Fébrile

6_02

Previously on ze story

Ça faisait donc 853 jours, à la louche, que j’attendais le retour du mirage. Je lui avais renvoyé deux petits mails espérant que le site le préviendrait, comme il le faisait avec moi par le biais de messages pénibles du genre « Reviens ! DoudouDu77 souhaite te la mettre papoter ». Le compteur de son absence tournant toujours de façon désespérante, j’avais même envoyé un mail un peu drôle au SAV pour les convaincre d’essayer de le faire revenir.

Sans succès.

Du coup je bavardais nonchalamment avec des hommes en me moquant de moi-même, dans l’unique but de voir réapparaitre celui qui m’avait provoqué un certain émoi. Oscillant entre la conviction que ce con avait trouvé une meuf avant d’avoir vu que j’avais mordu à son hameçon et l’idée que peut-être ce charmant jeune homme n’était tout simplement pas vissé au site, ce qui ne le rendait que plus désirable (la plupart de mes interlocuteurs étant connectés 24/24).

Et puis un lundi, alors que je papotais avec une pote sur la fragilité passagère de son couple (je suis la meuf à qui on parle de ce genre de choses, et ça me touche beaucoup), alors qu’elle me demandait où j’en étais, moi, avec les hommes, et que je lui racontais mes errances, ma frilosité et mon dernier coup de cœur qui m’avait tout l’air d’être vain, photo à l’appui, j’eus la stupéfaction de constater que l’homme était réapparu.

J’en suis restée sans voix.

J’te jure, tu kiffes, tu t’emballes, tu retrouves tes esprits, tu finis par te résigner, tu acceptes l’idée que ce mec qui avait l’air parfait n’est bien évidement qu’un fantôme créé pour te narguer toi et tes goûts chelous, t’es à la limite d’en rire tellement ça semblait évident, et bim ! Le mec t’envoie un message sympa.

Bref.

Mais sympa.

D’un coup, j’ai eu beaucoup plus de mal à discuter avec ma pote. Qui m’a gentiment proposé de me laisser seule pour que je puisse m’adonner au flirt par écrit, ce que j’ai refusé, arguant qu’il pourrait bien attendre deux heures, vu que je venais d’attendre deux siècles.

Bon, la vérité, je flippais un peu qu’il re-disparaisse, mais au moins, ça aurait clarifié les choses : je m’étais emballée pour makash woualou.

J’ai assuré mon rôle d’hôtesse à l’esprit qui vagabonde, ma copette s’est barrée, il était déjà 23h28 j’étais donc au bord de la nuit blanche, mais je n’ai pas résisté : je me suis connectée.

Légèrement fébrile, mais je ne l’ai pas montré à l’homme, lui aussi en ligne.

On s’est écrit pendant une vingtaine de minute, j’ai avoué mon immense fatigue, et nous avons convenu de rediscuter le lendemain, après une bonne nuit de sommeil.

Bon enfin, en ce qui me concerne, j’ai quasiment pas dormi.

Le cerveau en alerte.

Je suis une fille sensible, faut dire. Tendance insomniaque et obsessionnelle.

Le lendemain matin, à 8 h pétantes j’avais un pti message.

Joie et cœur qui bat.

J’ai d’abord rempli mes obligations maternelles, nous avons échangé quelques phrases mi-banales mi-drôles, puis nos 06, à mon initiative.

Au bout de 4 heures de messages, j’ai craqué mon slip (au sens figuré, je te rappelle que je suis une honorable mère de famille…) et je lui ai proposé un rendez-vous (… qui n’a rien contre le fait de voir de beaux garçons en chair et en os, cependant).

Je sais pas comment dire mais j’avais comme une conviction inaltérable, un élan irrépressible pour aller voir qui il était, celui-là. Je crevais d’envie de vérifier s’il était ce que sa fiche me laissait penser de lui : un homme qui pourrait peut-être me convenir, sur le papier.

Sur le papier parce qu’une fiche ne peut pas tout raconter, d’autant moins ce qui est impalpable. On ne pourra jamais lire entre les lignes d’un inventaire à la Prévert comment un inconnu saura vous toucher, au sens propre comme au figuré, ni s’il saura vous assumer si d’aventure vous vous plaisiez.

