Haïr

Rien à voir avec le film de baba-cool… Encore que.

Haïr.
Tu sais, comme détester, abominer, exécrer, abhorrer…

Je ne sais pas faire, et bordel, c’est un sacré handicap.

Pourtant, je te jure, il y en a plus d’un qui m’ont donné l’occasion d’expérimenter ce type de sentiment. Je pense à Da Cruz, bien sûr. A Assis, aussi. Mais pas que.

Je pense à toi, connard de capoeiriste qui est venu me draguer il y a une bonne dizaine d’années. Tu m’as tout de suite tapé dans l’œil, avec ta gueule de travers et ton style inimitable. Et puis surtout, tu as eu du nez. Tu as vite compris qu’en te faisant désirer une nuit entière jusqu’à ce que je te supplie de m’étreindre au petit matin, tu allais me ferrer. Quand nous étions ensemble, c’était vraiment chouette, mais tu étais insaisissable, et surtout injoignable. Il t’arrivait de disparaître pendant des jours, et moi je croupissais à côté de mon téléphone, attendant désespérément des nouvelles. Plusieurs fois je t’ai proposé d’arrêter notre histoire si récente, à peine quelques semaines. Il y a même eu deux fois où c’est moi qui ai voulu te quitter. J’étais bien tombée amoureuse de toi, mais je sentais le futur coup bas. Tu m’as retenue, à chaque fois. Et tu as re-disparu. J’étais folle d’angoisse, et au beau milieu d’une nuit, tu m’as appelée en me donnant des explications toutes farfelues. Me promettant de passer me voir, demain soir, sans faute.
Crois-moi, je comptais cette fois te dire que ça ne pouvait pas durer. Que j’étais trop fragile pour supporter. Te le dire gentiment, et tâcher de ne pas céder.
Mais tu n’es pas venu. Et je ne t’ai jamais revu.
Tu m’as laissée avec mon désarroi, mon incompréhension, ma rage. Alors que je ne t’avais jamais fait de mal et que je t’avais offert mille occasions de me quitter proprement.
Mais je ne te déteste pas. Je voudrais juste que tu comprennes à quel point ce type de comportement laisse des traces, et ne fait pas tourner le Monde dans le bon sens.
Je te rassure, je ne pense plus à toi, et le temps a fait son boulot. Mais même au plus profond de mon désespoir, je n’arrivais pas à nourrir une haine peut-être salvatrice contre toi.

Je pense aussi à toi, petit enculé qui me fait la misère pour une raison que je ne comprends toujours pas. Ta gueule qui dure, quotidiennement, quand je te croise dans les parages. Le ton que tu emploies et la mine que tu fais les rares fois où tu peux difficilement m’esquiver. Pourtant on a eu une belle amitié. Et puis les sentiments ont débordés. Mais moi je ne pouvais pas être avec toi, malgré l’immense béguin, alors je t’ai dit de passer ton chemin. De rester mon ami et d’offrir ton amour à une autre que moi. Ce que tu as fait, et il parait que ça roule. Alors pourquoi tu continues à me faire payer la situation dans laquelle j’étais ? Tu es heureux aujourd’hui, et moi j’en chie. Ma maman, la rupture avec le père de mes enfants, la tornade que j’ai traversée ces derniers mois, tu le sais tout ça. Tu sais même, parce qu’en fille rusée que je suis je t’ai donné toutes les clés, que la pire des choses qu’on puisse me faire c’est de me supprimer de sa vie sans préavis. Fermer la porte, me barrer, me nier. Sans m’offrir d’explications, ni de tribune. Tu le sais et ça ne t’arrête pas.
Chaque jour, je me prépare à affronter ta violence silencieuse. Et je suis plus ou moins apte. Chaque jour je me répète que je ne mérite pas ça, que je n’ai été que bienveillance à ton endroit, que c’est juste la vie si je n’ai pas pu satisfaire ton envie.
Et malgré tout ça, malgré ma certitude que tu es trop tête de con pour rebrousser chemin, pour admettre que bordel, on se marrait bien, et qu’on pourrait redevenir sinon des amis, au moins des voisins sympas, malgré tout ça je te souhaite le meilleur.
Je n’arrive pas à te haïr, ni même à t’ignorer. J’ai beau visualiser des scènes où je te pète le nez, je sais qu’au fond de moi, ce que j’espère, c’est que tu retrouves raison. Que tu mettes ton orgueil de côté, que tu aies un peu plus d’humilité, de lucidité sur la situation dans laquelle je suis, et d’empathie, aussi.
Tout ça est un tel gâchis. Et ce que tu ne comprends pas, c’est que ça laisse des blessures béantes, à vie. Ou alors tu le sais, et là, c’est pire que tout.

Récemment, une amie m’a dit qu’à mettre mon cœur et mes tripes sur la table à chaque fois que je commençais à aimer quelqu’un – amicalement comme amoureusement -, j’imposais à l’autre une responsabilité qu’il n’avait pas demandée.

Ca m’a un peu blessée. Mais, je médite là-dessus.

