Objet-Sujet

Tu le sais, je l’ai dit mille fois sur ce blog : je suis de celles qui couchent avec leurs amis.

Et j’ai beaucoup d’amis.
Je n’ai pas couché avec tous, mais 100 % des gagnants ont tenté leur chance, comme on dit.

J’ai beaucoup d’amiEs aussi, mais je ne couche pas avec elles. D’abord parce que je n’ai  jamais couché avec une fille – et je ne dis pas fontaine -, ensuite parce que si je devais le faire, j’aurais du mal à la choisir parmi les miennes.

Peut-être que si je maîtrisais le sujet de mon éventuelle bisexualité, je serais en mesure d’envisager du sexe avec mes copettes. Pour l’instant, je me sens trop novice, pas assez à l’aise, peut être trop proche, trop similaire. Et puis je ne les désire pas. Je les aime, profondément. J’aime les voir belles. Mais je n’ai pas envie de les voir jouir.

J’aurais peut-être trop peur de me voir en elles, de me percer à jour dans cet effet miroir, en cette absence de complémentarité.

Alors qu’avec mes potes…

Bon, c’est sûr, question complémentarité anatomique, c’est plus simple. Encore que parfois… Mais je m’égare.

Ce que je trouve étonnant, c’est que dans mon entourage proche, je suis peu ou prou la seule à pratiquer le sexe entre amis à échelle non réduite. Et à chaque fois que j’en ai discuté avec ledit entourage, j’ai entendu cette question :

– « Mais comment fais-tu pour cloisonner le sexe et les sentiments ? »

Alors que c’est tout l’inverse.
Ma difficulté réside dans le fait de définir la frontière entre désir, amour, fraternité et amitié. Je ne cloisonne pas, je brouille, j’étale la limite jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de contour. Je n’ai pas besoin d’être amoureuse pour faire l’amour, mais j’ai besoin de sentiments. De sentiments et de la conviction que je suis respectée.

Récemment, mon homme en pointillé m’a demandé si je ne pensais pas que tous ces potes avec qui j’avais couché me prenaient pour une pute.

Je ne m’étais jamais posé cette question.
Et la réponse n’a pas mis 3 secondes à se formuler : non.

Non, aucun de mes amants-amis ne m’a jamais prise pour une pute, et si tel était le cas, j’en serais désolée pour lui, car ça m’indiquerait que le mec n’a vraiment rien compris. Autrement dit, tant pis pour lui.

Et puis moi, les putes, je les aime.

Mon homme en pointillé m’a expliqué qu’il comprendrait mieux que je couche avec des inconnus. Mais moi, je ne sais pas faire ça. Là encore, je ne dis pas fontaine, mais jusqu’à présent, je n’ai jamais pu.

Alors j’ai beaucoup réfléchi, ce qui n’a pas été simple pour mon petit cerveau de blonde bizarre. Et je crois que j’ai compris pourquoi les potes.

Parce que mes potes – et mes amoureux – voient en moi un sujet. Et non pas un objet.

Parce qu’avec mes potes, on s’aime depuis 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans. Je peux compter sur eux pour porter des trucs lourds, pour m’offrir l’épaule qui épongera mes larmes, pour me faire mourir de rire ou m’envoyer toucher le ciel.
Parce qu’avec mes potes, c’est la possibilité sans l’obligation, c’est la certitude du respect et de l’amour, et l’amour amical, c’est pas rien bordel. C’est même du sacrément lourd.
C’est le plaisir sans enjeu, pure générosité, dans un sens ou dans l’autre. C’est le croisement des désirs en phase, au diapason. C’est le sexe et les fous rires plutôt que les sexe et les larmes.
C’est l’assurance d’être perçue comme un être à part entière, avec ses complexités, ses coups durs, ses chaleurs, ses incohérences, sa temporalité, ses chelouteries, et surtout son coeur d’artichaut.

Je crois que les débuts de ma sexualité ont ancré en moi la crainte de n’être qu’un simple objet alors que je suis un bouillonnement.

J’ai le cerveau qui cogite, le cœur qui palpite, et les tripes qui s’étripent.

Et là-dessus, mes potes n’ont aucun doute.

————————————-
Photo extraite du film Monique : toujours contente.

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9 commentaires pour Objet-Sujet

  1. Tomas dit :

    je ne te jetterais pas la pierre moi qui ai couché ou eu envie de coucher avec pratiquement toutes mes amies (bon j’en ai pas tant que ça non plus mais quand même…)

  2. Quadramatique dit :

    Je peux être votre ami, dîtes? 🙂

  3. nanou dit :

    Tu l’as ta super-idée-trop-géniale de sous titre!!! Ton avant dernière phrase, j’adôôôôôre.
    Ok, je sors et je ne t’en parle plus jamais, chut! promis! juré!….. quoique que, fontaine…. 😉

  4. Judie K dit :

    Alors moi je ne couche qu’avec des inconus et je cloisonne à mort.

  5. Comment devient-on ton ami ? 🙂

    Personnellement je n’aurais pas de problèmes, je pense, à séparer « baiser pour le sexe » et « faire l’amour », mais il semblerait que la majorité des femmes ne voient pas les choses de cet oeil là. Et je ne pense pas que cette remarque soit sexiste, car on sait bien que les femmes ont une approche au sexe plus cérébrale que les hommes la plupart du temps.

    La question que je me pose est plus « comment ça ne génère pas d’embrouilles » plutôt que « comment cloisonner » ? Et comment ça se passe si tu es avec deux amis avec qui tu as couché par le passé ? Est-ce qu’ils vont s’attendre à du sexe (petit trio sympa? 🙂 ), ou bien ce n’est pas systématique ?

    • R. dit :

      Ça m’est arrivé moultes fois, parfois avec 3, 4, 5 anciens amants, et… ben rien, on est entre potes, quoi. Aucun systématisme (même quand je suis avec un seul d’ailleurs), c’est pas parce qu’on a déjà fait l’amour qu’on refera l’amour, il n’y a pas de dû. Il y a juste, comme je le disais, la possibilité sans l’obligation. Et la fois où j’ai fais mon trio, je n’avais couché avec aucun des deux auparavant. D’ailleurs il y a bien plus de fois où je vois mes potes sans coucher que de fois où je couche avec eux, hein… 😀
      Le seul éventuel problème, c’est quand tu es en vacances avec deux potes avec lesquels tu coucherais bien, mais séparément. Et que tu ne sais pas bien par lequel commencer, au risque de vexer l’autre. La dernière fois que ça m’est arrivé, je me suis abstenue pour le 2e, alors que j’aurais pas dit non…

      • Et cette absence de trio avec des amis a une cause/raison particulière ? J’ai une amie ou deux que je ne détesterais pas « partager » avec un autre homme (et inversement, je veux dire, je ne serais pas contre « partager » ma compagne), pas toi ?

        • R. dit :

          Aucune raison particulière, question de personnes, de circonstance, de contexte, d’alchimie, de désir. C’est un peu comme ça vient, en fait.
          Par contre, pour les plans à trois, j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux éviter de faire ça avec sa moitié, sauf couple particulièrement libre. Mais ce n’est que de la pure théorie, jamais essayé, ni dans un sens, ni dans l’autre.

  6. Ping : Outil | Du sang, du sexe et du lait maternel

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