Arène (3)

Previously on ze story…

Je me tourne vers mon protecteur improvisé :

– « J’ai trop chaud, je crois que je vais aller prendre une douche et puis partir… »

Il se lève en même temps que moi, souriant. Je ris nerveusement, espérant qu’il a bien compris ce que je viens de chuchoter, et non pas complètement l’inverse.

Et je me dirige vers la porte pour sortir.

Je l’ouvre.

Je passe dans le petit couloir où sont les douches, tête baissée…

Devant moi, un corps. D’homme. Plutôt beau. Taillé. Bardé de tatouages.

J’ai le temps de me dire que hummmm, lui à la rigueur aurait pu me plaire, mais j’ai définitivement besoin de connaître un homme pour faire l’amour avec lui, donc file, R., file…

Mes yeux remontent sur lui, lentement.

Nos regards se croisent.

Temps d’arrêt.

C’est pas vrai…?

– « Toi, ici ???

– Et toi…? »

J’éclate de rire. Putain, si je n’étais pas si mécréante, je verrais ça comme un signe de Dieu.

On se claque la bise, tout à poil que nous sommes, et je lui raconte ma venue. Expliquant que non, cet homme qui me suit ne vient pas de me la mettre, non, je ne viens pas de me faire gang-banguer dans le hammam, malgré les apparences – soit dit sans une once de jugement. Il m’explique qu’il connaît bien le directeur de l’établissement, et qu’il vient lui assez régulièrement, après le sport et avant de prendre son service. Tout contents de se retrouver après toutes ces années – et pour ma part assez soulagée de croiser une tête connue et compatible -, je lui dis que j’allais partir, il me propose d’aller boire un verre au bar, d’abord.

Je le suis avec plaisir.

En moins de 5 secondes, je suis passée d’un malaise assez drôle et résigné à une aisance parfaite au bras de mon vieux pote, ancien amant rare d’il y a très longtemps.

D’ailleurs, il y a 12 ans, nous avions projeté, lui et moi, d’aller aux Chandelles, après qu’un collègue un peu plus vieux et beaucoup plus riche m’en avait vanté les mérites. Il m’avait convaincu en me promettant qu’on pouvait s’y rendre uniquement pour boire un coup, si on le souhaitait. J’en avais donc parlé à mon pote que je savais être un gros queutard, nous nous étions parés pour l’occasion, moi, hyper sexy, lui classe. Et nous avions été refoulés à l’entrée. Sa gueule d’Arabe un peu arraché n’aidant pas, j’imagine, puisque nous étions dans les codes vestimentaires. Ou alors nous étions trop jeunes, je ne sais pas. Toujours est-il que nous n’étions pas entré, et que j’avais été assez soulagée. Lui, beaucoup moins, plutôt venère et frustré, ce qui avait confirmé ma crainte de passer une soirée seule devant une coupe de champagne que je n’aime même pas pendant qu’il serait allé baiser à couilles rabattues.

Accoudée au bar, je lui raconte que depuis cette fameuse fois, je n’ai jamais retenté l’expérience, que la boucle est bouclée, finalement, de le retrouver ici. Il me présente à toute l’équipe, chacun rit de la drôlerie de la situation, et on papote : comment va untel, et ta mère, tu bosses où, et ton genou ça va mieux, ah tu as eu un deuxième petit, moi non plus la mienne ne dort pas la nuit, et avec ta meuf ça va…?

Une discussion de retrouvailles enjouées tout ce qu’il y a de plus normal. A part qu’on est à poil au milieu de gens… à poil aussi.

Il me propose un hammam, je le suis, on continue à taper la discut’. Il me raconte le Moon city en tant qu’habitué ayant ses entrées, les jours à privilégier, même quand on ne veut coucher qu’avec des hommes, les précautions à prendre, y aller accompagnée pour avoir un homme qui fait barrage si nécessaire, toujours garder la clé de son vestiaire sur soi… Il me parle des soirées ultra chaudes comme de celles étonnement conviviales, il mentionne les ponctuelles ambiances de colo, les bonnes heures de fréquentation…

On est là, morts de rire dans le hammam, à parler cul, connaissances communes et autres discussions de parents et je lui demande :

– « Mais genre là, tu es venu pour niquer ?

