Orage

Vacances entres amies au Pays Basque.

Nous sommes à Saint-Jean-de-Luz sans savoir où dormir, sacs et tentes au dos, quand au gré d’un auto-stop, nous tombons sur deux frères propriétaires d’un club de tennis à quelques centaines de mètres de là.
Bienheureuses de ne pas nous trouver à la rue alors que la nuit commence à tomber, nous suivons les deux compères et atterrissons sur une pelouse planquée derrière les courts de tennis, sous un auvent.

Tentes plantées, nous filons sur les bords de la Nivelle fumer nos pétards du soir.
Nous déambulons le long de l’eau zébrée des reflets ondulants des lumières citadines, quand au loin, un jeune homme seul assis sur un banc attire notre attention.

Cheveux longs, profil mystérieux, mains gracieuses roulant ce qui semble être un joint, l’homme est plutôt beau garçon. Nous engageons la conversation.
Surtout moi.

Drôlerie des hasards, V. crèche justement au club de tennis. Une sombre histoire d’organisation de concerts sur place. Et il a l’air ravi d’avoir rencontré quatre jeunes filles jolies, rigolotes et un peu baroudeuses.
Le plaisir est partagé.

Nous passons les jours qui suivent avec lui, plage, bunker, alentours. Il me plaît.

Oh je ne suis pas la seule à être sensible à son charme, mais je compte bien jouer ma partie. Petit bulldozer infoutu de s’effacer, sans pour autant jouer des coudes…

J’ai la chance d’avoir l’abord facile, d’être culottée. Je crée aisément du lien, un peu trop, parfois, d’ailleurs… Alors lui et moi, on se marre bien, il provoque un peu ma grande gueule, s’enivre de ses quelques années de plus, nos mots rebondissent.

Et un soir, la veille de notre départ, alors que nous buvons un coup dans un rade du coin, V. se met à me faire du pied. Regard planté dans le mien.
Je ne baisse pas les yeux. Hausse un sourcil, souri légèrement, dodeline discrètement de la tête… Déploie mes orteils un à un pour les rabattre sur les siens.

Nous durons un peu ainsi, puis le bar ferme, il est l’heure de regagner nos pénates. Mais arrivés à nos tentes, V. et moi nous loupons du regard, je n’ose pas le suivre dans sa roulotte, et m’engouffre dans ma tente. Orgueilleuse et frustrée.

Je finis par m’endormir.

Mais mon sommeil est léger. Toujours.
Là encore plus.

Je me tourne et me retourne. De toutes les façons, quand je dors, c’est la guerre…

Alors que la nuit est bien entamée, un orage éclate. Le tonnerre gronde, la pluie s’abat, j’ouvre les yeux. Cinq heures… Je sors la tête de ma tente. Le ciel est fuchsia, les éclairs rose pâle. Savoureusement foudroyants.

Tout le monde dort, le jour n’est pas encore vraiment levé, et l’audace me traverse la colonne vertébrale. La roulotte est à quelques mètres, je suis en petit short et débardeur de coton… j’hésite un peu, sors un bras, le corps, avance de quelques pas, je suis sous la pluie… qui mouille dur.

Je ne réfléchis plus, nous devons quitter le coin aujourd’hui, c’est maintenant ou jamais.
Je m’élance. Me faufile entre les cailloux, bondissant sous les gouttes de pluie qui ne mettent pas longtemps à coller mes habits à ma peau. Je grelotte. Arrive devant la roulotte. Ne m’autorise pas à hésiter une seconde de plus. Pose ma main sur la poignée doucement, l’abaisse, pousse la porte sans bruit.

L’homme est en chien de fusil, dos à l’entrée. Il bouge une épaule, mais semble dormir. Je reste ainsi, immobile, ne sachant pas quoi faire. C’est vrai, il m’a fait du pied, mais que pensera-t-il de cette fille aux longs cheveux roux qui se glisse toute humide dans son lit…?

Et je me souviens : nous reprenons notre route aujourd’hui. Je n’ai rien à perdre à part mon orgueil, et ça ne sera ni la première, ni la dernière fois.

Alors je pose un genou sur son matelas, silencieuse, puis le deuxième… soulève le drap le plus délicatement possible. Je ne veux pas qu’il se réveille tout de suite. Je veux d’abord me blottir contre lui et créer cette intimité que seuls les amants vivent, dos à ventre, bras emmêlés, souffle dans le cou et baisers salés.
Je m’installe à quelques centimètres de lui, immobile, sans oser… Ses cheveux bruns frémissent. Il se recule, butte sur moi, ne se retourne pas, saisit ma main et la referme sur lui. Comme s’il savait.

