Lardons

delicatessen

Tout a commencé sur un quai de métro de la ligne 2 un jour où j’étais en retard pour aller au boulot. Un mec s’approche de moi, me dit bonjour tout doucement, sourire gêné.

Moi, très délicatement : « Salut… mais on se connait ? »

Le mec, confus dans sa barbe : « Oui, on était à la même soirée hier… »

Ca me revient.

« Ah oui, on était aussi à la même teuf il y a 6 mois, non ? Tu t’es pris une droite, je me souviens. Tu t’appelles S., c’est ça ?
– Non, enfin si, je me suis pris une droite, mais je m’appelle V. »

Ca commençait bien.
On a pris le métro ensemble, passé quelques stations façon faut-se-parler-mais-de-quoi-?, et heureusement un week-end auquel nous allions tous les deux la semaine suivante nous a permis de conclure en beauté.

De conclure la discussion obligée, t’emballe pas.

Le mec était sympa et son air emprunté ne me laissait pas indifférente.

Et puis le fameux week-end arrive. Nos bagnoles se suivent, il dégueule gaiement, mais heureusement pas dans la caisse que je conduis.

J’ai rien contre les personnes qui vomissent en voiture hein, mais ça me déconcentre. Rapport que le bruit et l’odeur, même si cette expression est à jamais cachetée du sceau de la chiraquie.

Trente personnes dans une baraque, presque tout le monde se connait, bonne ambiance, sympathique bande très élargie.
Mais putain de bande d’hérétiques, figure-toi que ces gens que j’aime d’amour pour la plupart mettent des oignons dans la sauce carbonara.

Je sais, ça pique les yeux.

De lire ça, je veux dire.
Autant que de peler ces putains d’oignons.

Ouais, j’aime bien dire putain. Mes enfants aussi, du coup.

Ne te méprends pas : j’aime les oignons. Mais PAS avec les produits lactés. Et puis bordel de Dieu, il n’y a pas d’oignon dans la vraie carbonara, et je veux bien être écartelée si on me prouve le contraire.

Anybody body body ?

Je dis donc à l’orée du premier déjeuner samediesque que je me servirai des pâtes avant le grand mélange, z’inquiétez pas pour moi les gars.

Quelques minutes plus tard…

– « Tu aimes les lardons ? »

Damned, c’est l’homme du métro. Le timide, là. Qui me parle, en direct, d’un coup d’un seul.

– « Oui oui, j’adoooore les enfants d’ailleurs j’en veux 2 ou 3 voire 4 lardons, pourquoi ?
– Je fais une sauce pour toi, si tu veux.
– Non non non, t’embête pas, je vais mettre de la crème fraiche et du parmesan, ça sera parfait !
– Je peux te faire une sauce sans oignon, vraiment.
– Non non, je ne veux pas faire la relou de service…
– Tais-toi et roule un joint. »

Ce mec rocheux qui dégueule en bagnole m’intrigue.

Le week-end festif se passe sans encombre, V. me fait tourner tous ses spliffs alors que sa bande de potes n’est jamais loin, et contient difficilement son rire quand je fais la fofolle.

La drague façon taiseux.

Au retour, je m’arrange pour pécho son 06, lui envoie un sms gros-prétexte-mon-cul, persuadée qu’il me répondra dans un mois, comme me l’a assuré l’organisatrice du week-end, rapport que l’homme est plutôt du genre asocial.

M’en fous, j’ai le temps.

Mais il me répond. Le soir-même.

Et on cale un thé dès le lendemain, chez moi, vers 18 h.

Et le thé se transforme en dîner improvisé jusqu’à 4 du.

La GROSSE drague façon taiseux, quand même…

Sauf que cette fois, je me suis juré-promis-craché que je n’embrasserai pas la première.

Sérieux les mecs, j’en ai marre de mâcher le taf. Je sais que j’ai peu de barrières, mais à force, ça manque de ne pas être élue.

On se revoit tous les trois jours, il m’invite au restal, on fume des oinjs chez oim, jusqu’à pas d’heure, en se marrant et discutant, même si c’est clairement moi qui anime.

Rien.

On finit par aller au cinoche, puis chez moi, j’ai un oeil qui part à droite et l’autre qui part à gauche à force de bédave pour ne pas aller me coucher, puis je finis par capituler.

Je comprends qu’à ce rythme, on y est encore dans 8 piges.

Alors au moment de se claquer la bise, je dérape. Il se laisse faire. Tétanisé.

Il baragouine un truc du style « je ne suis pas très à l’aise », auquel je réponds qu’il ne s’agit que d’un bécot, relaaaax man.

Et on se quitte.

Le lendemain, on se retrouve en milieu de nuit après nos soirées respectives.

Et on baise.

Plutôt bien.

Des hauts, des bas, mais quand même de savoureuses cochoncetés.

Trois ans plus tard, j’accouche de mon premier lardon. Puis du deuxième, deux ans après.

Des hauts, des basbref, t’as suivi.

J’aime et j’adore ce mec, mais c’est pas simple.

Ca n’est pas un truisme que de prétendre qu’un caractère de cochon et une… bon enfin t’as compris, ça étincelle parfois. Dans les deux sens du terme.

Huit ans plus tard, il est possible que tout ça se termine en eau de boudin.

Triste. On verrat* bien.

* Jean Bloguin, humoriste !**
** Trop de pas-de-temps tue ce blog, je sais… mais promis, bientôt je retrouve mon modjo. 

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12 commentaires pour Lardons

  1. zoumpapa dit :

    Ouche…solide creux de vague? kusjes.

  2. zut dit :

    Allez, courage.La vie est un long fleuve tranquille.
    Enfin pour certains. Pas nous semble-t-il !

  3. Gawel dit :

    Ha, j’ai cru que tu avais rencontré un nouveau taiseux, récemment.
    Et je me disais que dis donc, t’avais beaucoup de temps libre pour être aussi occupée, ça explique à quel point tu n’en trouves pas pour ce blog (et encore, t’inquiète, même si je ne trouve plus le temps de commenter – échéance dans 2 jours – je lis, je lis !) ;-))

    Courage (et bravo pour la métaphore « filet »), ça m’en a bouché un groin.

  4. Heimdall dit :

    Un bon ciment ne fait pas toujours un bon mur même s’il le fortifie. Les briques qu’on place importent tout autant 😉

  5. Judie K dit :

    Je ne m’attendais pas à ce que tu parles de ton mec. Vu d’ici j’ai vraiment l’impression que tu fais tout le boulot. Courage J-40. Si tu veux en parler en off, je peux t’écouter (ou plutôt te lire).

  6. Volubilis dit :

    ‘tain, après quelques paragraphes, je concevais un commentaire dans ma tête du genre « mais laisse béton ! » et puis bon, ok, t’as clairement pas laissé béton, je suppute donc un tas d’autres trucs qui ont fait pencher la balance quand même… Est-ce qu’ils comptent encore, ces trucs-là ?

  7. Perso, je suis plutôt pour la cuisine non dogmatique (ou hérétique, si tu préfères).
    Par exemple, je mets du fromage dans la quiche lorraine. De préférence du parmesan (pas très lorrain, comme fromage, on est d’accord).
    Et donc, parfois des oignons – voire des échalotes – dans la carbo. Je mets aussi du paprika (je trouve que ça donne une jolie couleur) et/ou du piment d’espelette.

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