Flattée

buée

Je me souviens du jour où j’ai entendu cette phrase pour la première fois.

« Quand je me branle, je pense à toi. »

Mon pote me chuchotait ces mots, un peu honteux. Et moi je me liquéfiais.

Je ne suis pas sûre qu’il ait dit ça pour me ferrer. C’était plutôt un aveu. L’homme avait une fracture de désir dans son couple, lassé d’être l’éternel moteur, et il m’expliquait ainsi qu’il devait puiser ailleurs pour arriver à décharger toute la tension qui l’habitait.

Quand il a vu mes joues rosir et mon oeil s’allumer, il m’a regardée mi-perplexe, mi-amusée.

« R., tu es la seule meuf que je connaisse qui aime qu’on lui dise ce genre de chose… »

On était jeune, genre vingt-troisenaires, et c’est vrai, j’étais étonnée quand des copines semblaient écoeurées à l’idée qu’un homme – et parfois même le leur – puisse les convoquer en pensées juste pour aller au bout de son plaisir.
Elles avaient l’air de se sentir salies, comme si le mec en question s’était mouché et oublié dans leurs cheveux soyeux. Alors que tous ses futurs petits mozart pataugeant dans leur liquide blanchâtre avaient terminé leur course bien sagement dans la bonde de la baignoire.

Ouais, j’ai des potes qui se branlent souvent sous la douche.

C’est drôle, ça ne me viendrait pas à l’esprit. Je suis plutôt bed-style.

Faut dire que mes excursions solitaires produisent certainement moins que les masculines…. Mais je m’éparpille.

C’était mon pote, donc, et je découvrais qu’il me faisait régulièrement bosser ma souplesse légèrement vêtue en équilibre sur ses synapses, tout ça d’une seule main.

J’ai senti mon sang se réchauffer, et mon cortex s’assaillir d’images toutes nouvelles. Non pas par leur scénario, je suis une obsédée de longue date, rappelle-toi. Mais par l’identité de leur protagoniste. Cet homme jusqu’à présent presque asexué devenait un matador, torero torride dans ma petite arène personnelle.

Oui, je suis taureau.

Et je n’ai rien contre certaines mises à mort.

La vie a continué, mais l’ambiguïté cyclique était indéniablement amorcée. Lubricité ponctuelle et complice, respect des distances imposées, désir forcément accru.

Le cerveau, ce grand joueur…

Nous savions que nous ne devions pas, l’homme était pas-très-joyeusement-maqué de longue date et bien que ne connaissant sa moitié que de très très loin, je tenais ma ligne de conduite de ne pas dévier les hommes de leur droit chemin.

Sans les en empêcher pour autant, lesdits hommes étant toujours majeurs et vaccinés.

Et je me rends compte d’un coup que je n’ai jamais couché avec un mineur ! Et qu’il est un peu tard pour m’y coller.

Voire en leur compliquant un peu la tâche, rapport que je l’ai pas dans la poche quand j’ai des pensées à confesser.

J’y peux rien m’ssieur le commissaire, c’est plus fort que moi.

Parfois, nos pieds se croisaient sous la table d’un déjeuner. On sursautait en s’excusant. Et inévitablement, nos orteils se retrouvaient au bout de quelques secondes, l’air de rien, sans qu’on n’ose se regarder.

Et puis un jour…

On rentre de soirée, l’homme échoue chez moi très tardivement avec une autre copine et un autre copain. Tous alcoolisés et bien enfumés. Les deux mecs dans mon tout pourri canapé, la nénette dans mon lit.

J’entends au petit matin ma copette se barrer en loucedé, problablement consciente que son cher et tendre pourrait s’inquiéter de ne pas la voir arriver.
Puis le pote, assurément pour la même raison.

Je me rendors…

Dans mon demi-sommeil, je sens une présence qui se glisse derrière moi.

Mon ami se colle à moi timidement, puis plus volontiers.
Plonge sa tête dans mes cheveux, hume la peau de mon cou.
Les yeux toujours clos, j’attrape sa main que je rabats sur mes seins.
Cambre mes reins.
Ondule mon bassin contre le sien.
Constate sa rigueur.
M’émeus de son souffle saccadé, comme contenu.
Sa main descend tout contre mon flanc, traverse mon nombril, s’attarde sur mon ventre.

Je tremble.

Ses doigts écartent l’élastique de ma culotte, doucement, précautionneusement, comme s’ils attendaient mon feu vert.

Ma jambe s’écarte, ma main s’égare dans les méandres du tissu de son caleçon.
Se plaque contre son érection.
Prometteuse érection.

Sa main reprend son chemin plus sûre d’elle, constate que mon silence n’est pas signe de refus, que mes plis et replis s’humidifient.
Qu’à cet endroit là, oui là, exactement là, il y a comme un centre névralgique, véritable variateur de mon excitation qui s’intensifie.

Et il s’amuse.

Et c’est au tour de mon souffle de se couper. Inspirations saccadées. Discrets rires incontrôlés.

Puis je ne ris plus.

Son bras étrangle mon cou pendant que ma gorge se déploie. Sa voix tout au creux de mon oreille qui bourdonne.
Il me tient.
Je monte.
J’explose.

Bouche ouverte, ébahie, je suis moite et le sens tout aussi moite derrière moi.
Me retourne pour l’attraper.
Mais il m’arrête.
Me dit qu’il doit d’abord se doucher.

Je souris. Attrape sa main. L’emmène dans ma salle de bains.
Ouvre l’eau de la douche, le déshabille alors qu’il me regarde interrogateur.
Fais tomber mes derniers remparts, l’invite à entrer dans ma baignoire.

Il sourit, je le rejoins, nous inonde.
Ses mains courent sur moi, concentré, je l’embrasse à pleine bouche. Me frotte à lui, le revigore, l’aspire.
Debout, eau ruisselant sur nous, je colle mon dos à la fraicheur du mur carrelé, pose un pied sur le rebord du bassin, et l’entre en moi.

Il soupire, il gémit.
Moi aussi.

Nous sommes en V, torses écartés pour mieux nous observer, ses mains sur mes hanches et nos sexes connectés.
Et toutes les petites rivières qui dégoulinent entre nos pleins et nos déliés pour converger là où nous-même nous rejoignons.

Je le regarde attentivement. Ses yeux s’embuent, son visage se floute, son cou se crispe.
Ca me foudroie.
Il accélère sa cadence, mes bulbes se gonflent, je le sens monter, ça me fait grimper, j’apporte ma touche finale, il rit.

Il jouit.

Et putain… moi aussi.

Salle de bains

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4 commentaires pour Flattée

  1. Alabama dit :

    Je dois dire que je trouve cela également flatteur -très- et même flatteur de « réveiller » l’autre avec son officielle. J’aime particulièrement ce billet.

  2. Babylonia dit :

    J’ai toujours trouvé cela flatteur, mais je ne sais pas ce qui me réveillait le plus, de cette confession ou de leurs pensées.
    Billet très doux, sensuel comme j’aime 🙂 merci

  3. Leela dit :

    Moi aussi, j’étais flattée de savoir que j’étais la muse de leur rêves mouillés, et je le suis toujours d’ailleurs (flattée, et muse).
    Très beau récit que me parle que trop bien… Ne pas inciter, mais ne pas refuser ce qu’on nous offre. Et c’est si bon aussi l’interdit 😉

  4. Lune Rouge dit :

    Bon, ben, j’vais tenter de me reconcentrer et de bosser maintenant. (miam!)

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