Du sable dans la bouche

Je le connais depuis 32 ans.

On était à la crèche et en primaire ensemble. Et c’était mon amoureux. Enfin, UN de mes amoureux. Tu connais les petites filles, de vraies salopes complètement versatiles. M’enfin c’est pas comme si les petits garçons… sans parler des grands… Bref.
En même temps, nous étions dans une école expérimentale. Du coup, on… était vachement expérimentaux, comme mômes.

Toujours est-il qu’en plus d’être copains, genre super copains, je n’étais pas du tout insensible à son charme de petit rigolo presque rouquin à tâche de rousseur. En plus il avait un très joli prénom, joli à entendre, joli à lire, joli à écrire et à chuchoter. Prénom qui, bien que sur ma liste depuis mes 12 ans, a toujours été refusé par le père de mes enfants. Sauf en 2e prénom pour le 2e enfant. Je te raconte pas comment ça a négocié dans la casbah…

On s’est recroisé de très loin en très loin pendant l’adolescence, mais je fumais beaucoup trop – entre autres – pour avoir une quelconque lucidité au-delà de 22 h dans les deux teufs et demie où j’ai vu sa trombine.

Longtemps après, au tout début de ma première grossesse, j’ai fait plein de rêves de mon enfance. Dont un de lui. Alors j’ai essayé de le retrouver. Inconnu chez Gogol, inconnu des pages jaunes, inconnu de la neterie, j’ai balayé ma chimère, un peu amère.

C’était sans compter le hasard et la mémoire de ma mère, à l’époque encore intacte. A peine un mois après ma recherche infructueuse, les deux se sont croisés et reconnus au théâtre. Et ma mère de me donner le 06 du bonhomme…

Sms, coup de fil, restal un midi. Retrouvailles amusées, et putain qu’il est beau. Chouette moment. Très chouette moment. Sauf que… je suis à mon deuxième trimestre de grossesse, tu sais, celui où tu as tout le temps envie de niquer les hormones joueuses.

Je sors du repas un peu bouleversée. Je suis enceinte avec joie de mon premier bambin, dont j’aime le père quoiqu’en pense ma belle-mère, et me voilà fort émoustillée par mister pote-de-primaire.

Je décide de le revoir une fois, pour vérifier mon émoi.

Vérifié.

Je décide donc de me mettre au vert, concentrée sur Grand fiston à venir. Et quand ledit fiston arrive, je n’ai plus trop le choix, vu que je n’ai même pas le temps d’aller faire caca d’avaler de quoi remplir mes mamelles nourricières.

Et puis de toute façon je suis sous bromure Cérazette, cette pilule de Satan qui te fait croire que ton nouveau statut de frigo/tétine/hamac/manège/lit/voiture/chiottes mère est incompatible avec le pêché de luxure.

Et la vraie raison, c’est surtout que même si je suis épuisée, je suis amoureuse du père de mon marmot. Réaliste, mais amoureuse.

Quelques temps plus tard, on se revoit, à l’initiative de je-ne-sais-plus-qui. Je te rappelle que je dormais par tranches de deux heures tout en bossant à temps plein, et que du coup j’étais dans une sorte de tunnel d’épuisement qui limitait légèrement mes facultés intellectuelles.

Toujours assez sensible à son charme, mais décidée à me concentrer sur ma vie de famille, d’autant que numérobis est en projet (sur le thème « foutu pour foutu, autant enchaîner… »).

Et puis quelques années passent…

Et ce dernier mois de mai, au cœur de ma tornade personnelle, je lui ai envoyé un message de bon anniversaire. Persuadée que la vague free-il-a-tout-compris était passée par lui et que du coup, il avait changé de numéro.

Ne crois pas que je l’ai contacté en me disant que j’allais en faire mon quatre-heure. C’est pas mon genre, même si tu pourrais décemment croire le contraire en lisant ce blog. Mais justement, si tu as bien lu, tu sais que je ne consomme pas. Non… Je communie.
En plus j’étais dans un sale état. En train de surnager comme je pouvais dans les eaux troubles du désespoir.

Mais il n’avait pas changé de numéro et m’a rappelée. Je suis donc aller déjeuner avec lui avec l’idée de me changer les idées et de revoir avec plaisir cette vieille tête connue.

Et encore une fois, le mec m’émeut. Sauf que cette fois, je me sais fragile. Et je le sens certes content de me papoter, mais pas désireux pour autant de me palpiter.

Or je ne suis pas en état de survivre à un refus, ni sexuel, ni sensuel, ni amoureux, ni même amical.

Alors je laisse entendre qu’on peut se revoir avec plaisir, et je m’astreins à ne pas céder à mon idiote habitude de mâcher le travail des hommes qui me plaisent un peu. Je me détache, et me concentre sur ce qu’on m’offre plutôt que sur ce qu’on semble me refuser.

Les semaines passent. Et un jour, coup de fil, il est près de chez moi, est-ce qu’il passe ?
Mais je suis prise, je bobunise avec 3 copines. Et je me dis que c’est mieux, parce que je suis encore fragile. Et que je sens bien qu’il ne se passera pas ce que j’aimerais qu’il se passe, même si je ne sais pas EXACTEMENT ce que je voudrais qu’il se passe.

Quelques semaines après, je vais franchement mieux. L’impression de respirer à nouveau dans ma maison rangée. Et puis l’illégitime automne a enfin cédé sa place à l’été. Je robe, je jupe, je tongue, et ça change tout.

Alors, au gré d’un childfree week-end à venir, je relance le pote, et lui propose un apéro quand il le souhaite.

A suivre…

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6 commentaires pour Du sable dans la bouche

  1. zoumpapa dit :

    …ils ont bon dos les childfree WE ! (mais juste un apéro hein…)

  2. Delphine IHLER dit :

    Moi aussi, j’ai revu un garçon croisé à la maternelle, au lycée, à la fac, à la piscine, dans le cadre professionnel.
    De loin, il me faisait envie, du moins au moment de la fac car je ne me souviens ps de lui à la maternelle. Je ne m’y étais jamais frottée de trop près, trop sportif, trop souriant pour moi. J’étais persuadée qu’il était forcément aussi stupide que mon ex petit-ami triathlète.
    Et puis l’année dernière, on se croise de façon totalement improbable, il m’offre un thé (ouai, vous avez bien lu, un thé, vert, dans un resto chinois) et je suis tombée sous le charme.
    Et ça a été le début d’une année calamiteuse.

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