Les mêmes vapeurs de soufre…

Vapeurs de soufre

Toi et moi on avait fini par se renifler, et même un peu plus, mais c’était toujours resté incognito, furtif, comme entre deux portes. L’occasion d’une baise longue et aventureuse ne s’était pas présentée, malgré l’envie brûlante et partagée. Alors quelques mois après nos premières luttes suaves ou sauvages, nous avons convenu de nous revoir, malgré la distance géographique.

Oh, il ne s’agissait pas du tout d’une histoire d’amour, nous étions tous les deux très clairs sur les sentiments que nous éprouvions l’un pour l’autre : une réelle tendresse amicale, des atomes crochus, et une putain de force d’attraction. La certitude qu’entre nous ça pouvait créer quelques étincelles, que nous étions fait presque du même bois, qu’en tous les cas nous aimions inhaler les mêmes vapeurs de soufre.

Rendez-vous pris. Tu arriveras le samedi vers 20 h, tu repartiras le dimanche vers 18 h. 22 heures pour rattraper le temps et se savourer jusqu’à plus soif…

Une part de moi craint – bêtement – que ça ne soit pas aussi exquis que nos percussions fugaces. Mais nous sommes de toutes les façons amis : à défaut de nous faire jouir, nous pourrons toujours nous faire rire.

Tu arrives, donc. Ca fait quelques temps que nous ne nous sommes pas vus, et toujours cette question des potes amants : bise ou baiser ?
Alors on s’offre les deux.
Je t’ouvre la porte, joyeuse, tu poses ta main sur ma hanche et me claque la bise, as usual. Puis nous nous regardons, moi avec mon éternel sourire, toi avec ton regard qui en dit long sur ton désir.

Flottement.

Nous inspirons de concert, les yeux dans les yeux.

Tes lèvres touchent légèrement les miennes.

Puis un baiser plus appuyé.

Puis un baiser mouillé.

Je ne sais plus si nous avons pris le temps de parler un peu ou si nous avons préféré étancher notre soif immédiate. Te connaissant, me connaissant, je penche plutôt pour la seconde option, et j’espère que tu pardonneras ma mémoire un peu floue.

Nous avons tellement fait l’amour pendant ces 22 heures qu’il ne me reste plus une chronologie net, mais des flashs. Très précis.

Je sais que nous avons mangé des sushis après s’être attrapés dans ma cuisine pour terminer dans mon lit. Première baise de politesse, histoire de nous reconnecter. Polie, peut-être, mais toujours efficace.

Je me souviens de t’avoir dégusté assis sur mon canapé, mes genoux glacés par le carrelage, mes tripes réchauffées par tes soupirs. Tu m’as dit, presque étonné, comme je suçais bien, et je l’avoue, j’ai adoré.
Je me souviens que pendant que ma langue parcourait goulument ton sexe, alors que ma gorge se refermait sur ton extrémité, ta main s’enroulait petit à petit sur mon épaule, ferme, et ta voix, la mélodie de tes mots exprimaient joliment ton aise.
Je me souviens m’être demandé si mes voisins entendraient ton allégresse à travers les fenêtres ouvertes. Et d’avoir décidé que je m’en contre-foutais.
Je me souviens enfin de tes sursauts, des tressaillements contre mon palais, de ta gorge déployée, de ta chaleur dégoulinant dans ma bouche.
Je me souviens que ça m’avait galvanisée et particulièrement excitée.

On a fumé quelque pétard, en plus j’avais du super bon shit.

Mais pas trop quand même, pour ne pas s’éteindre, pour ne pas s’assécher.

Je me souviens que nous avons fait l’amour longtemps pendant la nuit, moi sur le dos, pieds sur tes hanches, bassin surélevé pour mieux t’accueillir. Toi, mains encerclant ma taille, observant lèvres mordues nos sexes agrippés l’un à l’autre, le tien coulissant lentement dans le mien, réveillant chaque centimètre carré de mon intérieur, parcelles d’une sensibilité soudaine, inattendue, noeud vital irradiant la chaleur, comme si c’était mon coeur qui battait dans mon ventre et pulsait les vagues de sang pour atteindre tout mon corps.

Je me souviens avoir murmuré à quel point c’était délicieux, alors que d’habitude je parle peu. J’ai même dû glisser un « putain ! » dans ma phrase pour assumer mon aveu.

Je me souviens de toutes les explosions que nous nous sommes fait subir, acrobates agiles roulant contre les murs de mon appartement, alternant les tranches de potes et les emmêlements d’amants, sans temps morts. Même le silence semblait d’or. Signe pour moi d’une amitié réelle.

Nous nous sommes repu l’un de l’autre, conscient que la prochaine fois ne serait peut-être pas de sitôt.

Et puis tu es parti prendre ton train. Je crois bien qu’on s’est roulé une pelle devant ma porte pour conclure sur une bise tendre. Jolie façon de refermer la parenthèse.

Après, j’ai eu des courbatures, et quelques délicieux stigmates.

Menues douleurs aux airs de points de suspension…

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6 commentaires pour Les mêmes vapeurs de soufre…

  1. jo dit :

    C’est malin, j’ai eu une érection 😉 en tous cas ça électrise. Ca fait rêver !
    Bises coquines copine.

  2. Marieh2o dit :

    J’aime toujours autant ton écriture, et cette façon que tu as de faire alterner le grave, le léger, l’érotique, les sentiments et les sensations, les pleurs, les rires, le passé et le présent, les doutes, les victoires, les colères et les apaisements… le sang, le sexe, le lait maternel y mucho mas tan bien.
    Je t’embrasse R.

  3. Judie K dit :

    J’aurais aimé savoir s’il y a eu une prochaine fois pas si tôt ? pas du tout ? tôt ?

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