Foi, contours et jugement hâtif

Culotte

Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, j’ai des convictions tenaces sur certains sujets.

Je défends ardemment ma position intellectuelle sur, en vrac et entre autres, l’exigence de fidélité, les verrous qui peuvent sauter sans qu’on n’ait rien vu venir, les aléas de l’envie de maternité, et la propriété de corps.

Ne va pas croire que c’est simple : expliquer au monde que cette meuf n’est pas une salope parce qu’elle couche avec un homme marié, que ce mec n’est pas un connard parce qu’il envoie d’autres femmes au 7e ciel, que cette fille ne baise pas n’importe-quand-avec-n’importe-qui mais bien quand-elle-veut-avec-qui-elle-veut, que quiconque a bien le droit d’être rongé par la jalousie mais pas d’en rendre responsable les autres… expliquer tout ça au monde crible mon gros orteil de balles de 22 long rifle régulièrement.

Rapport que si je dis ça c’est que je suis un peu Satan, quand même. Ou un de ses suppôts, au moins. En tous les cas une fille dont il faut se méfier, on sait jamais.

Je te raconte ça à toi, mais je me doute que tu es ptet un peu sheitan dans l’âme, toi aussi. Puisque tu me lis. En tous les cas conscient que la sheitanerie existe plus qu’on ne veut bien se l’avouer. Peut-être même en toi, bien calée au fond, tu sais, la pulsion que tu ne laisses entrevoir que quand tu es à une teuf sans ta meuf mais avec quelques grammes d’alcool dans ce sang que tu te ferais bien sucer par la petite pépée au sourire coquin et à l’aura de jolie vamp, sacrifiée sur l’autel de l’hypocrisie.

Mais tu es 100 à tout casser, et même si tu es convaincu par la justesse de ma lutte, ça fait pas bézèf sur les 7 milliards d’êtres humains.

Oui, je suis ambitieuse sur ce point.

Là où le bas blesse, c’est qu’alors que ces convictions sont ancrées très fortement en moi – autant que mon athéisme qui est si indéniable qu’il en devient presque religieux -, et alors que la malhonnêteté intellectuelle – globalement mais encore plus sur ce sujet – me hérisse le poil que je n’ai pas, la moindre critique sur ma conduite, que je rêve irréprochable en vain, me déstabilise complètement.

Genre nausées, pleurs et stupéfaction.

Je n’arrive pas à connecter le cerveau convaincu et les tripes pétries de culpabilité, toute illégitime fut-elle.

Récemment une amie chère, de très longue date, a résumé une situation passée, complexe et douloureuse, somme de malentendus entre deux personnes qui s’aiment, par un lapidaire « Retiens ta culotte, R. ! ».

Et ça m’a profondément blessée.

Surtout que ladite situation, qui ne la concernait pas et dans laquelle j’estime n’avoir rien fait de mal même si j’ai déploré que ça fasse du mal indépendamment de ma volonté, avait été résolue par les protagonistes depuis plusieurs mois déjà, et que même si les petites entailles étaient toujours dans un coin des cortex, l’amour et la bienveillance avaient triomphé.

Le pire a été de découvrir au bout de 6 mois que cette impression de friture sur la ligne que je tentais de raisonner était vérifiée : mon amie avait pris parti alors que ça n’était pas nécessaire, se contentant d’un unique point de vue, sans m’écouter sur la façon dont j’avais pu, moi, vivre les choses.

Ca m’a sérieusement ébranlée.

D’autant plus qu’il m’était arrivé sensiblement la même chose l’année passée, sauf que cette fois c’était sur la base d’une rumeur : comprendre avec 8 trains de retard que des personnes que j’aime profondément s’étaient éloignées de moi temporairement sans m’offrir de tribune, sur un sujet toujours en rapport avec la bagatelle.

Call me Lucifer.

Les deux fois, j’ai eu l’impression de me prendre un crochet cassiusclayesque dans la tronche, et qu’une main broyait tout ce que mon ventre compte d’organes.