Hier j’ai lu aussi cette phrase chez Vieux félin, une drôle de nénette qui a une certaine philosophie : « tu voudrais la gifler parce que la douceur a toujours ceci d’ignoble qu’elle sucre les plaies« .

Pas du tout le même contexte, n’empêche que ça m’a foudroyée. D’un coup certaines choses se sont éclairées.

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18 commentaires pour Haïr

  1. cath dit :

    Comment t’aider dans ta douleur, ne serait-ce que pour te remercier d’être toi et d’être en vie ? Nous nous croisons dans le monde virtuel, sans même savoir où nous habitons réellement et l’une et l’autre dans la vraie vie. Donc je répète, comment t’aider, te soutenir, apprendre à te protéger, te donner la patate pour affronter tout ça ? Je n’ai pas de réponse, je me contente d’être à tes côtés, quelque part sur le web. C’est pas grand chose, juste une poussière d’humanité, mais c’est mieux que rien. Tiens bon. Je t’embrasse, en essayant de retenir mes larmes (ben voilà, c’est raté).

    • R. dit :

      Hmmmmm… en me faisant une ablation partielle du cerveau ? En inventant un truc que je pourrais revêtir telle une carapace ? En priant Celui auquel je ne crois pas…? 🙂
      Merci, Cath, pour ta poussière d’humanité qui m’a refait pleurer, hier, quand je l’ai reçue. Et cette jolie particule de toi, c’était plus que « mieux que rien ». Baisers.

  2. zoumpapa dit :

    Dis, et « têtedecon de petitenculé » (il se reconnaîtra?), par hasard, il lit pas ce blog ?

    Quant à ce que ton amie t’a dit récemment, même si sur le fond c’est pas faux, si ton comportement est ce qu’il est, hé bien tu ne changeras pas (tu est qui tu es), et tu ne devrais pas te poser plus de questions que cela., Ton attitude a a le mérite d’être honnête (c’est tellement rare de nos jours), …mais par contre que ça ne t’empêche pas de tourner 7 fois ta langue dans ta bouche avant de causer (avant de la faire tourner ailleurs stp).

    • R. dit :

      Je ne pense pas qu’il me lise. Il connaît l’existence du blog, mais… Par contre, s’il lit, il se reconnaîtra. Mais comme il ne me lit pas.
      Quant à tourner 7 fois ma langue dans ma bouche, j’avais à peu près appris à le faire avec mon père, avec qui je ne savais JAMAIS comment n’importe quelle phrase anodine pouvait tourner (et ça tournait souvent mal sans que je ne l’ai vu venir…).
      Je crois qu’il faut que je me refasse un petit stage intensif. 😀

  3. jo dit :

    Moi je préfère sucrer les fraises, bisou

  4. Sir John dit :

    Chère R., sachez que cela existe dans l’autre sens aussi (ce n’est pas typiquement masculin quoi). Je trouve que ne pas haïr est plutôt une très grande qualité. Mais il ne faut pas s’attendre à en être forcément aimé(e) en retour.
    Et les sales cons (car votre tête de noeud en est un), cela se gère, rationnellement (cf un bon bouquin « Objectif : Zéro sale con »).
    HLesC!
    Cheers,
    S.J.
    PS : et « enculé(e) » n’est pas, forcément, une insulte!

    • R. dit :

      Cher Sir John, je suis convaincue de ce que vous avancez. Preuve en est, la première personne que je cite, c’est Da Cruz, une femme… dans son genre, mais femme quand même ! 🙂 Et j’ai eu pas mal de belles connasses dans ma vie professionnelle, aussi. Surtout quand j’ai eu l’outrecuidance d’oser… faire des bébés.
      En revanche, je vous l’accorde, en ne haïssant personne, en embrassant le Monde, j’espère toujours être aimée en retour. Et il va falloir que je me colle dans le crâne que ça n’est pas du donnant donnant.
      Il n’empêche que l’injustice m’a toujours ravagée, d’autant plus quand elle est dirigée contre moi volontairement. Je vais me pencher sur votre bouquin.
      Bon, et puis pour « enculé », sachez que je dis « putain » environ toutes les 3 phrases, sans jamais penser une seule fois aux filles du boulevard. 🙂

      • Sir John dit :

        Chère R., Pour « enculé » j’avais remarqué, disons que c’était un clin d’oeil à toutes les faces Nord…dont celle que vous devez encore explorer (positif quoi!).
        Et s’il vous plait, surtout ne vous collez rien dans le crâne, car il en faut des gens comme cela pour embellir notre quotidien. Et puis le jour où vous tombera dessus un alter ego, vous saurez le voir…(positif quoi!).
        Cheers,
        S.J.

