Au galop au galop au galop

tic_tac_tic_tac

Je confirme : commencer un nouveau boulot en tremblant de fièvre et en crachant ses poumons, c’est pas génial. Surtout quand on n’a rien à faire. Du coup, j’ai été à la pêche aux infos comme je pouvais, et j’ai décidé que fuck, j’allais reprendre mes séances d’écriture. La grippe a cédé sa place à une bronchite surinfectée, je suis présentement sous 8 000 médicaments, et bordel, j’avais oublié à quel point la cortisone, c’est de la drogue : vendredi matin, après 5 jours de forme minusculissime, je me sentais capable de faire 28 fois le tour du périph’ en tutu sur un vélib’.
Par ailleurs, je découvre les dilatateurs de bronches (j’ai dit « de bronches », ravale tes blagues orientées), c’est moi ou c’est de la balle ??? L’impression délicieuse d’un courant d’air continu dans les poumons…

Mercredi, j’ai eu un gros coup de blues. D’abord parce que suffoquer c’est flippant (asthmatiques du monde entier, je ne suis qu’empathie avec vos bronchioles). Ensuite parce que ne rien foutre au boulot et ne pas savoir combien de temps ça va durer, c’est drôle mais juste 2 jours (je rentre dans le vif du sujet cette semaine, il me tarde). Enfin parce que j’ai dû me mordre les lèvres pour ne pas réagir à ce que j’avais entendu sur le plateau dans la journée.

J’te raconte ?

Tu vas ptet trouver que c’est moi qui pinaille, mais vraiment, ça m’a scandalisée, et fait dire que bordel, on n’est pas au bout du chemin.

Alors qu’un petit groupe parlait des cougars, silver fox et autres milf en des termes déjà pas bien glorieux (non mais c’est vrai, ces gens qui couchent entre adultes consentants sans respecter les consignes d’âge, c’est quand même un scandale, on n’a qu’à autoriser les intouchables à coucher avec des noms à particules tant qu’on y est), l’un a évoqué les fat admirers, comprenez les hommes qui ont un désir fou pour les femmes très grosses.
Réaction des trois filles qui l’entouraient : hiiiieeeeeeeeeeeerrrrrrrk !!! avec la tête de quelqu’un qui aurait vu son père avec une plume dans le cul en train de manger son vomi.

J’ai rien contre les pères qui ont un plume dans le cul – c’est tout de même vachement mieux qu’un balai – ni même contre ceux qui mangent leur vomi, mais juste, please, pas devant moi pour la partie dégustation…

J’ai écarquillé les yeux, avalé ma salive, plongé ma tête dans l’ordi et me suis répété comme un mantra « ne réagis pas, ne réagis pas, de réagis pas… ».

Sérieux… il est trop tôt. Après je vais leur causer couilles, mooncup et éloge de la gentillesse, et je vais faillir à la mission que je me suis auto-donnée.

J’ai passé les heures suivantes à ruminer les arguments que je voulais leur enfoncer dans la gorge (la maladie me transforme en agneau), à base de « sales fascistes, mais ouais, brûlons tous les obèses et leurs partisans, et puis après je vous propose qu’on s’occupe des juifs et aussi de ces salauds de pédés », et puis je me suis consolée en me disant que celle qui avait poussé le cri le plus écœuré avait un gros cul – que je trouvais fort joli jusqu’à sa remarque -, et que c’était certainement la petite fille brisée en elle qui s’exprimait. Et aussi qu’observer d’en bas les tour-d-ivoiriens-autoproclamés-garants-du-bon-goût-et-des-mœurs-convenablement-hypes était toujours extrêmement instructif.

Bref, c’est pas ça que je voulais te raconter au début. Ce que je voulais te raconter, c’était plutôt en quoi mon mec avait été (très) con, mais je me rends compte qu’à chaque fois que j’en parle, à chaque fois – même – que j’y repense, ya la rage qui me reprend. Et n’oublie pas que je suis sous cortisone.

Alors je vais te faire un tout petit résumé rapide.

La dernière semaine de mon ancien boulot, il a commencé à me faire la tronche parce qu’il devait aller passer une nuit chez ses rentps avec les marmots. Le fait que ça soit un deal datant de moins de deux mois n’a pas semblé lui poser problème. Le fait que depuis ces deux mois, je n’avais fait valoir ce droit qu’une fois par semaine au lieu de deux, et encore, pas toutes les semaines, non plus. Après ses 48 heures de gueule, on a fait une trêve, parce qu’il y avait Kohlanta, et qu’il y a des choses qui sont sacrées dans la vie, bordel. Et ça s’est auto-apaisé, même si je me disais « tiens c’est chelou, ce mec me rappelle quelqu’un… »

Ensuite, ma température corporelle a atteint ses 39° de croisières, avec le nouveau taf à horizon 2 jours, ce qui ne m’a pas empêchée de me coltiner les biberons du samedi et de nous trainer dans la foulée mon dernier et moi chez le médecin et ses 112 heures de salles d’attente.