Au point de me dire qu’il fallait que je redéfinisse mes contours.
Que je me protège plus, peut-être même de mes amis. Que j’arrête de me jeter sur les barbelés au nom d’un idéal foireux non pas dans son essence – je reste sur mes convictions – mais parce qu’impossible. Que je capitule et cesse d’apparaître telle que je suis pour céder la place à une femme plus conforme.

Dans ce « Retiens ta culotte ! » résonnait tout ce que je reproche au Monde sur ce sujet : l’absence de subtilité dans la perception des choses.

Le jugement hâtif.

Satan

T’inquiète pas, hein, j’ai régulièrement cette crise aigüe de confiance en moi broyée, ça va me passer. Et vu comme j’aime mes amis, qui sont globalement formidables, toutes mes bonnes résolutions d’ultra-protection – nécessaire ou non – vont s’évaporer au moindre sourire. T’façons je sais pas faire. Je crois que je préfère un KO technique ponctuel – tout destructeur fut-il – à un blindage permanent. A tort ou à raison…

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24 commentaires pour Foi, contours et jugement hâtif

  1. oui, mieux vaut se prendre une claque de temps en temps et vibrer de toutes ses émotions, youpi! je ne connais pas les détails de tes affaires, mais dans ta conclusion je me retrouve grandement 🙂

    • R. dit :

      Give me five ! 😉

      • En tous cas j’aurais eu du mal à supporter le « retiens ta culotte » quelle que soit la situation!… Je fais ce que je veux avec mes cheveux, non mais. Il faut s’accepter tel que l’on est, j’ai été qualifié de chaudasse plus d’une fois; ça ne pose aucun problème, faut bien s’amuser dans la vie en plus c’est gratuit! Bon je ne m’aventurerai pas comme toi à raconter mes aventures sexo-érotico-sentimentalo-et-j-en passe sur la toile (et pourtant j’ai de la matière, si je puis dire…), toi tu profites d’un anonymat qui te rends davantage libre sur la question… Et je me délecte de tes récits palpitants, sexcitants! Enfin tout ça pour dire vive le sexe quoi, je l’assume en public, na! 😉

  2. zut dit :

    Ah bon, sucer c’est tromper ?

  3. Judie K dit :

    On ne peut pas se forcer à être ce qu’on n’est pas.
    Et en passant, tu sais j’adore ton écriture.

    • R. dit :

      Merci Judie.
      Et je sais bien qu’on ne peut pas changer qui on est. Mais je me demande s’il ne faut pas que j’arrête de montrer au grand jour qui je suis, de lutter à visage découvert. Parfois je songe à faire semblant de rentrer dans le moule et à faire mes trucs en loucedé.
      Et puis je me rends compte dans la foulée que ma culpabilité serait encore plus grande…

  4. audren dit :

    Cette hâte à juger, à condamner la séductrice à la lapidation sociale en tant que coupable des tourments du couple de son amant (pourtant majeur et vacciné), ma femme l’a durement ressentie, de la part d’amis qui se prétendent pourtant en couple libre. Le pire étant le dernier degré d’hypocrisie de la tournure employée : « on ne te juge pas, mais tu comprends, on préfère prendre nos distances ». Perso, je préférerais presque la remarque sur la culotte, au moins ça peut passer pour une boutade.

  5. MINNER dit :

    Hum, sujet délicat. je participe peu en commentaire à tes écrits même si j’ai eu l’occasion de t’écrire combien j’aimais ton blogs et tes textes. je te lis toujours avec plaisir. Jugement, culpabilité, franchise…voilà des sujets bien sérieux…Même si je suis marié depuis longtemps, j’ai BESOIN de m’égarer dans des rencontres différentes, autres…Mais comme je n’assume pas, je le fais en loucedé…Et ce n’est pas très satisfaisant franchement !
    Mais j’arrive toujours à me regarder dans la glace le matin, sans me couper… et ça reste l’essentiel…mais C pas si facile…

    • audren dit :

      C’est tellement libérateur en version assumée. On a encore un peu le poids de la culture ambiante (cf. commentaire précédent) mais au moins on n’a plus le poids de son propre regard ni l’épée de damoclès de celui du conjoint. Perso, ma femme a fait le pari de la crémière (enfin, je l’ai un peu aidée), et elle a gagné son pari.

