Glaçons

Tu étais mon amant, et nous avions commencé fort, tous les deux. Enfin, tous les deux… façon de parler.

Après cette jolie valse, nous avions continué en tête-à-tête, et encore plus souvent en tête-à-queue. J’avais beau être dans une situation compliquée, j’appréciais ta douceur, ta générosité sexuelle et câline. Je craignais un peu que tu sois tombé amoureux, du coup je te répétais sans cesse de ne pas. Que je ne pourrais pas assurer de ce côté-là.
Pour x raisons, valables ou non, je ne sais pas…

Du coup, pendant les quelques semaines qui ont suivi ces merveilleuses vacances liamonesques – probablement les meilleures de ma vie de vingtenaire – nous avons multiplié les ébats.

Je t’avais dit que j’aimerais, un jour, être attachée pour faire l’amour. Une nouvelle fois. Et aussi que je devais m’acheter une poêle Téfal.

Oui, j’ai le sens de l’à-propos.

Alors un jour où tu me savais en début de plaquette, petit malin, tu as débarqué chez moi avec un gros carton.

Je l’ai ouvert, étonnée, et j’ai éclaté de rire. Dedans, deux foulards, une jolie carte avec un tournesol vantant tout le désir que tu avais pour moi et… une poêle Téfal.

Ni une, ni deux, j’ai pris mon livre de recettes et me suis lancée dans une paella digne de ce nom.

Je décooooooooooonne.

Je ne sais pas faire la paella.

Ni une, ni deux, donc, on a foncé dans mon lit, et tu as entrepris de ligoter mes mains aux lattes de mon sommier, bras en croix.

Puis tu m’as dévorée de baisers. De haut en bas, de bas en haut, dans le cou, sur mes flancs, sur le bout de mes seins – que tu savais, pourtant, assez agaçable -, sur la peau toute fine de l’intérieur de mes cuisses, dans le pli de mon aine, sur mon nombril…
Et moi je riais, chatouilleuse, mais surtout… j’avais chaud.
Envie, et chaud.

Alors tu m’as soudainement demandé si j’avais des glaçons. Te souvenant d’une phrase que j’avais lâchée pas du tout anodinement quelques temps auparavant.

Sourires en coin de part et d’autre, je t’ai dit oui, mais que je pouvais difficilement aller les chercher.
Alors tu t’es levé, as déposé le drap sur mon corps nu pour que je ne sois pas ainsi seule et offerte… puis tu es revenu, avec un bol plein de cubes de glace.

Tu en as pris un et tu as commencé à lui faire parcourir mes courbes, mes lignes, mes pleins et mes déliés. Je frémissais, parce qu’en plus des chatouilles, il y avait le froid qui contrastait avec la chaleur de ce mois de septembre.

Tu as joué, beaucoup, à faire durcir mes seins, à faire fondre les glaçons sur mon ventre bouillant… et puis ta bouche s’est approchée de mon sexe.

J’ai senti ton souffle brûlant, et ta main qui approchait deux glaçons de mes recoins.
Il va sans dire que ces derniers maigrissaient à vue d’oeil. Mais tu avais des munitions, et quand l’un devenait trop petit, il te suffisait de plonger la main dans le bol.

Ta langue s’est affairée, douce et ferme, agile, dans mes replis, titillant sans relâche mon amour de clitoris. Puis tu as glissé un, deux, trois, quatre, je ne sais plus combien de glaçons au fond de moi. M’emplissant d’un délice nouveau, troublant.
Je dégoulinais de toute part, et tu récupérais tant bien que mal l’eau qui coulait de moi.
Alors tes doigts se sont mis à me fouiller. Les glaçons ne faisaient plus les fiers, ne faisaient plus l’affaire.

Et je suis montée.

Et j’ai explosé.

Tu as ri, tu m’as serrée fort dans tes bras. Mon drap était trempé, mais on s’en foutait.

Je t’ai demandé de me détacher, pour pouvoir moi aussi t’étreindre.

Et parce que c’était mon tour, maintenant, de te faire grimper.

Chose faite, avec succès.

Et pour conclure ce beau dimanche ?

J’ai fait des crèpes.

Epilogue : si je dois me refaire attacher, ça ne sera pas les bras en croix, mais plutôt les mains liées ensemble au-dessus de ma tête. Pour offrir de plus belles poses. Soit dit en passant. Et je n’utilise plus de poêle en téflon. Le père de mes enfants m’a convaincue que c’était rien qu’un truc pour aller dans l’espace, et que vive l’inox et la matière grasse. D’ailleurs ça me fait penser que je ne sais pas encore qui de nous deux garde les poêles en inox…

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22 commentaires pour Glaçons

  1. cath dit :

    J’aime ton épilogue sur la répartition du mobilier du ménage, question au combien épineuse pour certains couples. Il n’est pas forcément facile de garder son sens de l’humour dans ces périodes mouvementées mais c’est souvent ce qui fait tenir. Tu me fais rire, je t’aime !