Je suis revenue avec la consigne formelle dudit médecin face à mon refus d’arrêt maladie de me mettre au pieu et de ne plus en bouger jusqu’au lundi matin.

Entre temps, il y a eu le dimanche. L’homme avait fait son taf de daron abandonné par sa feignasse de femme malade le samedi, et du coup, s’est dit que c’est bon, quoi, il pouvait allègrement se coucher à pas d’heure comme à son habitude. Et du coup me demander de faire la biberonnade dominicale.

J’ai progressé depuis notre grande pause, j’ai dit non. Mes convulsions fiévreuses et mes yeux vitreux m’ont sans doute rendue convaincante, il s’y est collé sans broncher. Mais déjà je sentais la moutarde qui montait. Ensuite il s’est recouché, rapport qu’il était fatigué, tu vois, c’est pas facile de pas bosser, même quand c’est uniquement parce qu’on NE CHERCHE PAS DE TRAVAIL.
Du coup mes marmots étaient en train de transformer ma maison en squat de punk, le grand victimisant le petit, et moi, au milieu, tentant désespérément de me rendormir.
Quand mon second s’est mis à taguer au stylo bic sur les murs, j’ai capitulé et je me suis levée. De TRÈS BONNE HUMEUR.
Une demi-heure plus tard, l’homme se levait aussi, vraisemblablement agacé par mon visage dégoulinant de licornes et d’arc-en-ciel. Et a entrepris de me le montrer. Assez clairement.
Là j’ai explosé. Je venais de me souvenir à qui ce mec me faisait penser : à celui que j’ai quitté il y a 9 mois. Et qui le méritait un tout pti chouïa.

Du coup, il m’a larguée, et j’ai rarement claqué une porte aussi fort. Même pas sous cortisone.

Il est revenu quelques quarts d’heure plus tard, pas la queue entre les pattes, mais cependant désireux de discuter.

Je ne vais pas détailler (mon petit résumé rapide est en train de se transformer en roman-fleuve), mais en gros je lui ai dit que j’avais légèrement l’impression de me faire super-blouser avec son naturel qui revient au galop en 2 secondes 12 alors qu’il m’avait promis tout un tas de conditions sine qua none à nos retrouvailles. Alors que je vivais plutôt bien ma vie de célibataire. Et que le propos n’était pas de savoir qui de nous deux avait raison (même si c’est évidement moi), mais bien de déterminer s’il était possible qu’on soit heureux ensemble.

D’où l’idée d’ultime tentative.

Depuis il a retrouvé ses bonnes dispositions à œuvrer pour notre vie familiale heureuse. Mais je sais qu’il a l’impression de se soumettre. Alors, je lui ai dit que j’avais plus de doutes qu’avant, connaissant sa sacro-sainte horreur de se sentir dominé. Pourtant, j’aimerais que tu me croies quand je te dis que loin de moi cette idée-là, je ne suis vraiment pas bourreau dans l’âme, même si je n’ai jamais prétendu être exempte d’actions à conséquences douloureuses pour les autres…

Bref, on verra bien… Jusqu’ici tout va à nouveau bien.

Mais une petite voix fait tic tac tic tac tic tac dans ma tête et se demande dans combien de temps le galop de mon bourricot va à nouveau résonner dans mes oreilles.

Non parce que je l’aime, hein. Mais moi aussi, je m’aime. Un peu. Quand même.

Putain de vie conjugale…

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18 commentaires pour Au galop au galop au galop

  1. zut dit :

    Recette pour éviter de …hurler.

    – Discuter d’un contrat et le signer
    – Le coucher sur papier
    – L’encadrer dans un tableau pouvant se fermer
    – L’accrocher au mur
    – Ouvrir entrebâillé dès la montée sanguine
    – Le lire ostensiblement

    Ca devrait faire son petit effet.
    Note : on peut souligner ou surligner en rouge quelques passages.
    Le vert et le jaune fonctionnent moins bien.

    Autre solution : changer de partenaire. ( garder le coffret sous le coude, ça peut resservir.

  2. jo dit :

    Dis, c’est que ça te fait un effet monstre la cortisone à toi ! Heureusement que ce n’est pas mon cas car la terre porterait un serial killer de plus.
    En tous cas, aucune décision n’est bonne à prendre sous ce genre d’excitant.
    La bise.
    Et vive les grosses !