  6. Fabien dit :

    ha je te comprends bien, je suis un peu dans le même cas que toi 😦 étant quelque peu « original » et d’une façon général « à contre courant »…

    Je vois ça comme le besoin des gens de « mettre leur haine quelque part » comme dit la chanson (en fait focaliser une forme « d’agressivité » sur quelqu’un ou quelque chose..) Chez les Bonobos, des singes très proches de nous, il y a quelque chose de semblable (sous forme de caricature) :

    l’organisation sociale des bonobos en captivité présente une autre particularité. La paix du groupe est également maintenue par l’existence d’un bouc émissaire (ou pharmakos). Lorsqu’un groupe de chercheurs a retiré un bonobo blessé et frappé par les autres membres du groupe, une accentuation de la violence et une baisse de la sexualité ont pu être remarquées. A contrario, lorsque ce dernier fut ré-intégré au groupe, la paix du groupe fut ré-instaurée.

    C’est la même chose chez nous et c’est presque idiot de rappeler a quel points les humains (essentiellement a cause de leurs refus d’accepter le « fonctionnement de base de leurs sensations« ) ont « besoin » de s’opposer plus ou moins violemment (selon leurs besoins) dans la haine, l’agressivité ou les reproches simplement, les uns aux autres en formant des groupes partageant les mêmes idées et/ou envies.

    Il est intéressant aussi de noter que celui qui, au lieux de vivre « heureux et caché » dans sa « différence » (que nous avons tous quelque part 😉 ) et qui se met ouvertement « contre » les autres en cherchant presque la bagarre à la limite (ou les embrouilles ha ha 😉 ), en ne se cachant pas par exemple, ou en exposant ouvertement des idées « notablement à contre courant », « profite » de la souffrance qu’il endure à cause de la réaction agressive des autres pour se rééquilibrer également !.. (dans un « mode » plutôt masochisme par contre.. 😉 )

    • R. dit :

      Dans ce cas précis, il ne s’agissait pas de haine. Mes amis n’ont aucune malveillance à mon endroit. Je dirais plus qu’ils ont « cédé à la facilité » en ne prenant pas le soin d’écouter ce que j’avais à dire et en jugeant un peu trop vite.
      Après, la haine que ce genre de discours peut engendrer, oui, je l’ai connue : mais ça n’était pas des amis.

      • MINNER dit :

        Personne n’aime être déçu par ses amis…
        Mais ne décevons-nous pas nos amis en essayant d’afficher notre liberté ?
        Hum, le bac philo est déjà passé non ?
        J’ai lu le texte d’Audren sur « le pari de la crémière »…Ca reste un pari…Dans lequel il y a toujours un gagnant…et un perdant non ? Je n’aime pas les paris…

        • audren dit :

          C’est un pari avec soi-même. Le seul gagnant ou perdant, c’est toi-même. Et ne pas faire le choix de façon volontaire, c’est déjà prendre un pari (croiser les doigts en espérant que ça passe).

      • Fabien dit :

        arf comme j’ai changé de mail je n’avais pas vu ton commentaire…

        je parlais de haine pour citer de façon exhaustive toute les formes de « peines » du groupe « agressivité » mais bien sur dans le cadre de l’amitié ça prend des formes bien plus subtiles et surtout plus légères (sinon l’amitié n’y résisterait pas..) Par exemple de simples reproches, des remarques, des pics, des moqueries.. mais qui peuvent quand même faire mal (comme apparemment dans ton cas)… Et ça fait le boulot : quand on « juge » (ou critique) quelqu’un « durement » (même un ami, souvent soi disant pour son bien) on est dans un état apparenté au groupe des « sensations désagréables », à la « peine », et c’est donc une (« bonne » !!) occasion d’en focaliser une partie sur « quelque chose ».

