Badaboum

Chaise

Bon, t’as remarqué, je ne suis pas très prolixe ces derniers temps.

Boulot de malade, je paye cher mes trois semaines de vacances non remplacée et je ne vois ni la fin de l’épongeage, ni la lumière au bout du tunnel. L’avantage – non négligeable en ces temps d’eaux troubles -, c’est que ça m’évite de trop penser, au moins entre 9 heures et 19 heures. Et aussi que j’existe enfin dans cette équipe que j’ai eu un putain de mal à apprivoiser, faut dire que je n’ai pas commencé sous les meilleurs auspices. A mon retour de congé, j’ai été plus que bien accueillie, rapport qu’il parait que je suis appréciée par tout le monde sans oublier que j’ai plus de talents qu’ils ne le pensaient à la base. Bsa’htek ça fait plaisir !

Oui, j’aime bien qu’on m’aime.

Je dirais même plus : j’ai besoin qu’on m’aime.

Pas « tout le monde », hein. Les gens dont j’ai rien à foutre peuvent bien aller se faire foutre ou même me chercher des noises, ils me trouveront assez vite. Façon pittbull corse au coeur de pierre.

Les gens dont j’ai rien à foutre mais qui sont gentils basculent très vite dans la catégorie des gens dont j’ai pas rien à foutre.

Les gens que j’aime ou que je suis amenée à côtoyer quotidiennement, ceux-là, oui, j’ai besoin qu’ils m’aiment. Un peu.

Mais je savais que ces collègues, je les aurai à l’usure. Que j’étais plus utile, sympa et rock’n’roll qu’ils ne l’imaginaient et que la nature de mon poste imposerait des liens qui les étonneraient.

Mission accomplie.

Cool !

Mais uniquement celle-la, parce qu’autant te dire que côté jardin, c’est la foirade totale.

Badaboum !, par exemple, c’est le bruit que j’ai entendu dans ma tête quand je suis tombée de ma chaise imaginaire, hier.

Je te la fais courte (pisquejétrodeboulot), mais le père de mes enfants dont je n’arrête pas de dire que je l’aime profondément a décidé de faire en sorte que je l’aime un peu moins profondément.

Comme je suis une putain de catho qui s’ignore, en tous les cas sur le thème aime-ton-prochain-et-surtout-n-oublie-pas-de-tendre-l’autre-joue-même-si-t-as-plus-de-dents, bien évidemment que ça ne va pas marcher. Que je vais continuer à vouloir l’aimer, le respecter et lui parler. Au bout du compte.

Mais là-tout-de-suite-maintenant, autant te dire que je suis colère. Et aussi déception. Et même amertume. La résultante de tout cela commence par « in » et finit par « somnie ». Au pluriel, d’ailleurs, sinon c’est pas drôle.

En même temps, je suis quand même une vraie connasse (ou une idiote, le regard disait tantôt l’un tantôt l’autre) de ne pas faire l’effort de rester avec lui. Du coup à cause de moi, il se retrouve chez ses vieux sans le sous. Et puis il ne va pas imposer nos enfants à ses parents, je devrais comprendre qu’ils souhaitent être tranquilles chez eux moi qui aime tant être chez moi au point de lui demander de partir.

« …………………………….. »

Bon enfin, que je me rassure, il me « dépannera » quand j’en aurai besoin.

« …………………………….. » bis

Moi qui croyais bêtement que le week-end sur deux était une évidence. Cependant, il ne voit aucun inconvénient à venir garder les petits chez moi. Ouf.
Et BIEN ENTENDU, il va faire en sorte que sa situation change. De pouvoir accueillir ses enfants dans un foyer correct et d’être en mesure de me filer un peu de ronds. Mais il faut que je comprenne que ça va être long.

« …………………………….. » ter

J’ai bredouillé dans ma tête un truc du genre « l’expérience a montré que… », mais je me suis abstenue.
Il m’a parlé HLM et j’ai visualisé les piles de dossiers et les années d’attente. Après j’ai vu mes fils chaussant du 44, révisant leur bac en fumant des clopes et me dépassant d’une tête, alors j’ai arrêté de penser.

T’façons je suis baisée : c’est comme ça et pas autrement. Je n’ai rien à lui reprocher (parce qu’il souffre suffisamment comme ça merci), mais lui a le droit de me détester (parce qu’il souffre suffisamment comme ça merci).

Et déclarer la guerre, ça serait me tirer une balle dans le pied et flinguer mes enfants dans la foulée.

Et puis c’est pas mon genre. Et j’ai même pas envie. Même si ça me chatouille parfois, fugacement. Ce qui me déprime encore plus : JE NE VEUX PAS DE CA.

Le pire c’est qu’il y a eu des moments où on s’est marré pendant cette discussion ubuesque. De quoi être déstabilisée.

Bref, il faut que je digère, mais là pour le moment j’ai mal au bide.

A un moment il m’a dit qu’il serait, qu’il était « solidaire et bienveillant », comme je l’espérais. Ca m’a un peu rassurée.

Mais en même temps, il faisait semblant de me tirer dessus avec un des flingues en plastoc de nos mômes.

Je ne sais pas comment je dois le prendre…

Dans les faits, il montre un peu de bonne volonté et s’est engagé à faire de son mieux, ainsi qu’à me filer un peu de thune. Mais le ton de la discussion et le petit mime final, ça m’a flinguée, si j’ose dire.

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22 commentaires pour Badaboum

  1. Sir John dit :

    OK.
    Et maintenant imaginons que vous vivez avec un Autre. Une semaine sur deux chez lui, l’Autre.
    Il fait comment l’artiste pour assumer-les-gosses-qu’il-a-fait-alors-qu’il-avait-plus-15-ans-merde-quoi?
    Comme tout le monde : il se démerde!!!!!

