Fantasmeuse

Je suis une fantasmeuse.

J’ai le sexe cérébral… et animal. Les deux allant souvent de pair.

Récemment, j’ai été amenée à rencontrer un homme ni de mon âge ni de mon milieu. Entendez « plus vieux et plus riche ». Même si je n’en sais pas assez sur lui pour savoir exactement à quel point.

Une rencontre qui n’était absolument pas de l’ordre de la séduction. Ou alors uniquement intellectuelle. Du coup j’y allais en ne m’attendant à rien du tout, au mieux à passer un moment plaisant dans un endroit inhabituel pour ma petite personne – une bonne occasion de sortir mes escarpins que j’aime d’amour.

Nous nous sommes reconnus assez vite, aidés de nos indices respectifs, et c’est toujours drôle d’entrer en matière face à un inconnu.
Il s’était vendu comme « vieux, moche et gros », alors j’ai commencé en disant « vous m’avez menti, vous n’êtes pas gros ! »… sans me rendre compte à temps que je semblais donc dire qu’il était vieux et moche. Spontanéité et boulettes sont les mamelles de ma personnalité.

Surtout qu’il ne l’était pas, vieux. En tous les cas selon moi, qui contrairement à Maïa Mazaurette ne pose pas la limite de fraîcheur des hommes à 35 ans (mais chacun fait ce qu’il veut avec ses cheveux)… Et moche non plus, il ne l’était pas.

Il était… bien. Dans son style, c’est-à-dire pas le mien, mais bien.

Et surtout très courtois. Un homme de bonne famille, on pourrait dire.

Nous avons échangé avec un naturel assez déconcertant, nous avons ri, abordé des sujets variés et passionnants, même si nous n’avons pu que les effleurer, mes obligations maternelles m’attendant en piétinant à la maison.

Trente minutes après l’heure à laquelle j’aurais dû quitter notre lieu de rendez-vous, j’ai fini par dire que je devais vraiment y aller, non sans une pointe de sentiment d’inachevé. Enfin, ça, je ne l’ai pas dit.

Nous nous sommes fait la bise, et je me suis engouffrée dans le métro. Et j’ai pensé au mail que j’allais envoyer à cet homme qui m’avait surprise. Tout en me disant qu’il était bien trop tôt pour dire quoi que ce soit, d’autant que je ne souhaitais pas du tout le draguer – nous ne jouons indéniablement pas dans la même cour. Juste lui dire que j’aimerais le revoir et continuer nos discussions esquissées.

En rentrant, l’homme m’avait coupé l’herbe sous le pied, et envoyé un mail sensiblement similaire à celui que je pensais lui écrire. En plus élogieux, l’homme n’étant pas avare de ce côté-là.

Nous avons échangé quelques jours, et avons convenu de nous revoir plus tôt que nous ne le pensions l’un et l’autre.

Et là, il s’est passé un truc étrange en moi. Mes hormones n’y sont probablement pas pour rien, mais je me suis mise à fantasmer sur lui. Fugacement, mais… régulièrement.

Pourtant, je ne peux pas dire que j’ai flashé sur son physique, même si je ne suis pas restée insensible à ses yeux verts. Il avait été malin en m’annonçant une laideur factice qui ne pouvait du coup que me surprendre agréablement.

Non, je crois que ce qui m’a fait le désirer, c’est sa courtoisie, sa bienveillance, et le sentiment que cet homme aimait le sexe esthétique, chic et… dominant.

Je me suis surprise à imaginer des scènes très particulières avec lui, loin de tout ce que je peux connaître et désirer d’habitude. Des postures et des parures, des ambiances. J’avais comme des flashs, qui ressemblaient plus à des photos qu’à des films, d’ailleurs. Des instantanés haut-de-gamme.

Pourtant je suis du genre à aimer le naturel.

Mais là, je me retrouvais à m’imaginer apprêtée et offerte à son initiation. Le suivre sur le chemin d’une douce domination, bordée par sa courtoisie. Me soumettre à sa poigne et à son souhait de me sublimer.

Et je ne voyais rien d’autre. Aucune envie d’en faire mon homme, ni même mon amant. Juste l’envie étrange de me laisser aller sur cette voie jusqu’alors inconnue, en confiance.

Bien évidemment, à aucun moment je n’ai mentionné ces images qui m’assaillaient. Et même si nos échanges pouvaient être pris à double sens, ils n’en restaient pas moins d’une politesse sans égal.

