Capot

Capot de voiture

A l’époque, ma grand-mère était encore en vie, et pas encore complètement sénile. Ca commençait doucement, elle sortait en sandale en plein hiver ou se nourrissait de gâteaux. Elle radotait beaucoup, mais nous reconnaissait encore, contrairement à la fin de sa vie où elle prenait toutes ses petites-filles pour sa propre mère.

Du coup, on la surveillait un peu, en allant la visiter régulièrement dans sa banlieue-sur-Orge.

Ma grand-mère était une gentille coconne. Béatement bigote, ancienne mondaine, je pense qu’elle n’a pas été très tendre avec ses 5 enfants et demi. Elle avait des convictions – politiques, religieuses, sociales… – à l’opposée des miennes, mais elle était assez rigolote, fantasque, presque candide. Du genre à n’avoir jamais remis en cause ce avec quoi sa famille aristocrate l’avait gavée comme une oie. Mais du genre aussi catho bienveillante, tend l’autre joue et caetera.

Décidément, c’est de famille…

Comme elle habitait un peu à Babel-Oued-relou-d-accès, dès que je pouvais récupérer une caisse pour aller lui rendre visite, je le faisais.

Cette fois, c’est la mère d’un pote qui m’avait proposé sa titine. Et mon pote sa présence.

Nous partons donc tous les deux en goguette, affronter la vieillerie de ma petite grand-mère, lui faire un repas pas trop dégueu, la laisser gagner à la bataille corse, et s’assurer qu’elle n’est pas sous la coupe d’un escroc en puissance, genre celui qui lui vendait des tapis à 16 000 balles en faisant du porte-à-porte.

Après avoir passé 4 heures en sa présence, entendant une dizaine de phrases en boucle (« vous êtes mariés ? », « Non mamie, nous ne sommes PAS ENSEMBLE, c’est un ami », « ah d’accord, mais… vous êtes mariés ? »), nous décidons de la laisser tranquille.

Je lui claque une énorme bise – car même si je la désapprouve sur à peu près tout, je l’aime -, et reprends le volant pour une bonne heure de route.

Mon pote, qui ne la connaissait pas, est mort de rire. Le chanceux a une grand-mère totalement intacte, alors découvrir la spongiosité des propos de mon aïeule l’amuse. Il ne se moque pas, il a même un regard attendri… mais il s’esclaffe sur notre « mariage ».

Je le vois venir. C’est évidemment un amant occasionnel, du genre dégénéré sexuel, dont je connais l’immense talent et la puissance des envies.
Et moi je suis mi-amusée-mi-tendue par cette incursion dans le déclin de mon ancêtre. A l’époque je n’y étais pas confrontée aussi violemment.

Alors forcément, ses tentatives pour me dérider fonctionnent. Il est doux, taquin, orienté.

Et moi je perçois bien à quel point il pourrait me détendre totalement.

Je conduis, les deux mains bien calées sur le volant ou le levier de vitesse, et lui n’ose pas me toucher. La tension monte sans aucun contact physique. L’air de rien, l’atmosphère se réchauffe, l’éternel rose monte sur mes joues, la jambe de mon pote se met à tressaillir. Je n’ose pas le regarder, concentrée sur la route, mais déjà des pensées très précises m’assaillent. Nous avons une foule de souvenirs, et donc de la matière à fantasme.

Nous approchons de Paris, un silence s’installe. Nous faisons comme si de rien n’était, mais aucun de nous n’a de doutes sur l’orientation des pensées de l’autre. J’ai chaud. J’ai oublié ma grand-mère. Je pense « concrétisation ». Mais où ?

Nous arrivons dans le parking de l’immeuble de sa mère.

Je gare la voiture.

Coupe le moteur.

Silence.

Flottement.

Il commence une phrase, se ravise.

Je le regarde en essayant d’avoir l’aplomb de la meuf qui n’y pense pas du tout.

Il me saute dessus.

Dieu qu’il me connaît bien…

Chacun sur notre siège, nous avons du mal à nous étreindre, mais je sens son sexe gonflé comme jamais sous son jean. Ma main s’y invite, il gémit, et je ne résiste pas à ses soupirs. Tout en l’embrassant goulûment, je déboutonne son pantalon, dégage son sexe, et l’enferme dans la moiteur de ma bouche.