– Non, je suis venu faire un tour, m’offrir un petit hammam, saluer l’équipe, je dois prendre mon service dans une heure, après on verra bien ce qu’il se passe…

– Ouais moi aussi, je ne suis pas venue pour faire quoi que ce soit…

– Et du coup, ben on est là…

– Ouais… »

Regard. Sourire entendu. Rigolade.

– « On va prendre une douche, ma p’tite R. ?

– Vas-y, je te suis… »

Je sors du hammam, un des hommes errants s’engage dans la douche derrière moi, mon pote se faufile entre nous et lui lance un regard lourd de sens : « je m’occupe de la dame, elle est avec moi. »

Je marche dans ses pas, le suis dans une alcôve que nous convenons tacitement de fermer à clé.

Il m’embrasse, touche mon sexe et vante sa douceur, rit et me dit qu’il risque de ne pas être très endurant. Qu’il n’était pas dans cette ambiance à la base, mais qu’il est vraiment content de me voir, alors qu’il a bien envie de m’ambiancer, quand même.

Nous sommes lèvres contre lèvres, corps humides serrés, petite alcôve étroite et finalement assez intime. Nous avons peu de temps l’un et l’autre, alors je trace avec ma langue un chemin le long de ses côtes, son flanc, son aine… Et j’engouffre son sexe encore mou dans ma bouche. Mes va-et-viens suffisent à le durcir, à le faire gémir. Sa main s’affaire en moi, l’autre caresse mes courbes un peu remplumées, je salive et m’applique, remonte pour l’embrasser à pleine bouche, lui donne un préservatif qu’il enfile habilement. Il est assis sur la banquette, dos au mur, je m’accroupis, dos à lui, et l’entre en moi.

Nos bassins ondulent, rebondissent, mes fesses empoignées par ses larges paumes. Il soupire, je danse, sa main claque ma peau, une fois… Il me chuchote de le prévenir s’il me fait mal, je lui susurre de ne pas s’inquiéter. Alors il recommence, avec tact, parfait impact.

Puis il me bascule, sur le dos, s’agenouille devant moi, attrape mes chevilles qu’il monte à son cou, et me pénètre, doucement. Profondément. Je libère une de mes jambes pour accompagner ses à-coups de ma petite musique personnelle. Une chaleur m’envahit, regards mutins, il cadence, agrippé à mes hanches. Je ferme les yeux, savoure la moiteur, le chaloupement, ressent son corps en moi, l’entends gémir.

– « Je crois que je vais bientôt jouir, R.

– Vas-y mon coco… »

Il accélère, je sens mon orgasme s’amorcer, et alors qu’il est sur le point d’exploser, dans quelques secondes, mon amant se tend, se cabre, et… s’envole. Me laissant entre deux strates atmosphériques avec un léger goût d’inachevé.

Il me regarde en souriant et en haussant les sourcils, l’air de dire « merde, à quelques secondes près… » Je ris à mon tour, l’embrasse, et lui décoche un coup de poing dans l’épaule.

« On va boire un dernier coup ?

– Let’s go, baby… »

On reprend nos discussions de potes. Il me propose de l’accompagner, un soir, de revenir à son bras, avec du temps devant nous.

Avant de redescendre, il m’emmène faire un tour dans le couloir, se postant devant les alcôves déjà occupées. Il mate, amusé, et m’invite à faire de même. Je regarde furtivement, je ne suis décidément pas une visuelle. D’abord, ça ne m’excite pas, en plus, ça me gène un peu, je me sens intrusive.

Alors on redescend, et on reprend nos discussions de potes. Il est l’heure, on file dans le vestiaire.

Une fois habillé, il reprend mon 06, me fait un gros câlin. On se claque la bise, à tantôt mon poteau, prends soin de toi ma petite R. Il précise au portier de faire attention à moi si je reviens sans lui, l’homme acquiesce, regard bienveillant.

Je sors, tête haute, et remonte le boulevard de Clichy, sous les yeux de deux hommes à l’air averti, sourire narquois et envieux.