Nous nous sommes retrouvés quelques jours après, rendez-vous sous forme d’énigme résolue avec brio (merci Gogol), pour un déjeuner.

Je m’étais habillée de rouge et noir, talons vernis, bien heureuse de pouvoir enfin me grimer pour quelqu’un qui remarquerait mes efforts.

Pour autant, j’abordais ce déjeuner dans une incertitude totale, d’abord sur ses desseins – souhaitait-il un repas cordial ou avait-il lui même été légèrement bousculé intérieurement ? – mais aussi sur les miens.
Il y a un grand pas entre des images puissantes et la mise en action. En avais-je vraiment envie ? Et surtout, en étais-je capable ?

Je m’étais dit que je me laisserais porter par la discussion et ses éventuelles invitations.

Le moment fut encore fort plaisant, puis nous avons marché un peu, jusqu’à nous séparer en tout bien tout honneur, nous claquant une bise sur le parvis de l’église Saint-Eustache, sachant pertinemment que nous ne nous recroiserions pas avant longtemps.

J’étais déroutée. En même temps un peu déçue, mais très soulagée. Drôle de sentiment.

Alors cette fois, j’ai pris les devants, et lui ai envoyé le premier mail. Bref. Concis. Aveu de ma confusion. Un mail qui cependant taisait les braises.

Et je crois qu’on peut dire qu’il m’a élégamment éconduite. Avec force compliments, au point que j’ai failli trouver ça louche. Mais avec une immense gentillesse.

Aujourd’hui, je ne sais pas trop si je dois croire la raison avancée, à savoir « offrez cela à celui qui le méritera plus que moi ». Disons que je ne peux pas m’empêcher d’entendre « vous êtes charmante mais pas suffisamment pour moi, ma petite ».

Mais d’abord, il a bien le droit de ne pas être ému par moi plus que ça et il ne sait pas ce qu’il rate. Et puis moi, ce qui m’importe, c’est la qualité de la rencontre, indéniable. Et ce qui me rassure, c’est la bienveillance. Dont il n’a jamais manqué.

Pour être honnête, je ne suis pas du tout sûre d’être capable de faire ce que je faisais dans ma tête avec lui. Même si je sais qu’à chaque fois que j’ai douté de mon courage, j’ai finalement été plus qu’à la hauteur.

Ne reste plus qu’à voir si de tels scénarios m’envahiront à nouveau un jour. Et surtout, avec qui ?

Et peut-être est-il bon, aussi, que certains fantasmes restent fantasmes. Le meilleur moyen de ne pas être déçue.

Puis de toutes les façons, depuis, mes hormones sont redescendues.

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20 commentaires pour Fantasmeuse

  1. Tomas dit :

    c’est ça qui est riche justement…. des relations qui ne déboucheront sans doute sur aucune transgression/concrétisation mais qui reste un bon bout de temps gravées dans la machine à fantasme;

    • R. dit :

      J’ai mis 5 bonnes années avant de concrétiser mon fantasme de trio, et indéniablement, j’ai bien fait d’attendre… Du coup, je ne suis pas pas pressée. 😉
      By ze way, je croise tous mes doigts pour ce-que-tu-attends…

  2. usclade dit :

    Quoi, Maïa Mazaurette a prétendu cela? C’est plutôt curieux de sa part… Une mauvaise expérience sans doute, parce qu’honnêtement, c’est dénué de tout fondement.. 😛

    Ce qui est sûr sinon, c’est qu’il ne faut jamais se poser de question dans ces moments là, la vie c’est comme les hormones, ça va ça vient, les hauts et les bas, tout ça .. (et tu peux me croire, je m’y connais en râteaux 🙂

    • R. dit :

      Oui, elle l’a dit à plusieurs reprises d’ailleurs. Au prétexte que « pourquoi se taper des vieux quand on peut se taper des jeunes ? ». J’aurais envie de répondre « pourquoi ne se taper QUE des jeunes quand on peut aussi se taper des vieux ? », mais bon, après ça fait un peu la meuf qui bouffe à tous les râteliers… (j’assume, je suis contre les critères figés)
      A part ça, ça fait meuf qui se la pète si je dis que je n’ai PAS DU TOUT vécu cette histoire comme un râteau ?
      🙂

