Brouillard

brouillard

Tu sais quoi ? Faut ptet que j’t’en cause, finalement, de ma théorie du surf dans le brouillard… Ca me semble d’actualité, là maintenant tout de suite. Rapport à la neige qui tombe fin mars, mais surtout rapport à ma confusion du moment.

Mec, je suis totalement à la rue. Je vois plus rien. Je comprends tchi. Je cyclothymise à fond les ballons.

Ou plutôt : je rebondis de conviction en conviction sans parvenir à m’ancrer nul part.

De tout repos…

Je passe une journée entière à me marteler le crâne à coups de j’y-crois-plus-arrêtons-les-frais, à préparer la phrase assassine tout en me meurtrissant de la sentence douloureuse à venir, j’arrive chez moi en me répétant en boucle les bons mots, choisis, pesés, mon cœur se contorsionne et mes tympans bourdonnent, je fais l’air de rien tout le long du tunnel parental jusqu’au coucher marmaillesque libérateur, un ange passe, je lâche un faut-qu’on-discute, et tout se dissout dans mon esprit.
Je vomis mes doutes pétrie de culpabilité et d’incertitudes, je me détache de moi pour constater d’en haut la peine que j’inflige à ne pas savoir sur quel pied valser, mon âme s’effondre d’autant plus, cernée par ma bonne volonté dégoulinante et vaine, je me déteste de lui imposer mes tiraillements et ma demi-présence bancale.

Il accuse le coup plus ou moins bien, ça dépend des fois, et elles n’ont pas été rares.

Parfois il se referme d’un coup, puissance du naturel, et alors je perds pied, entrevoyant en substance ce que me réserverait une rupture, être détestée par cet homme que j’aime mais dont je ne suis indéniablement plus sûre d’être amoureuse.

Besoin d’être amoureuse… Ou tranquille.

Et à chaque fois, ce désir que je pleure, nostalgique, revient d’un coup, désir craintif mais bien présent, images fantasmées qui résonnent d’impossible.

Parfois j’ai peur qu’il s’agisse d’un autre, inconnu, nouveau, que je dote de ses traits et de son corps, pour me convaincre qu’il sera possible un jour qu’il agisse e-xa-cte-ment comme je le souhaite.

Dernièrement, suite à une n-ième crise de sanglots, la discussion a pris une teinte plus douce, paroles libératrices, à nouveau je pense à voix haute, mais l’homme encaisse, me rassure, réaffirme son amour, me met face à mes responsabilités. Me dit clairement qu’il voit bien qu’une part de moi serait soulagée si c’était lui qui me quittait, mais qu’il ne renoncera pas. Qu’il me faudra, quand, si, un jour, j’en suis sûre, me libérer moi-même.
Pendant ce temps-là on fume plein de taga, alors mes soubresauts de côtes ont cédé la place à un apaisement complice et fendard.

Putain de toxicomanie, mais vive cette béquille.

L’espoir renaît, d’autres phrases tournent en boucle dans ma tête, ponctuées d’exclamation, trouve du boulot, fais-moi danser, prends le pouvoir, emmène-moi, organise, contiens-moi, agis…! Avec à chaque fois l’illusion que l’une d’entre elles sera la clef.

Et lui qui s’illustre en mille points, qui a fait sa presque révolution, mais qui continue à ne pas chercher de travail…

Je n’arrive pas à faire la part des choses. Est-ce uniquement parce que je n’arrive pas à digérer mon absence dans les yeux de ma mère que je vois la vie en gris ? Ou n’est-ce au contraire qu’un epsilon dans une vie qui ne me convient plus et qu’il est temps de changer ? Y-a-t’il un énorme rocher dans ma chaussure ou carrément une plage de graviers qu’il faut retirer un à un, méthodiquement, sans flancher ?

Alors voilà, me revient ma théorie à la noix du surf dans le brouillard, pondue lors de mon dernier séjour à la montagne où la neige débordait et l’immaculé des nuages m’empêtrait, où seule avec mes pensées je rechutais en moi et sanglotais acidulé…

Surfer dans la poudreuse et enveloppée de nébuleuse est une expérience troublante. Aucun relief apparent, on ne sait pas si on monte, si on descend, si on va vite ou lentement… La panique peut saisir, si on perd foi en ses capacités. Alors on se plante, on s’enterre sous la neige, et on transpire pour s’en extraire. Beaucoup de crampes décourageantes…
Mais si on se fait confiance, on se souvient que sans savoir où on est on finira malgré tout par échouer quelque part, là où le courant nous aura fait voguer, là où la petite voix nous aura transporté, qu’il s’agit juste de tenir bon dans cette tempête, dans cette pente dont on ne sait plus dans quel sens elle roule, que la planche va tourner d’elle même pour un peu qu’on ne s’inquiète pas et qu’on donne le bon coup d’épaules.

Les choses se font d’elles-mêmes.
Les choses se feront d’elles-mêmes.
S’imposeront.
A moi.