Je rentre chez moi hilare, émoustillée, et un peu frustrée.

Décide assez rapidement de m’offrir un final comme il se doit.

Étrenne le récent cadeau offert par mon homme en pointillé (je te raconterai), efficace à souhait.

Explosion.

Sourire.

Désir.

Épilogue : Je reste toujours sur le cul de cette rencontre. Aucun des gens de mon entourage coutumier de ces lieux n’a jamais croisé quiconque dans cette situation. Même si la barmaid du Moon City semblait dire que ça arrivait régulièrement… collègues, frère et sœur, mari et femme et autre patrons et employés. Alors que j’allais partir en me disant que non, vraiment, je ne reviendrai pas, tomber sur mon pote m’a permis finalement de voir ce lieu sous un autre angle. Il est fort possible que j’y retourne, mais un peu mieux. Accompagnée, le jour où il faut. Je ne pense pas devenir une habituée, mais quelque chose en moi ne peut pas se contenter de cette demi-fois… Affaire à suivre.

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11 commentaires pour Arène (3)

  1. zoumpapa dit :

    Belle histoire, jolie expérience pour le coup…. puis c’est mieux que de tomber sur son boss…

  2. Khoreia dit :

    Ouf … Et vive les jolis hasards de la vie 🙂

  3. Anon dit :

    Il y a un bias statistique dans le « ça arrivait régulièrement » : ce n’est que quand ça arrive qu’on en parle en se disant « oh bah ça alors », mais on ne parle pas de toutes les personne inconnues. À la fin, ça donne l’impression que ça arrive bien plus souvent qu’en vrai (probablement tous les quelques mois.)

    Pour ce qui est de regarder par les fenêtres des « coins câlins » (et de regarder les gens dans tout le lieu, en fait), ça me le fait aussi d’avoir le réflexe de détourner le regard. Ce n’est qu’en me disant « bon, je suis là pour ça quand même » (et après un verre ou deux pour me donner du courage), que j’y arrive.
    J’ajoute que l’étincelle dans le regard, indiquant « j’aime bien quand tu me regarde pendant que je baise » est vraiment plaisante…

    Content que ça se soit bien terminé pour toi, même si c’était grâce un gros coup de chance.
    Et, l’air de rien, même si tu affirme que ce n’est pas ta tasse de thé, ça t’a visiblement tout de même émoustillé… Réfléchis-y… et retourne au Moon avec un amant ! (Non, sérieusement, réfléchis-y. Parce que c’est vraiment une autre expérience d’aller en club libertin avec un amant/amoureux que d’y aller seule, même si vous ne faites rien avec d’autres, et même si vous ne faites rien ensemble.)

  4. Judie K dit :

    ça m’est arrivé à plusieurs reprises de rencontrer des têtes connues dans ce genre d’endroit. Une seule fois j’ai discuté avec la personne. Les autres fois j’ai soigneusement évité.
    Et pourtant j’étais à plus de 100km de la ville où je vivais, et les personnes croisées non plus n’étaient pas du cru.

  5. Marie dit :

    Une très jolie fin d’histoire! Ne jamais dire en effet « fontaine, je ne boirai pas de ton eau »… Hasta la vida, siempre! Besos.

  6. samsoum dit :

    Yesssss, i knew it 😀
    Mais c’est tellement beau ce genre de rencontre, y a des personnes (qui me manquent) que je souhaite vraiment revoir un jour, les rencontrer comme ça par hasard après des années, savoir ce qu’elles deviennent ….
    Elle reste jolie l’expérience 😀 , un présentement me dit que tu vas y retourner :p

  7. Judie K dit :

    Je suis tout de même étonnée que tu sois allée dans ce genre d’endroit (en plus, seule) alors que tu n’es pas voyeuse et que tu ne couches pas avec des inconnus. Au moins tu peux dire « ça, c’est fait ! »

    J’ai une tendance exhib et il m’est arrivé d’aller seule dans des boites à Q, et de faire de l’exhib seule, quand les fauves autour étaient trop pressants.