      • usclade dit :

        je savais bien que c’était une fille superficielle ! Tout ça pour dire que elle elle peut se taper des jeunes et rendre jalouse les filles de sa génération, pff, c’est mesquin… En tous cas, moi qui ai passé la date de péremption il y a 2 ans, j’affirme sans rire qu’il vaut mieux m’avoir comme amant maintenant qu’il y a quinze ans, mais ça elle ne le saura jamais !
        😛

        Mais qui a parlé de râteaux? Ah zut, c’est moi… Bon, j’ai bien saisi dans ton récit qu’il s’était éconduit de lui même et qu’en aucun cas il ne s’agirait d’un râteau pour toi ! 🙂

  3. Sir John dit :

    Aventurière au Brésil, aventurière dans la Vie, aventurière dans les mots, aventurière dans les songes…Vous êtes une exploratrice dans l’âme!
    Cheers,
    Sir John
    PS : ceci dit, il a du en effet vous troublez, au point de laisser passer deux hésitations orthographiques (sauf à vous attendre à un vrai cours dans sa cour, et que ses desseins soient ceux des cieux, ou bien les vôtres inavoués?). SJ. 😉

    • R. dit :

      Corrigé, merci !
      Laissez-moi à mon tour vous reprendre : « il a dû en effet vous troubleR » (ce dont je ne doute aucunement). L’astuce est très simple : remplacez « troubler » par « prendre », même si au final, ça n’est pas arrivé… 😉

      • Sir John dit :

        Merci de votre bienveillante vigilance. Moi c’est votre lecture qui a du me troubler. Et j’utilise plutôt « mordre » que « prendre ». Parfois les deux, pour amplifier. 🙂

  4. Quadramatique dit :

    Moi aussi je suis vieux, gros et moche. Et j’ai une qualité supplémentaire: je suis bête! Voulez-vous sortir avec moi? 🙂

  5. dita dit :

    Non ce n’est pas un rateau, c’est juste un truc remis à plus tard ou à jamais.
    moi il y avait un truc que je ne voulais vivre qu’avec une seule personne et comme ça ne s’est pas fait, je reste assez persuadée que ça restera un fantasme. c’est peut être mieux ainsi même si j’ai l’impression d’être passé à côté de quelque chose.
    moi je suis vieille, grosse et moche , vous voulez sortir aussi avec moi? 🙂 j’aime les souliers vernis :p

  6. Sir John dit :

    @R. : Je suis pas trop vieux, pas trop moche, pas trop gros, pas trop pauvre et j’ai toute une collec « d’instantanés haut de gamme ». J’ai bon là, non? 😉

    @Dita : Vous trichez! Vous n’êtes ni vieille, ni moche, ni grosse! 😉

    Cheers,

    S.J.

    • R. dit :

      Attention Sir John, vous prenez des risques, là. Mes hormones ne sont pas loin de remonter, et vous connaissez le proverbe : faute de bœuf, on fait labourer par son âne… 🙂

      • Sir John dit :

        Aucun risque, puisque vous semblez aimer les boeufs…;-)
        Mais, entre nous, selon leur nature il y a certaines mottes qu’il vaut faire labourer par un âne.
        Et puis c’est surtout pour la collec que j’ai 100% raison. Pour le reste, tout est relatif. 😉
        Cheers,
        S.J.

  7. Brigit dit :

    l’intérêt de « certaines » rencontres, justement, c’est de courtcircuiter les critères tels que âge, milieu, mais aussi vieux-gros-moche [d’ailleurs, à l’instar de l’attitude de quadramatique et de votre rdv, je crois qu’il y a une recrudescence de prétendus vieux-gros-moche, des vrais faux modestes], sinon on ne serait pas à explorer le net !
    voilà un joli texte. juste une petite remarque, bienveillance d’un côté, vulnérabilité de l’autre… réfléchissez-y. être charmante avec un peu d’audace… enfin, il ne faut surtout pas forcer sa nature, bien sur 🙂

    • R. dit :

      Bonjour Brigit et bienvenue ici. Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris la fin de votre message. Vous pensez que j’aurais pu être plus audacieuse ? Ou au contraire être moins vulnérable ? Je veux bien que vous m’éclairiez, votre point de vue m’intéresse… Merci d’avance. 🙂

  8. Ping : Alpinisme solitaire | Du sang, du sexe et du lait maternel

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