Inflammable

Coupable

La vie conjugale, c’est pas simple.

Je le pense depuis longtemps, je crois que je le pensais même avant d’y goûter pour de vrai. Faut dire que mes parents n’ont jamais vécu ensemble, à part un an quand ils ne l’étaient plus. Et puis c’était en communauté. Dont l’un de mes seuls souvenirs est une engueulade magistrale entre mes parents 1 et 2.

Ma mère valide est restée près de 30 piges avec son mari et actuel tuteur, et a toujours refusé catégoriquement de faire appartement commun. Elle exigeait, en outre, une soirée seule avec sa fille, et une soirée seule avec elle-même chaque semaine.

De là à dire que les chiens ne font pas des chats, il n’y a qu’un pas…

J’ai aussi connu l’autre semaine sur deux dans la famille recomposée-traditionnelle – car on peut maintenant parler de tradition même dans le recomposage – : papa et belle-maman mariés, trois enfants dont seuls deux partagent la moitié du sang, cinq noms de famille sur la boîte aux lettres passés à trois grâce à quelques acrobaties administratives (dont le mariage susnommé), la blague « vous êtes comme de vrais frères et soeurs » qui vole en éclat dès que ça se complique (et ça se complique tôt), les vacances en famille où le pater tyrannise, où la sista tente comme elle peut d’apparaître, où le brotha rayonne en unique garçon-et-pas-fils-de-mon-père tandis que sa mère miaule en rital histoire de mettre un peu de joie dans cette ambiance géniale… et pendant ce temps-là, à Vera Cruz, R. est terrorisée.

Dire que je ne viens pas de la famille Doucoeur-c-est-la-famille-du-bonheur est un euphémisme.

J’ai pas dis non plus que j’avais grandi chez les Thénardier.

Je peux dire par contre que je n’ai pas été élevée dans le sacre de la conjugalité, et que les tentatives de normalisation familiale (ze wedding et tout ce qui s’ensuit) ont été de cuisants échecs (ze divorce et tout ce qui s’ensuit, sans parler du reste).

Mon homme, lui, ne vient pas non plus d’une famille très fraiche. Mais, contrairement à moi, ses parents sont ensemble depuis trois douzaines. Ce sont les premiers enfants – non partagés – qui ont pris cher. Surtout ceux qui n’étaient pas sortis du ventre de ma belle-mère. Ce qui, par transitivité, n’a pas été bien simple pour lui non plus.

La famille, c’est soupère.

N’empêche qu’on a beau venir tous les deux de clans foireux, il y a un fossé entre nous : il n’a pour seul modèle que celui de parents ensemble même si les autres s’effondrent autour d’eux (progéniture comprise), j’ai pour différents modèles pas un seul qui sauve le romantisme.

Je passe sur les autres fossés : je travaille à temps plein, il travaille presque à temps vide, j’ai un sommeil de connasse-qu-un-rien-réveille, il a un sommeil de plomb, j’ai perdu ma mère et les repères qui vont avec, il aimerait bien que la sienne lui lâche la grappe mais en attendant c’est bien pratique qu’elle dise amen…

Pourquoi je te raconte tout ça déjà ?

Ah oui, pour dire que c’était pas gagné. Ma vie conjugale, je veux dire.

D’abord, j’ai fait l’erreur de serrer les dents bien trop longtemps, et de réagir trop tard, en craquant. Je me console en me disant que je n’aurais probablement pas eu de 2e enfant si j’avais réagi dès le début des soucis.
Tu me diras qu’entre la conception de mon deuxième et mon carambolage personnel, il y a eu 2 ans… Genre « là, tu pouvais ! »
Je te répondrais que pendant ces deux ans il y a eu 9 mois de grossesse et l’accueil d’un second tout petit qui nous a unis et qui a réaffirmé notre amour (sans gommer les problèmes), et la maladie de ma mère qui a pris tout son sens.
Autrement dit : je ne savais plus où j’étais à part en GrosseFatiguie et mon énergie était ventousée par ma vie de mère-fille-salariée. Même si je voyais bien que ça partait en cahuètes.

Alors j’ai accumulé un tout petit peu de rancoeur.
Pas grand chose, hein. De la rancoeur absolument oubliable si on se sépare… à quoi bon s’alourdir ? Mais de la rancoeur fortement inflammable en cas de reviens-y, surtout si dans les 8 premières semaines on se fait deux-trois revival comme au bon vieux temps.

Quand ça roule entre mon homme et moi, j’ai quelques petits doutes – rapport au désir, aux élans, aux vibrations, au palpitant -, mais néanmoins beaucoup d’espoir. Parce que quand il n’est pas trop tête de con, mon homme est presque formidable. Précieux. Rare.

Le problème, c’est quand un grain de sable vient gripper le rouage. Grain de sable généralement planqué dans la susceptibilité de Monsieur. Qui, à sa décharge, est vraisemblablement très fragilisé par la peur de me perdre à nouveau.

Ne crois pas que je me moque, je me suis suffisamment convaincue pendant 7 piges que ce mec ne lèverait pas un petit doigt pour me récupérer, orgueil et avarice de mots doux tatoués sur chacun de ses biceps, pour savourer aujourd’hui son amour enfin déclamé. Et pour ne pas m’abaisser à « prendre ma revanche », ce qui est contre ma religion.

Lui qui n’a jamais été un romantique le devient, un peu, beaucoup, trop, surtout dans les attentes qu’il place en moi. C’est-à-dire pas en m’offrant des fleurs ni en m’embarquant sur son cheval blanc. Mais en souhaitant que je les encense, lui et mon amour pour lui.
Et moi, qui ne le suis toujours pas (romantique), j’ai précisément besoin en ce moment qu’on ne m’en demande pas trop. D’autant moins que je m’estime plutôt créditrice dans ces retrouvailles. Vu que mon homme méritait que je le quitte, même si ce point de vue est absolument personnel.

