Panne sèche

Metropolisson-Janol-Apin-Metro-Abbesses-

Bordel, ça fait longtemps.

Longtemps que je n’ai rien raconté, d’intense ou d’insignifiant.

Même pas un petit truc drôle.

Il faut dire que la vie file à toute allure, quasi monotone tant elle se répète, même si elle mue, infimement.

Métro, boulot, marmots, dodo.

Marmots qui poussent lentement mais surement, vecteurs de l’assurance que le futur ne sera ni comme hier ni comme aujourd’hui.

Mais en attendant, les semaines passent, sans hauts, sans bas, et avec peu de temps libre. J’ai l’impression de trimballer ma fatigue en bandoulière, incapable de ne pas m’effondrer à 22h48, même les quelques nuits sans enfants.

Je vais plutôt bien, en tous les cas pas mal, et même si je me sens encore fragile – peu de choses suffisent à m’accabler -, c’est comme si j’étais en pause.

Pause émotionnelle.

Pas de sensations fortes, une libido à peine chatouillée les quelques jours pendant lesquels mes joueuses hormones me portent, une sorte d’accalmie nécessaire, doux pansement sur ces trois dernières années complexes et riches en montagnes russes.

Je suis toute cotonneuse du cerveau.

Ralentie.

Du coup ce sont les angoisses logistiques qui prennent le dessus : pour la première fois de ma vie, je me mets à paniquer régulièrement sur l’argent. Non pas que j’en manque cruellement au quotidien – même si je ne roule pas du tout sur l’or, j’ai conscience d’être mieux placée qu’un trop grand nombre de personnes, y compris autour de moi -, mais une convergence d’événements provoque au même moment nette diminution de mes revenus ET augmentation substantielle de mes dépenses. Genre collision galère. J’aurais préféré le contraire… Du coup, la perspective de vacances d’été désargentée m’inquiète.

Faut bien se trouver un os à ronger…

J’ai décidé d’arrêter d’y penser et d’aviser plus tard.

Bref, cette vie tiède ne me donne pas grand-chose à raconter, et je me sens comme en panne sèche d’inspiration.

Je pourrais bien disserter sur mon grand qui me réveille 10 fois par nuit en ce moment, pleurant sa douleur stomacale, se tortillant comme si une main tenaillait ses boyaux, alors qu’il pète le feu la journée. Ca plus l’eczéma qui s’est résorbé quasi totalement le jour du rendez-vous chez le médecin (avant le traitement, donc, devenu caduc) et ses nouveaux pleurs sourds le matin quand je le quitte à l’école. Alors qu’il a l’air d’aller bien, d’être plutôt heureux. Et quand je lui demande s’il a des inquiétudes particulières ou des questions à poser, il me regarde l’air étonné.

Ca m’interroge beaucoup, je vais ptet même essayer de trouver des solutions, des explications, mais de là à écrire un truc intéressant sur le sujet ?

La vérité, tout le monde se carre des éventuelles angoisses de mon fiston. Et c’est bien normal.

Je pourrais aussi vanter ce livre qui ne payait pas de mine et que j’ai finalement dévoré, Les Âmes captives, de Clara Salaman. Mais ça fait feignasse. Et puis je ne l’ai terminé qu’hier, et je suis encore toute remuée par l’histoire, tragique, racontée si subtilement, qui ne tombe jamais dans cette fichue binarité que je reproche tant au monde. Sans compter que la trame est tellement imprévisible, et ce jusqu’à la dernière ligne, que je craindrais de révéler des choses qu’il vaut mieux découvrir soi-même.

Alors ce que je vais faire, c’est revenir quand j’aurai un truc à dire.

En tâchant de me souvenir qu’au même titre que faire l’amour donne envie de faire l’amour, c’est en écrivant qu’on reprend goût à écrire.

A très vite.

métro

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12 commentaires pour Panne sèche

  1. zoumpapa dit :

    ben ouais, et comme t’écris bien (je ne sais pas combien de temps tu cogites par construction de phrase mais comme dirait l’autre: « y du talent làdsous »), on préfère attendre…
    Bises

  2. Brigit dit :

    les petits enfants sont particulièrement empathes des angoisses de leur parent (isolé, faut-il le préciser ?) l’eczéma est un symptôme par exemple. cela dit, on ne peut pas faire grande chose car certains problèmes d’adultes mettent du temps à se régler. donc patience…
    j’aime beaucoup la photo du métro ! enfin la deuxième.
    la première aussi. elle me semble vintage… mais j’ai vu des photos d’un artiste qui illustre les noms des stations…

  3. ça va pour quelqu’un qui parle pour ne rien dire, tu te démerdes bien! 🙂

  4. tarzan dit :

    je trouve ton papier en ouvrant la messagerie du mag pour la première fois depuis quelques jours, tu parles d’un reminder !

  5. jeanne dit :

    À lire vos billets, votre grand présenterait bien des caractéristiques des enfants à haut potentiel. Une piste pour l’aider?

    • R. dit :

      Bonjour Jeanne, vous parlez du potentiel intellectuel de mon fiston (oui, je le pense assez haut) ou de son potentiel d’angoisses ? J’ai l’impression que l’un ne va pas sans l’autre, dans son cas en tous les cas.
      Comment l’aider à être moins angoissé ? J’avoue que je me pose la question, et si ça devait revenir durablement, je pense l’amener voir quelqu’un, peut-être même une hypno-thérapeute. J’ai fait deux séances il y a un an et ça a presque réglé mes problèmes de sommeil.
      Un conseil ?
      Merci et soyez la bienvenue (même si je produis peu, en ce moment…)

      • jeanne dit :

        Oui, si j’en crois mon expérience, l’un ne va pas sans l’autre.
        Un conseil?
        Pffft, est-ce que ça sert, les conseils?
        Je dirais, ne pas fixer l’enfant dans des traits de caractère qui peuvent être transitoires.
        A par ça, avec ces enfants (j’en ai 3 de ce genre), on fait au mieux, au jour les jour (avec les autres aussi, certainement, mais ceux-là demandent vraiment une énergie redoutable).
        Vos écrits me touchent, parlant de vos enfants ou du reste, j’espère que vous aurez l’envie ou le courage de vous y remettre.
        Des questions?

        • R. dit :

          Merci Jeanne. Pour vos conseils mesurés (qui me semblent être les meilleurs), pour vos compliments (qui me touchent aussi) et pour vos encouragements (je vais revenir bientôt, je pense… mais la vie est un peu dure, et la situation… complexe).
          Pas de questions, non, mais si ça me vient, je n’hésiterai pas !

  6. Bon ben on attend la suite !

  7. FLOW dit :

    Il faut changer de station… Passer des Abesses, à « raie-au-mur », puis à « raie-publique »…
    Commentaire bien cavalier (j’en suis navré ;D) pour vous suggérer de ne pas vous perdre de vue dans le tumulte du train train… 😉

    • R. dit :

      Vous allez rire, mais c’est un peu ce qui m’arrive, en fait. La référence au métro tombe ironiquement bien, mais forcément je suis la seule à comprendre pourquoi… Je ne peux pas raconter rapport à une certaine promesse, mais le métro, un homme et moi-même sommes plutôt connectés, en ce moment.
      J’espère bien pouvoir en parler un jour…

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