Je le sais, pourtant, que la peur n’écarte pas le danger. Que l’angoisse de mal faire et de faire mal ne m’empêche pas de faire mal et de mal faire… Si une femme en face de moi me racontait ce que je vis, j’aurais un million de conseils à lui donner.

Je passe mes journées à me répéter ces conseils.

Mais quand la machine s’emballe, quand l’angoisse point, tous ces bons conseils se brisent comme de minuscules éclats de rire, criblant mon cerveau d’entailles paralysantes.

Grosse solitude dans le brouillard.

A part ça, tout va bien.

Et rassure-toi, j’ai conscience d’avoir des théories foireuses. On fait ce qu’on peut pour tenir bon.

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14 commentaires pour Brouillard

  1. jo dit :

    « Amalgame »
    Take care

  2. dita dit :

    j’aime bien ta théorie du brouillard. Et elle est bonne je crois… surtout avec des êtres comme toi qui ont un feeling surdéveloppé. j’ai l’impression d’être Yoda  » la réponse en toi tu dois trouver R. »

    🙂

  3. l'onirique dit :

    Ah theorie du surf dans le brouillard. Je my connais pas en surf mais je me suis retrouvee dans ta theorie. Avant de comprendre qu il y a theorie et pratique. Et qu en pratique cest pas la theorie du brouillard..mais celle de la degringolade. Je ne fonctionne jusqu a present, en situation de conflits avec moi meme jentends -sinon javance pas que comme ca dans la vie..- que jusqu’au point où suis tellement bas, tellement ecroulee que je nai plus d’autre choix que l’action.

    Dans la tourmente cest la seule chose qui m’avait fait lacher le saut des convictions
    opposees et des supers decisions..
    Cest se connaitre qui sauve ni la petite voix, ni les conseils ni rien de l’exterieur.

    Est ce bien de ta pratique du surf dans le brouillard que tu arrives a qqchose?

  4. Fabien dit :

    Moi j’ai toujours la sensation qu’une « force » toute puissante « m’aide » dans les situations difficiles… tant que je ne baisse pas les bras !… façon « aide toi le ciel t’aidera » donc… C’est d’ailleurs la phrase la plus sensée de toute la spiritualité à mon avis 🙂 😉 J’ai l’impression que c’est raccord avec ta théorie..?

    • R. dit :

      Moi je ne crois à aucune force toute puissante ou supérieure… Plutôt à mes ressources personnelles. Enfin, sauf quand j’y crois plus ! 😀

  5. cath dit :

    Ce qui m’a sortie de mon brouillard (et j’en connais un rayon en brouillard), c’est l’amour d’un autre homme. Ca m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir, sans que je ne demande rien. LA lumière apparue de nulle part qui m’a guidée. Ce n’est pas un conseil , loin de moi cette idée, mais juste un commentaire sur mon propre parcours. Parfois, la solution s’impose d’elle-même.

    • R. dit :

      Moi j’ai refusé de quitter le père de mes enfants pour l’amour d’un autre homme. Ca m’a tuée. Vraiment.
      Mais je sais que j’ai bien fait, pour deux raisons :
      1- la relation avec l’autre homme en question m’aurait probablement fait beaucoup de mal, il aurait été incapable de gérer « qui je suis » et me l’aurait fait payer. Il l’a fait, d’ailleurs ;
      2- ça aurait massacré la relation post-rupture avec le père de mes enfants.
      Parfois, je me dis que si ça arrivait à nouveau, un tel béguin, je saisirais l’occasion, quitte à prendre une mauvaise décision.
      Parfois je me dis qu’il vaut mieux quitter le père de ses enfants pour personne d’autre.
      Bon, en gros je sais pas, quoi… 😀

      • Judie K dit :

        Souvent je me dis qu’il vaut mieux quitter le père de ses enfants pour personne d’autre, voire simplement quitter quelqu’un pour personne d’autre… Mais de la théorie à la pratique il y a un goufre… ou de la neige et du brouillard.

        • R. dit :

          Ben voilà, ça a toujours été mon credo. Alors d’autant plus avec le père de mes petits.
          La phrase que l’autre n’a pas supporté c’est « je ne quitte pas le père de mes enfants pour un autre, malgré l’élan extrêmement fort, je quitte le père de mes enfants quand c’est fini avec le père de mes enfants ». Elle m’a couté cher !
          Reste à savoir si c’est fini, ou pas. C’est là que c’est le brouillard absolu.

          • Judie K dit :

            Dans ton brouillard, je pense que tu as raison sur de nombreux points, notamment quand tu te demandes si ce que tu vis avec ta maman ne te pousse pas à tout voir de façon négative.
            Courage, il y a bien un moment où le brouillard se dissipe.

  6. Volubilis dit :

    J’ai lu 10 lignes, j’ai arrêté, on a les mêmes activités, jcrois.

    Du brouillard à découper au couteau, à se casser la gueule dessus.

    Bon, je sors mes piécettes.

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