Et tout ça, ça me rend légèrement intolérante. Inflammable. Je me rends compte que je ne supporte plus un millième de ce que je me suis coltiné pendant 5 ans. La moindre gueule pour un motif qui m’apparait illégitime me fait tout remonter dans les amygdales.

Et dans ces cas là, non seulement je me déteste, mais en plus je perds tout espoir : l’avenir familial s’effondre dans ma tête. L’envie de renoncer avant de me refaire bouffer par moi-même et mon incapacité à taper du poing sur la table quand j’aime, ou plutôt quand j’ai peur de perdre l’autre, explose.

Le problème vient peut-être de là : je n’ai plus peur de le perdre. Je préférerais mille fois le gagner tel que je l’espère, mais pour l’avoir déjà perdu une fois, je sais aujourd’hui que je ne suis plus tétanisée par cette crainte.

Je sais que si nous devions nous séparer à nouveau, je serais triste de l’échec, triste de ne pas réussir à transcender tout le merveilleux qui nous unit – car il existe -, triste d’imposer à mes enfants une vie de garde alternée… Mais pas effondrée. Et peut-être même soulagée.

Soulagée de ne plus être cette meuf sans patience qui ne cherche pas des noises à son mec, mais qui ne tolère pas qu’il lui en cherche une seule, fut-elle animée par la détresse.

Soulagée de n’avoir plus à me soucier de ne pas tout casser.

Je n’exclus pas que la fatigue et une légère déprime soient aussi à incriminer dans mes états d’âme…

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12 commentaires pour Inflammable

  1. zut dit :

    Vivement le printemps !
    Sève, feuilles tendres, fleurs, toussa.

  2. Frenchsweet dit :

    Dans le couple, quelles que soient l’histoire, le contexte, les désirs, etc, il faut quand même être deux à vouloir avancer. Si tu es toute seule, que ton compagnon semble se satisfaire d’une situation insatisfaisante pour toi, c’est normal que tu perdes patience, et même que tu perdes confiance.
    Ceci dit, il est reconnu que la plupart des mecs ont pas mal de difficultés à se remettre en question, ou à « changer » de comportement, d’abord parce que la peur du changement est une des peurs les plus grandes chez l’humain paraît il, ensuite parce que personne ne peut changer intrinsèquement (c’est impossible) mais seulement adapter son comportement. Or l' »adaptation est plutôt une attitude féminine, disons innée par la force des choses.
    Tu sembles être à un moment de ta vie où « la petite voix qui dit non » en toi crie plus fort que celle qui dit oui. Ceci dit les intuitions ne sont pas toutes à mettre à la poubelle .. faut voir.
    Courage en tout cas

  3. zoumpapa dit :

    Bon, tu viens de te lâcher (c’est l’avantage de la fatigue)…et ça fait du bien ça non ?
    …puis ne vient-il pas traîner ici de temps à autres, histoire que les messages à lui faire passer ne soient pas que subliminaux?

    • R. dit :

      Non, il ne me lit plus. Mais pour le coup, c’est moi et ma nouvelle impatience que je pointe. J’ai des choses à lui reprocher, mais je ne peux pas lui ôter d’avoir douloureusement envie que je ne le quitte plus jamais. Reste à savoir si nous avons les moyens l’un et l’autre de trouver le vrai bon compromis – celui dealé en décembre étant source de crispation, et encore, on n’en a exploré que la moitié fastoche…

      • zoumpapa dit :

        Ton approche est limite romantique, tu sembles vouloir t’accrocher au fait qu’il tient à toi plus que jamais, mais dans le même temps tu donnes le sentiment de ne plus y croire (« du tout »…pourrais-je ajouter)

        Note du Benêt: jt’ai dit qu’ta tête donnait bien sur un écran ?

  4. C’est cette impatience-là que j’avais déjà sentie dans ton récit « au galop ³ » et qu’il faut, je crois, creuser. Tu l’indiques en conclusion : une issue « fatale » pour ton couple aurait l’avantage de simplifier brutalement la situation et que tu n’aies plus à te demander si tu dois faire encore preuve de patience ou non. Là, je dirais, c’est à ton homme de faire preuve de la souplesse du roseau, d’éviter de te secouer et de plier (sans rompre) sous ta tempête quand il aura déclenché ta furie. Mais, évidemment, s’il ne voit pas que tu es dans une zone de turbulence… ça va être délicat !

    • R. dit :

      Je suis rarement une furie, quand même… Sauf quand on coupe les cheveux de ma petite mère, et sauf, aussi, c’est vrai, quand on me casse les couilles alors que je suis malade et fatiguée et angoissée par un nouveau travail… A part ça je ne suis que douceur, amour et volupté. 🙂

  5. L'Onirique dit :

    la colère c’est aussi un truc bien pour mettre des barrières, pour que l’autre arrête sans cesse d’aller pisser sur un territoire qui n’est pas le sien (oui je suis très poétique ce soir). maintenant à toi de savoir entendre ce qui te rend si inflammable (mais vu les évènements et autres circonstances ça se comprend!) et comment calmer ce qui peut l’être…

    pour ma part, il était question de choix. j’ai mis beaucoup de temps mais choisir et donc assumer réellement son désir avec ce que ça implique comme conséquences, c’est tout de même… bien meilleur que cette foutue rage de se sentir bonne à rien, piégée quoiqu’on fasse ou dise. mais je crains de ne voir que ma propre situation. 🙂

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