Nous restons ainsi quelques temps, yeux clos, sa peau bouillante réchauffant mes pores frissonnants. Mon cœur bat à tout rompre, je l’entends presque résonner dans sa cage thoracique.

Alors il se retourne. Les yeux toujours fermés. Moi je le regarde, observe sa jolie bouche s’approcher de la mienne et y déposer un baiser. Ferme les yeux à mon tour. Nos jambes s’emmêlent, nous sommes imbriqués.

Ventre à ventre, nous ondulons, et je sens son sexe palpiter contre ma hanche. Ses mains creusent mes reins, ma cuisse l’escalade, il me bascule en amazone, et enfin nous nous regardons. Il est nu, beau comme tout, caresse ma taille, remonte sous mon débardeur. J’accompagne son mouvement et ôte mon haut, découvrant les jolis petits seins arrogants de mes 20 ans.

Il s’empresse de les dévorer, je fais balancer mon bassin sur le sien, sens son excitation grimper, en même temps que la mienne.

Il me bascule à nouveau, cette fois sur le dos. Agrippe mon short et ma culotte qu’il descend sans accroc. Enfouit sa tête entre mes jambes qu’il remonte haut. M’effeuillant petit à petit, du bout de sa langue douce et chaude…

Le tonnerre gronde à nouveau, et les éclairs transpercent les vitres de la roulotte. Flash roses qui laissent deviner fugacement la beauté de ses traits dans l’obscurité.

Nous ne nous sommes toujours pas parlé autrement que par le langage du corps, et je me sens monter. Alors que je veux l’attendre…
J’attrape ses épaules, et le force à amener ses lèvres aux miennes, à mêler son souffle à ma chevelure. Saisis son sexe déjà nu et prometteur, et l’entre en moi, lentement.
Il gémit, tout sourire, me regarde… Caresse ma tempe pendant que je cale ma main au mur et mes deux pieds sur ses hanches, pour que chacun de ses à-coups rebondisse en moi.

Et nous commençons notre danse, l’un dans l’autre, noyés sous l’explosion des gouttes de pluie, écrasés par le râle du ciel. Chaloupement muet et délicieux, je lui demande juste en chuchotant de ne pas jouir en moi, puisque nous sommes sans filet. Il mouille ses doigts qu’il fait rouler entre mes lèvres, pour accompagner ses va-et-viens.

Je sens cette chaleur caractéristique qui part de je-ne-sais-où pour me parcourir pleinement, du bout des orteils à la racine de mes cheveux, l’onde qui se resserre, se concentre en mon centre, mes tympans qui résonnent, mes mains qui se figent… et puis j’implose. Le temps est suspendu, je suis un éclair à moi toute seule… j’entrouvre les yeux, vois son regard vissé sur moi, lèvre inférieure mordue, je sens qu’il contient son moteur, attendant d’être sûr que c’est bien mon pied que je suis en train de prendre, et quand il voit la lueur qui brille dans mes yeux alors que tous mes muscles sont encore contractés, il se retire, gorge déployée, et se liquéfie sur mon ventre, dans une posture magnifique à la fois délicate et conquérante, lâchant un soupir qui me hantera longtemps encore.

Nos muscles se relâchent, nous rions… nous embrassons fougueusement.

Le jour se lève, et même s’il est encore tôt, je préfère retourner dans ma tente avant le réveil de mes amies.

Nous  nous caressons tendrement, étreinte sourde et comme empreinte de cet air de dernière fois. Je dépose un baiser sur ses yeux, puis sur son front. Puis un dernier sur sa bouche. Je me faufile hors du lit, devant son air amusé, étonné.

Un dernier clin d’œil, et je cours sous la pluie pour regagner mon duvet.

Je souris. Me refais tout le film.

Et je me rendors.

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10 commentaires pour Orage

  1. zut dit :

    Cher Père Noël,
    Tu voudras bien rajouter sur ma liste une roulotte entre le fouet et les menottes…

  2. Arnaud dit :

    Jolie histoire très romantique 🙂

  3. Gawel dit :

    Putain ! 😀 Me faire ça en pleine frustration de fin de règles… alors que mon époux rentre tard de déplacement… que je ne vois pas mon amoureux avant dimanche soir (ouaiiiiiis !) et que mon collègue préféré s’acharne à me chauffer sans m’éteindre. C’est vache…
    Vachement beau. 🙂

    (mes souvenirs d’orage étaient beaucoup plus jeunes et beaucoup moins osés. Et la fois où je suis montée dans le lit d’un jeune homme en petite culotte, à 17 ans, ça s’est fini en eau de boudin pour cause de principe à la con… de moi-même)

  4. Anon dit :

    J’ai une amie qui phantasmait sur l’orage. Bon souvenirs, même sans roulotte…

  5. Kunoi dit :

    Brassens: l’Orage:

    🙂

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