  7. L'Onirique dit :

    Tu dis que si tu le faisais en loucedé tu culpabiliserais. Est ce que dans ta défense si vive de l’adultère etc..il n’y a pas un peu de ça, de déculpabilisation?

    perso, je ne défends rien d’autres que la tolérance, un peu d’indulgence ou en tout cas de questionnement. je n’ai jamais eu envie de défendre un modèle quelque soit le dit modèle (couple libre, pas trop d’emprise, la méga sexualité ou que sais je encore..) donc je ne connais pas tout à fait ton problème. quand mes amis ont des a priori, je leur dis ce que je pense, comment je vis ou vois les choses d’individu à individu pas avec des concepts, pas en parlant de quelqu’un d’autre (j’en sais rien pourquoi le copain de Machine n’arrête pas de la tromper.. je peux faire des suppositions mais pas le condamner ou le défendre)
    ça passe mieux. (je crois..)

    après oui, il y a des amis, je crois qui seront toujours à côté de la plaque les choses..parce qu’ils voient avec leur propre filtre et que ce filtre est trop opposé au nôtre pour qu’ils comprennent.
    soit c’est momentané, soit c’est..comme ça. après on fait avec ou pas.
    en clair ce que je veux te dire c’est que des fois on a des révélations… l’ami(e) n’a pas vraiment de quoi être notre ami(e) simplement parce qu’on a pas…les mêmes valeurs.

    • R. dit :

      Chère Onirique, tu te méprends sur mon discours : je ne dis pas du tout « vive l’adultère ! ». Je pense même que l’idéal c’est la fidélité. Beaucoup plus simple et moins risqué émotionnellement pour tout le monde.
      L’idéal c’est la fidélité absolue quand on la vit bien.
      La seule chose que je dis, c’est que quand on ne la vit pas bien, quelque soit la cause du malaise, on peut envisager d’autres voies. Je dis aussi que ceux et celles qui envisagent ces voies ne sont pas pour autant de machiavéliques profiteurs qui adorent faire du mal aux autres.
      Donc je ne défends pas untel qui trompe tout le temps machin. J’analyse la situation. Et s’il apparait qu’il aime machin, le respecte, essaye de ne pas lui faire du mal mais essaye aussi de ne pas trop se couper de lui-même et de ce qui est nécessaire à son équilibre, alors je l’accepte. Et je le défends si on l’attaque. Surtout si ceux et celles qui l’attaquent sont bien moins irréprochables qu’ils semblent le penser.

  8. Tomas dit :

    Et tu sais quoi ? Les certitudes, elles ne font que s’effriter avec l’âge…pour ne plus former qu’un magma inconséquent d’idées contradictoires… Quant aux principes…

  9. Sky dit :

    Une dernière pour la route… 🙂

    « Je crois que je préfère un KO technique ponctuel – tout destructeur fut-il – à un blindage permanent. A tort ou à raison… »

    A raison. Le blindage permanent ça pourrit la vie pour un résultat de mer*** On aimerait pouvoir éviter la souffrance, mais c’est illusoire et le blindage n’est qu’une apparence. J’aime bien dire que je suis une bonne pâte, c’est mou la pâte, ça absorbe les coups, ça casse pas… allez y frappez !!! 😉

    Je pense que la douleur, puisqu’elle fait partie de la vie, il faut surtout essayer de l’apprivoiser : tu lui ouvres les bras, tu l’absorbes, tu la digères comme si c’était de la nourriture en assimilant ce que ça peut t’apporter de « bon » -qui te rend meilleur et plus fort- et en rejetant les déchets…

    Bonnes vacances…

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