  5. samsoum dit :

    Larmes aux yeux, t’es une personne unique, sois fière de cette qualité en toi. Tu ne peux pas haïr, ça te fait mal des fois certes, mais ça fait de toi ce que tu es.
    Tu passes d’une période difficile, on sent ton chagrin dans tes textes ses derniers temps, saches seulement qu’il y a des gens qui t’aiment même s’ils ne t’ont jamais rencontrer, parce qu’ils ont pu voir clair en toi, on voit R. la mère, R. la fille, R. la cousine, R. la copine, R. l’amie, R. l’amante, et encore et encore.
    Bref, t’es un Ange 🙂

  6. Marie dit :

    Chère chère R. Comme je te comprends… Comme je suis en empathie pour le coup! Ne change pas qui tu es, ce que tu es, mais apprend à te protéger de la possible déception, du fait que les autres, beaucoup d’autres ne sont pas comme toi. Je me suis aussi pris pas mal de portes dans la tronche (voir mon « synopsis » et sa fin on ze blog of ze Sardine…) mais si j’en ai souffert, je ne regrette pas et n’arrive pas non plus à détester. Juste se dire que ces gens ne te méritent pas. Facile à dire, mais vrai. Tu vaux mieux que ça…. Je t’embrasse de tout cœur. Va bien.

    • R. dit :

      Merci Marie… Ce qui me tue, c’est que je sais tout ça. Mais juste, je n’arrive pas à connecter mon cerveau à moncoeuretmestripes, à accorder mon intellect avec mon ressenti. J’essaye, hein… Mais bon…
      Baisers.

  7. Khoreia dit :

    Des fois ça serait tellement plus simple d’avoir la rage, le temps de trancher net dans une relation qui part en vrille … quitte à revenir à de meilleures dispositions quand le temps a fait son oeuvre ?

  8. L'impatiente dit :

    Encore un billet que j’ai relu trois fois. Ça fait un de ces échos par chez moi.. pffui…
    Mais pour ma part j’ai peur que ce soit aussi une forme d’orgueil : quoi? comment ? il/elle ne veut pas de mon si bel amour/amitié/tendresse? incroyable! (je parle pour moi, hein) Et pourtant cela ne me calme pas du tout, et je continue à envoyer signaux et bouteilles à la mer, pour ne pas disparaitre aux yeux de ceux qui m’ont ne serait-ce qu’une fois touchée.
    J’ai une théorie toute personnelle la dessus : la peur de disparaitre aux yeux de certains, d’être niée peut trouver ses racines dans des manques ou des négligences graves d’attention sur le petit enfant. (Tu n’existe pas, donc je ne te protège pas, donc tu peux mourir, tout simplement) si je me motive j’en fait un billet.
    En attendant je suis sure que tu sais aussi trouver ceux qui vont apprécier et faire rentrer dans leur vie ton amour du Monde, et pour cela ça vaut le coup d’être qui tu es!
    Mille bises.

    • R. dit :

      Oui, la petite enfance… j’y songe. Malheureusement ma mère ne peut plus tellement m’éclairer sur le sujet… Et heureusement, je suis entourée de mille ami(e)s qui aiment mon amour du Monde. Ce qui m’étonne, c’est qu’ils ne suffisent toujours pas à me faire passer mon chemin face aux petits enculés. Obsessionnelle, tu dis ? 🙂

  9. usclade dit :

    Je ne saisis pas tout ce que tu ressens exactement. Quand tu insultes ces protagonistes qui t’ont énormément blessée, c’est spontané ou tu te forces, comme pour suivre une thérapie? Parce que justement tu sembles les haïr quelque part, mais tu continues à souffrir de cette haine inépuisable, comme si tu n’acceptais pas qu’ils s’éloignent irréversiblement sans que justice ait pu être faite. Tu aurais voulu que ta colère jaillisse sur eux, mais en fait elle est restée en toi, et c’est toi qu’elle ronge alors que c’est eux qu’elle aurait dû secouer. Je me trompe?

    Je me demande si tu n’as pas une personnalité proche de la mienne, à savoir que tu aurais peur des dégâts que peut occasionner sur le monde ta propre colère, aussi tu chercherais en permanence à éviter les situations où elle peut se déclencher, et quand tu n’aurais plus le choix, tu préfèrerais taire ta colère que la laisser s’exprimer, pour l’intérêt général, pensant que ta générosité pourrait repacifier le monde au plus vite. Le problème, c’est que ce faisant, tu ignores une émotion vitale, la colère, qui est là pour protéger l’individu de toutes sortes d’agressions que la vie inflige, bref tu te prives d’un moyen de protection essentiel.

    Pour le boulot, suite à un conflit très lourd avec un ami avec qui on bossait, ma femme et moi avons été accompagnée par une coach qui nous a aidée à appréhender et évacuer notre colère, et ainsi effectuer le travail de deuil pour sortir de notre rancœur, sans passer par une vengeance matérialisée, sans avoir plus jamais à recroiser le gars. Et aujourd’hui c’est vrai qu’il n’en reste pas grand chose. On s’en fout désormais…

    Bisous, accroche toi ! 🙂

    • R. dit :

      Non, tu ne te trompes pas, tu as tout compris. J’ai bien évidemment des pulsions de haine, très passagères. Ce que je n’arrive pas à faire, c’est haïr profondément, durablement, suffisamment pour ne pas souffrir de l’autre. Alors du coup, ça me ronge, d’autant plus que je suis trèèèèèèèèès légèrement obsessionnelle, comme fille ! 😀

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