    • R. dit :

      Hi hi, merci Cath !
      Je pense qu’en ce qui nous concerne, nous n’aurons pas ce genre de débat. Je suis prête à lui laisser tout ce qu’il veut (surtout ses deux aquarium d’un mètre cube chacun – dans un 40 m2, autant te dire que ça pèse…), et je pense que lui aussi. 🙂

  2. J’ai beaucoup aimé la feinte à propos de la paëlla 🙂

  3. Zoulmi dit :

    Je te conseille de te renseigner sur le shibari. Two Knotty Boys sont assez bon sur le sujet.
    Pour ce qui es de l’équipement de cuisine, je pense que ça dépend plus de la qualité en général que de la présence de téflon. J’ai eu une anti-adhérente qui colle et une autre qui tient le coup depuis des années malgré les coups de fourchette au fond. Mais c’est un grand débat…
    Quand à l’industrie aérospatiale, ben je suis pour que les innovations soient utilisées sur terre. Ça me parait une évidence d’utiliser un téléphone portable ou du café lyophilisé par exemple, donc le téflon aussi.

    • R. dit :

      Je ne crois pas être une adepte potentielle de ce genre de pratique, même si je sais qu’il ne faut jamais dire fontaine. Disons que j’ai beau être une masochiste cérébro-sentimentale (j’essaie de me soigner), aimer être légèrement entravée, prise, tenue, et ne pas refuser une petite fessée rigolote et bien placée, je n’apprécie pas du tout la vraie douleur. Et encore moins l’asphyxie.
      Quant au téflon, bon, je me suis laissée convaincre, ça me va bien, j’ai trouvé mon compte dans l’inox. Je suis vachement plus détendue quand je fais la vaisselle et que je gratte, disons…
      Et je ne bois pas de café, ni lyophilisé, ni autre. Par contre j’ai un téléphone portable de merde qui n’a jamais de réseau (Steve Jobs, I hate you, mais je continue quand même à me faire enfler en dépensant ma thune en pomme les rares fois où j’ai besoin d’investir dans la technologie), je veux bien l’envoyer dans l’espace, ce con !

      • Zoulmi dit :

        Le shibari c’est l’art d’attacher les gens, pas de leur faire du mal (ça c’est le SM) ni de les étouffer (ça c’est dangereux).
        L’une des bases du shibari c’est de pas passer de cordes autours du coup ni sur les vaisseaux sanguins importants. On apprend ça avant les nœuds en fait.
        Après, c’est vrai que c’est l’un truc BDSM, mais heureusement ça n’inclue pas forcément tout le reste.

        • R. dit :

          Bon, j’avoue, j’ai fait une recherche très rapide et j’ai principalement lu un fait divers sur le Shibari, qui finissait avec une morte et une fille dans le coma. J’imagine que ça n’est pas forcément représentatif.

  4. SIr John dit :

    Dommage que la météo actuelle ne soit pas à l’avenant de la température du billet.
    Cheers,
    S.J.
    PS : les bras en croix exposent en effet terriblement, et limitent beaucoup les mouvements possibles. Délices du « bourreau »…

    • R. dit :

      Ils limitent aussi beaucoup, me semble-t’il, la joliesse des poses de l’attachée. Ça m’avait un peu frustrée, du coup… Mais je ne suis pas du tout une experte en la matière.

      • Sir John dit :

        Une « joliesse » qui confinerait à la beauté? Pas expert non plus, mais j’y ai gouté…Comme un gout d’infini…Pour Grands, qui savent se respecter.

  5. Quadramatique dit :

    Une histoire de glaçons devrait normalement rafraîchir l’atmosphère. Pourtant, je suis en train de surchauffer, là. Je cours prendre une douche froide avant de regarder un épisode de Derrick pour me calmer et ne pas hurler de désir tel le loup de Tex Avery 🙂

  6. Wtfisjr dit :

    Bordel de merde, qu’est-ce que vous écrivez bien. Même l’épisode paella et Téflon n’est pas parvenu à faire retomber mon excitation !

  7. Marc T. dit :

    Brûlant !

  8. Pour la paëlla, j’ai une recette intéressante de ma belle-mère que je pourrais te communiquer à l’occasion, mais c’est quand même un plat super long à préparer. Et puis ça ne se fait pas avec une poêle à crêpe mais une paellera (je suis content d’avoir une cave pour ranger ce genre de bordel qui ne sert qu’une fois pas an).
    Pour les glaçons, je n’ai pas assez expérimenté et pourtant les quelques recettes qu’on m’a cuisiné m’avaient régalé. Je vais remettre ça dard-dard à l’ordre du jour (et au désordre de la nuit).

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