
      Ou alors il était défoncé, et je ne me suis pas rendue compte ?

  5. Mötley Crüe dit :

    Moi non, j’ai un souvenir parfait de cette seconde nuit où je me suis endormi, retourné de mon côté (je préfère parce qu’au sinon je dors moins bien).
    Sache que je regrette que tu ais pris mon attitude de la sorte…et te présente mes excuses.

    NB: On avait bien fumé, c’est vrai, et puis j’avais un peu mal au ventre, aussi.

    • R. dit :

      Je ne couche jamais avec des chanteurs de métal ! Surtout les petites natures qui ont mal au ventre… 😀
      Mais tu m’as bien fait rire.

      • Arnaud dit :

        Pourtant les chanteurs de métal, sous leurs airs bourrus, sont plutôt des gros nounours !

        • R. dit :

          L’analyse de ma vie sentimentale démontre de façon flagrante que je n’ai rien contre les bourrus. Ni contre les nounours.
          Par contre, j’ai un problème avec les cheveux longs permanentés. 😀
          Et pis j’aime pas trop le métal… je préfère le blues, par exemple. 🙂

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