    B’soir!

    S.J.

  2. Cath dit :

    … no comment …

  3. zoumpapa dit :

    Normal de culpabiliser, l’inverse serait inquiétant (contexte dramatique,…).
    Bon, Msieur va devoir trouver un job (c’est pour ça le coup du flingue)
    Bises

  4. jo dit :

    Hello, ça fait longtemps que je ne t’ai lue…badaboum effectivement.
    Je ne te dis qu’une chose « on est beaucoup à t’aimer », dont moi bien sûr !
    Bisous au pluriel, n’hésite pas à venir prendre l’air par chez nous !!!

  5. oui moi aussi je t’aiiiiime, même si l’on ne se voit pas, toutes mes vieilles branches de cops sont dans mon coeur! courage pour ces épreuves dont tu ressortiras grandie… facile à dire je sais. je suis avec toi!

  6. dit :

    « …………… » aussi

  7. Sky dit :

    Situation compliquée ! Mais bon, je n’ai pas vu une seule séparation où ce n’était pas le cas… généralement « à cause » des gosses… (quand il n’y a pas d’enfants la rupture est généralement limpide)
    Bon courage à vous tous.

    PS : Qui n’aime pas être aimé… ? 😉

  8. Vio dit :

    Bisous ma belle!
    Une meuf qui t’aime 😉

  9. Judie K dit :

    Qu’est-ce que tu es forte et qu’est-ce que tu écris bien !
    Bon courage.

  10. Fabien dit :

    On parle de « consommer » un mariage, dans la « jouissance » donc, et j’ai noté d’une certaine façon, (et peut-être est-ce seulement mon cas..) qu’il fallait « consommer » une séparation, c’est a dire à l’opposé que ça « chie » un peu… 😦 Je me disais que c’était con de passer par là, à chaque fois, pourquoi ne pas rester bons amis, bien s’entendre et tout !?.. on est bien dans le meilleur des mondes nan ou merde ?

    Et puis finalement j’ai fini par remarquer que ça avait une certaine « fonctionnalité », ça reste con mais ça sert a quelque chose de mettre l’amour qu’on avait à « l’envers », de se haïr un peu, pour ramener tout « ça » a « zéro », pour de vrai, oublier vraiment la personne, tourner la page pour de bon 😐 changer de bouquin même j’ai envie de dire..

  11. Da dit :

    Va falloir être un peu moins « catholique », mais pas trop…

  12. volubilx dit :

    Ouais, change de bouquin ! D’où il faudrait continuer à aimer des abrutis aussi épais que celui-là ? J’en reviens pas de la gentillesse (bêtise) que tu développes après avoir entendu des conneries pareilles ! Réveille-toi ! Celles qui se sont faites baiser, ce sont celles « qui ne voulaient pas de ça », le plus gros risque que tu prends en l’obligeant à prendre ses responsabilités, c’est qu’il les prenne ! Et tu culpabilises de lui laisser enfin la chance d’assurer un chouïa, genre « mère qui déserte », c’est craignos.

    C’est pas question que ce soit la guerre ou pas, comment ça, c’est faire la guerre de demander à un père de s’occuper de ses mômes ?

    Stop ! Pouce ! Pause ! Profite que t’es tombée de ta chaise pour ne pas y remonter pliiiiize !

    • R. dit :

      « Mère qui déserte », seriously ?
      Je comprends bien tout ce que tu dis, mais j’ai plus l’impression d’être au front qu’en pleine désertion. Et pour l’instant, j’en suis encore à croire que le risque est gros. Pour moi, pour lui, pour eux. Je connais ma nature, mon état, mes in-capacités et mes failles nombreuses. Il n’est pas dit pour autant que je serai indéfiniment otage de son positionnement. Il faut juste que j’arrive à trouver le mien et à m’y tenir. Pour l’instant je manque de ressources. Je suis sous le choc du revirement de situation.

      • volubilx dit :

        J’ai cru que tu culpabilisais… évidemment que tu ne désertes pas, ne le laisse pas te le faire croire. Mettons que j’y sois allé un peu fort et que je parle pour moi alors.

        Je crois que sa façon de te prendre en otage est essentiellement défensif, ce devrait être passager, tu as raison de le penser. Faudrait vraiment pas que ça dure. Tu ne veux « pas de ça », mais comment t’en défendre s’il en use ?

        Quand tu parles de ressources, tu penses à des aides extérieures pour pallier à son absence ? Ou de moyens de lui faire ouvrir les yeux sur ses responsabilités ?

        • volubilx dit :

          Ma phrase était pas forcément claire… le fait de mettre dans les mains du père ses responsabilités à lui nous donne l’impression à nous, et rien que l’impression, que nous désertons, tant nous avons déployer d’énergie jusque là pour assurer. Je ne t’accusais surtout pas de déserter !

          Bises et pensées fortes.

        • R. dit :

          Non, je parle de ressources intérieures, trouver la force de ne pas être blessée et me concentrer sur l’essentiel : nos petits.
          Bises fortes à toi aussi, madame Volu. 🙂

          • volubilx dit :

            J’m’excuse, faut que je morde, mais ça n’allait pas contre toi ma chérie…

            C’est en effet extrêmement blessant, mais ça doit te conforter dans ta décision aussi. J’ai tellement peur de retomber dans les faiblesses qui nous ont amené là. On accepte trop de choses, des choses inacceptables.

            Allez, trois salutations au soleil et 24 respirations alternées dans chaque narine. Peace.

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