  3. zoumpapa dit :

    dis donc: le cocktail « cortisone-mon mec déconne » te va bien: voilà une belle tartine!
    pour avoir été durant mon adolescence un utilisateur relativement régulier de ces cochonneries
    (ventolin,etc.) à la suite de bronchites asthmatiformes, c’est vrai que ça fait du bien…sur le moment.
    Allez, un jour il comprendra (mais faudrait pas qu’il traîne)

  4. Judie K dit :

    Un jour il comprendra, mais d’ici là tu auras l’impression de parler dans le vide, ou pire, à un mur.

  5. gaielle dit :

    Tout mon soutien !
    (je fais cours, moi j’ai pas droit à la cortisone. Mais faut dire que ma grippe n’a pas dévié en bronchite asthmatiforme – mais c’est galère à écrire, ça ! – malgré mon absence de traitement. juste en bonne grosse sinusite. Du coup j’ai fini par prendre un médoc, j’arrivais plus à rien)
    Et je suis de tout coeur avec toi, c’est franchement dur quand le naturel choisit pile le moment où la fièvre te rend maboule pour revenir au galop.

  6. Hum, j’aurais tendance à penser qu’une dispute pendant une maladie, « ça ne compte pas » ; certes, ça montre qu’il n’était pas très à l’écoute mais de ton côté tu ne réagissais sans doute pas tout à fait « comme d’habitude ».
    Bref.
    Le débrief reste évidemment de circonstances (je suppose qu’il a été fait) !
    Allez, courage pour tout ça !

    • Frenchsweet dit :

      je trouve au contraire que ça compte encore + !
      Quant on est malade on est censé(e) être soutenu(e) et bichonné(e) un peu.. je me demande bien pourquoi quand c’est l’homme qui est malade il trouve normal qu’on se farcisse tout et qu’on le prenne pour un marmot supplémentaire !!! pourquoi jamais l’inverse ???

      • @ Sweetie » Eh ! C’est quoi ce délit de sale gueule sexiste ?! J’ai plusieurs collègues mâles qui prennent des congés « enfant malade » (on a droit à 2 j par an dans notre convention collective). J’ai déjà emmené mes filles au boulot en cas de grève et pas de possibilité de garde. Etc.
        @ R. » J’entends bien qu’en cas de maladie, on pourrait s’attendre à avoir un conjoint compréhensif et dévoué, et si on estime que ça n’a pas été le cas, le « débrief » dont je parlais est de rigueur.
        Ce que je voulais juste dire, c’est que si on est malade, on ne réagit pas forcément comme l’autre l’attendrait non plus, d’où ma suggestion de débrief à froid d’une situation pénible à chaud.

    • R. dit :

      Ton analyse de la situation me semble extrêmement corporatiste, mais… c’est peut-être la cortisone ! 😀

  7. Volubilis dit :

    Je souffre quand je te lis.

  8. Jokulsarlon dit :

    Dés que tu es moins dispo pour ces bêbêtes là, elles ont tendance, comme les enfants, à se rappeler à toi dans les « meilleurs moments ».
    Moins dispo genre: j’ai 41º de fièvre et je te jure qu’il y a mammouth rose dans le salon, j’ai 10 entretiens d’embauche cette semaine, je passe mes partiels de cette formation pour laquelle on a fait un crédit et vendu la voiture.
    Et le rappel se caractérise par une prise de tête pour une broutille (les tomates pas coupé dans le bon sens, ouais y’a un sens pour les tomates mais ça dépend du mois de l’année en fait), une soupe à la grimace puissance infinie et un « putain mais il faut qu’on cause à 3h du mat » (T’es gentil chéri mais je me lève à 6 donc bon et un ahah je savais que tu voulais pas en parler blblabla => nuit blanche de merde).
    Bref dès qu’il y a besoin de soutien, c’est prends toi cette barre dans la gueule.
    Ma théorie est que dès tu ne parais plus assez forte pour porter la famille, ils pensent que te kicker les fesses c’est qu’il y a de mieux à faire, alors qu’ils ne font que rajouter une couche.
    En conclusion, quand ça va pas, mieux vaut compter que sur soi, ou faire comme tu aurais fait si tu avais été toute seule. Bref ne pas compter de façon ostentatoire sur l’autre. Et moins tu parais compter sur l’autre, et plus il a envie que tu comptes sur lui. Tout est un savant mélange de j’ai pas vraiment besoin de toi dans ma vie mais un peu beaucoup quand même… La ligne est ténue mais ça m’a apportée de la sérénité dans le couple, de la confidence pour gérer sans l’autre si un jour il y avait besoin.
    mais à chacun sa recette. Bonne chance avec la tienne!!!

    • R. dit :

      Ouais, enfin à ce compte-là, mieux vaut être seule (que mal accompagnée). Personnellement, les relations de couple qui se construisent au rapport de force (genre celui qui gagne met l’autre au pas), ça ne m’intéresse pas. Mais alors PAS DU TOUT. 🙂
      (entre temps, l’homme est redevenu un bon accompagnant… pourvu que ça dure)

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