Mon pote dégouline. Tous ses muscles sont bandés, tendus, je le sens frissonner, et ça me galvanise. Il essaye désespérément de me caresser autre chose que la nuque, sans succès. Les bagnoles – hors banquette arrière – ne sont décidément pas un lieu adéquat pour aller au bout du bout.

Et puis mon pote sent qu’il n’est pas loin de monter, or il veut me faire jouir. Et éviter de laisser des traces compromettantes de son plaisir dans la caisse de sa mère.

Il me somme d’arrêter. Je le regarde, sourcil relevé, mon éternel petit sourire aux lèvres.

– « Je vais jouir trop vite, R., si tu continues de me sucer comme ça. Laisse-moi te prendre, laisse-moi te faire monter… »

Ce qu’il ignore, c’est que je suis presque cuite, à point, que je ne vais pas avoir besoin de caresses, mais que quelques pénétrations accompagnées de ma petite musique personnelle suffiront a priori à me faire grimper.

Je lui propose de sortir de l’habitacle. Il me regarde l’air perplexe. Je lui montre d’un signe de tête l’avant de la voiture, dans un coin un peu reculé, obscur. Il retrouve le sourire. Agrippe fougueusement ma bouche avec la sienne. Ouvre sa portière sans me quitter du regard. Je ris. Ouvre ma portière à mon tour, sors, et me dirige vers le capot. Il me suit, jetant un oeil aux alentours pour s’assurer de notre solitude.

Nous nous aspirons l’un l’autre, collés, langue contre langue, torse contre torse, sexe contre sexe.

Ma main l’attrape à nouveau, va et vient. Ses doigts se faufilent en moi tant bien que mal. Je dégrafe ma ceinture, les boutons de mon futal, sa main trouve sa place. Ses yeux sont grand ouverts, me scrutent, pendant qu’il se mord la lèvre.

Et j’en reviens à l’essentiel. Toujours.

Je retire sa main, mes yeux plantés dans les siens, cheveux en bataille. L’embrasse. Me retourne, une main sur le capot, l’autre sur le mur dénudé. Il s’approche, s’appuie sur moi, tout son corps contre mon dos, il me serre, m’étreint, m’étouffe presque, parce qu’il sait que j’adore ça.

Alors je dégage une jambe, m’écarte, l’attrape, l’engloutis. Et je gémis. Et lui aussi.

Je m’agrippe comme je peux aux briques grises et rêches de ce parking, à la carrosserie, et je me concentre sur sa présence lourde et consistante en moi. Il coulisse, mais n’ose pas aller trop vite, de peur d’exploser soudainement.

Je comprends que je ne vais pas avoir le temps de me délecter de ses va-et-viens, de me faire durer. Que si je veux monter, c’est maintenant. Alors de mes deux doigts je lance le final, je me déclenche. Il est tétanisé, à l’orée de son orgasme, je tâche de glisser un peu sur lui, sens qu’il se contient comme il peut, et quand je perçois l’éclosion du grand feu d’artifice, m’empale franchement sur lui plusieurs fois d’affilées.

Il explose avant moi.

Je demi-explose, du coup… Coupée dans la montée, presque au sommet.

Mais son tremblement post-orgasmique m’emplit d’aise. Je suis satisfaite, malgré tout. Un peu frustrée, mais heureuse. Et bêtement fière.

Une fois ses esprits retrouvés, il me serre dans ses bras, et s’excuse. Je lui dis qu’il ne faut pas. Que c’est pour toutes les fois où il m’a fait jouir sans retour.

Il rit.

– « Je t’en dois une, R. Promis. Et putain, t’as vraiment une zézette magique… »

Je souris à mon tour.

Et je lui rends les clefs de la bagnole.

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11 commentaires pour Capot

  1. jo dit :

    Ha ça faisait longtemps ! Thank you

  2. Volubilis dit :

    Je me disais un petit coup de R. avant de reprendre le boulot et hop…

    Faut carrément changer de culotte, merci.

    Volu

  3. Gawel dit :

    Et alors tu l’as eu ce retour ?
    Ou tu l’aimerais bien 😉

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