Quatre-vingt-huit

baobab

Toi et moi, on s’est beaucoup cherchés il y a une dizaine d’années. On s’est même trouvés, un jour, alors qu’on ne pensait pas que ça arriverait.

Ca nous avait fait du bien à l’un comme à l’autre, pas du tout pour les mêmes raisons – il faut dire que nous n’étions pas vraiment dans la même situation -, et notre amitié s’en était trouvée plus belle, plus forte, plus profonde.

Nous sommes restés en contact pendant toutes ces années, de loin en loin, malgré les changements de boulot, les amours, les chagrins, les bonheurs, les déménagements, les enfants, les ruptures, la fatigue… toujours en tout bien tout honneur, malgré notre joli souvenir.

Et un jour, plus ou moins récemment, à un moment où j’étais redevenue disponible, tu as subitement et savoureusement saupoudré à nouveau nos échanges d’un soupçon d’ambiguïté.

Je dois dire que j’étais assez perdue dans mon brouillard, mélange de conviction et de désespoir, et si tu n’avais pas été toi, homme connu à la bienveillance éprouvée, je me serais probablement recroquevillée.

Il t’a suffit d’un mot pour instiller une petite confusion dans mon rapport à toi. Une phrase pour amorcer, réamorcer l’envie de me plaquer contre toi. Pour faire quoi, je ne sais pas, je suis toujours assez floue dans ces cas-là.

Mais la graine était plantée dans mon cortex, d’autant plus que tu me laissais le champ des infinis possibles. Tu as le talent de ne jamais me mettre la pression, et c’est ainsi que les chances se multiplient.

Et puis un jour où tu me savais sensible – on s’était vus la veille et tu reconnais entre mille mon rose aux joues et mon sourire en coin -, tu m’as envoyé un message plus précis, plus frontal, plus explicite.

Décidément, tu me connais…

Je me souviens avoir ressenti une immense chaleur au creux de mon corps, et avoir eu comme des fourmis dans les orteils.

Les aléas de nos emplois du temps ne nous ont pas permis de transformer l’essai. J’ai passé deux jours à bouillir intérieurement, non pas de colère, mais de frustration… plus aucun doute, la petite graine d’envie s’était muée en baobab.

J’ai laissé la pleine lune s’affiner, mon pelage de loup garou s’estomper, j’ai repris forme humaine et surtout le contrôle de mes pensées.

Mais ma petite musique intérieure ne perd jamais réellement son tempo, et roule toujours vers son Da capo.

La louve est revenue en moi se lover.

Et tu avais toujours envie de l’entendre ronronner.

Là ça n’était plus nos emplois du temps qui coinçaient, mais trouver le lieu qui accueillerait notre tendresse-et-plus-si-affinité.

Alors je me suis rappelé cette pub que j’avais reçue et qui m’avait interpellée.

25 euros pour une heure.

Centre de Paris.

J’ai proposé l’air d’en rire, et tu n’as pas hésité une seconde.

On s’est donné rendez-vous au coin de la rue, claqué la grosse bise en se marrant, puis on s’est dirigé vers le 88.

On s’est retrouvés au milieu d’un sex-shop et heureusement on était suffisamment détendus parce qu’on ne l’avait pas du tout prévu : je ne pensais pas que les love hotels avaient pour vestibule un supermarché du porno.

Même si, D’ACCORD, ça semble un peu logique.

Tu as choisi le thème qui t’inspirait – psychédélique -, et on s’est enfermés dans ce petit espace de quelques mètres carrés.

Debout face à face, tu m’as souris. Moi aussi.

Tu as caressé mon cou, mon épaule, et nos nombrils se sont emmêlés.

Nos lèvres se sont happées, d’abord timidement, puis plus fiévreusement.

Ma main a tracé son chemin, roulant sur ta peau.

J’ai dénoué ta cravate, puis un bouton de ta chemise, celui du haut.

Le deuxième, le troisième, le dernier qui se dégrafe et le tissu qui dégringole.

Nos vêtements qui tombent un à un alors que je te sens revivre d’être regardé avec des étincelles.

Ta main en moi, toi dans ma main, ton émotion qui grandit, durcit.

Ton sexe qui m’appelle, ma bouche qui l’ensorcelle.

J’adore t’entendre me dire à quel point c’est exquis, sentir tes doigts qui filent dans mes cheveux, s’emmêlant dans tous mes noeuds.

Tu me relèves, voudrais me rendre la pareil, mais l’impatience m’habite, je suis dans la hâte, l’urgence de me connecter à toi de la façon la plus ancestrale.

Alors je te bascule sur le lit, les circonvolutions psychédéliques qui se reflètent dans tes iris azur dilatent tes pupilles. J’avance pas à pas, lionne à quatre pattes, baise ton aine, ton sexe, ton ventre, ton torse. Je m’humidifie, me redresse, te saisis. Je nous branche.

Tu gémis.

J’ondule, mes yeux plantés dans les tiens.

Tu ris. Moi aussi.

Je balance, contracte, détraque.

Je m’accroupis pour me donner plus d’amplitude, de rebondi.

Plus de pouvoir.

Je joue, remonte, taquine, focalise.

Tu vocalises.

Je pivote t’offrant à voir le roulis de mes vertèbres. Genoux divergents, je suis ainsi ouverte et ma main peut se noyer dans tous mes replis.

Toujours en suspens, c’est dorénavant toi qui bats la mesure, tes hanches qui font résonner toute la grâce de mes rondes pommes.

Et ce rythme me fait grimper, fait éclore une vague chaude et diffuse, qui s’intensifie à chaque contact au fond de moi. Le plaisir se précise, l’orgasme prend forme…

J’explose.

Tu m’attires à toi, me broies, me bascules sur le côté.

Tu me coinces, jambes serrées, tes mains agrippées l’une à ma hanche, l’autre à ma cuisse, et tu me regardes te regarder.

Alors je te souris.

Tu fermes les yeux. Tu swingues.

Et tu jouis.

Après, on s’est évidemment quittés bons copains, avec l’envie indéniable de revenir un jour faire un grand huit à l’allure d’infini au quatre-vingt-huit.

Cet article a été publié dans Du sexe. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Quatre-vingt-huit

  1. Sir John dit :

    Vous avez réellement un style. Le R’Style!!
    Cheers,
    S.J.

  2. Judie K dit :

    Qu’est ce que c’est bien écrit… qu’est-ce que c’est bien de te lire…

  3. R. dit :

    Hé hé, merci… Mais je le bosse, mon style, hein ! 🙂

  4. Alabama dit :

    oui c’est du bon 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s