  8. Gawel dit :

    C’est marrant comme je me reconnais dans ton côté curieux, sociable, vaillant… et timide 😀
    Moi je te crois à deux cents pour cent, j’ai une réputation d’ultra sociable (et mon franc parler, notamment de cul, aide beaucoup) et un côté qui déteste faire le tour d’une salle pour dire bonjour à des gens que je ne connais pas. En général je me planque et j’attends d’être dans mon élément pour intégrer une conversation…
    Mais quand je n’ai pas le choix je fais illusion.

    J’ai tenté un sauna échangiste une fois aussi. Avec mon amoureux jaloux. On cherchait tout simplement à se faire un hammam et manifestement les seuls mixtes étaient de ce genre… Au début d’ailleurs je ne m’en suis pas doutée, mais vu les horaires (ouverts à partir de 21h…) et les soirées organisées d’après leur site (élection de Miss Sodomie 200x), on a vite compris. Et ma curiosité m’a poussée à y aller. Il a fallu beaucoup pour le convaincre (et ce qui a marché a été « mais non, je ne t’en veux pas du tout, je réaliserai ce fantasme plus tard, c’est tout, un jour y aura bien quelqu’un qui acceptera de m’accompagner » :-D) et il me le ressort encore régulièrement.
    Parce que ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais visuellement (mais j’étais franchement naïve d’imaginer un genre de thermes tout en carrelage blanc avec une lumière chaleureuse) et lui a assez mal vécu la situation. Autant j’étais assez tranquille avec lui à mon bras (capable de ne pas me rhabiller en toute hâte comme une pucelle effarouchée quand 4 mecs sont rentrés dans le sauna alors que je rôtissais nue, seule avec mon mec)… autant lui était tendu comme un string ;-), une véritable bombe à retardement… Du coup on a fait le tour, mais on ne s’est pas attardés.
    Je me souviendrai toujours du « vous êtes très jolie mademoiselle » d’un jeune homme que j’ai été obligée de frôler dans le couloir en sortant des douches (couloir étroit avec de la moquette violette aux murs), vu qu’ils nous y avaient suivis et s’étaient tous postés à la sortie… Ca m’a paru tellement déplacé et mignon alors qu’ils étaient tous là, serviette à la taille, à nous suivre depuis 1/4 d’heure avec tout ce qu’on peut imaginer en tête…
    Lui se souvient encore du regard que le mec qui se douchait avant nous avec sa femme nous a jeté, manifestement appréciateur de ma personne et très fier de montrer sa meuf… Ca l’a beaucoup répugné (il est bien plus… prude que moi). Moi je n’ai rien vu, trop occupée à détourner mes yeux de sa queue que je trouvais un peu démesurée. 😀

    En fait on était d’abord seuls, puis des hommes sont arrivés, et ce couple au moment où on partait. Mais on était là « tôt ». Et ils ont été très courtois, très silencieux aussi, et à part une timide main au cul dans ce couloir, on n’a pas eu à refuser quelque contact que ce soit. Ah si, y avait ce gros monsieur qui se rapprochait petit à petit de nous quand on se galochait dans la piscine (on était tous seuls et on n’a pas fait plus, promis m’sieur dame !) et qui a été le premier à nous suivre de partout. Lui, il nous a suivi jusque dehors et a entamé la conversation dans les vestiaires, nous demandant si c’était la première fois, comment on avait trouvé… On lui a expliqué qu’à l’origine on cherchait un hammam mixte et qu’au final ça ne nous avait pas trop inspiré. Il nous a dit qu’il fallait trouver la magie, un truc comme ça.
    Sur le coup, ça nous a paru impensable, en tout cas dans un lieu comme ça, avec les banquettes recouvertes de plastique, le film qui tourne, les trous dans le mur pour regarder (intriguée je me suis penchée pour voir ce qu’il y avait de l’autre côté – la cabine vide, donc – et un monsieur m’a dit « non, vous c’est de l’autre côté… » C’est ça, oui ! Je suis un poil exhibitionniste, disons que je me tamponne d’être vue de loi ou à l’improviste, mais ça, c’était pas envisageable), la lumière glauque… etc.

  9. S dit :

    J adore!!!!

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