Je ne dis pas que je suis totalement inassumable : je ne suis ni hardeuse, ni pute, ni la marie-couche-toi-là du coin. Tu sais à quel point je ne les juge pas, d’ailleurs, et comme j’aimerais que plus d’hommes soient capables de les assumer, elles aussi. Mais le monde est ainsi fait… Mon pote N., pourtant pas le dernier des queutards, m’a dit un jour que pour être avec une fille comme moi, il fallait avoir une sacrée confiance en soi. Rien que ce blog, pourtant pas bien méchant, presque totalement anonyme et loin d’être vulgaire bien qu’explicite, a provoqué les foudres d’hommes épris, foudres dont je ne me suis toujours pas complètement remise.

Apparemment, m’assumer n’est pas si simple…

Il fallait donc que j’aille constater par moi-même, que j’aille gratter le cyber-vernis.

Rendez-vous pris le lendemain soir, je n’arrive pas vraiment à dîner et encore une fois ma nuit est une tempête. Désir d’accélérer le temps, crainte de fantasmer sur du vent, je tourne en boucle.

Le lendemain, je m’habille un peu sexy mais pas trop, mini jupe mais vieille Stan Smith aux pieds, histoire d’être jolie mais moi-même. Je me promets de ne pas fumer mon joint de 19 h, le rendez-vous étant calé à 20. Je savoure l’idée de ne pas avoir mes petits chez moi ce jour, et la liberté – si rare ! – de transformer ma soirée comme bon me semble. Je me force à me concentrer sur mon travail, incapable de déjeuner plus de deux bouchées, et j’égrène les minutes qui me séparent de la rencontre. Moins de cent…

Quand mon téléphone m’annonce en vibrant l’arrivée d’un message vocal.
C’est lui.

Et il annule.

Aaaaaaaarrrrrrrgggggh.

Je ré-écoute le message.

C’est vrai il annule.
En fait, pour être plus précise, il propose de reporter. A un peu plus tard le soir-même s’il résout rapidement son problème, ou au lendemain soir même heure. Problème indépendant de sa volonté, le mec bosse à la RATP et il est d’astreinte.

Et c’est ce jour là que le système de désenfumage se met à merdoier.

Call me Joe la Scoumoune.

Je ré-écoute une troisième fois et il n’y a aucun doute, le mec a vraiment l’air dégouté. Ou alors c’est un bon comédien. Avec une voix charmante qui n’arrange rien à mon état fiévreux.

Bref, la soirée se passe, on se résigne de part et d’autre et on se donne rendez-vous le lendemain.

Un jour normal. Où j’aurai mes enfants.

FUCK.

Troisième nuit tourmentée, d’autant plus qu’il n’a pas répondu à mon dernier sms ce qui me fait immédiatement craindre sa mort dans un accident de voiture, fidèle à ma légendaire sérénité. Troisième jour de quasi-jeûne, crois moi ou pas mais j’ai perdu 1,5 kg en quatre jours, ces kilos pourtant chèrement acquis.

36 ans, la meuf… Ahum.

Bref, le moment M est arrivé.

J’avais l’estomac noué, le palpitant dans les tempes, les mômes largués à ma sœur chez moi, et l’air de la nénette-qui-flippe-même-pas-d’abord.

Je suis entrée dans le café, balayant la salle du regard, sans repérer le bonhomme.
J’ai avancé d’un côté, de l’autre, ne voyant personne seul à une table dans l’attente.
Je me suis dirigée vers la sortie du bar et me suis soudain souvenue que j’avais aperçu quelques secondes auparavant, à l’extrême gauche de mon champ de vision, une silhouette accoudée au comptoir qui pourrait être celle que j’étais censée retrouver.
Sans cesser de marcher, j’ai tourné lentement la tête, l’œil interrogateur.
J’ai vu qu’il ne me regardait pas.
J’ai vu qu’il me voyait néanmoins.
J’ai vu que ses commissures se redressaient, que ses lèvres esquissaient un sourire.
Toujours sans me regarder.

Alors j’ai souris.

Touchée par ces regards qui se voyaient sans se scruter, qui se croisaient en décalé…

Il ne restait plus qu’à discuter.

Malgré la fièvre.

A suivre…

Oui, je sais, je fais durer le suspens, mais comme ça c’est plus drôle, et puis c’est pas comme si j’avais masse de temps pour écrire. Et les détails, c’est IMPORTANT, d’abord.

 

 

Cet article a été publié dans Du sang. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

11 commentaires pour Fébrile

  1. l'onirique dit :

    très contente de te relire.
    très contente de ce que je lis.
    et en attente de la suite!!! 🙂

  2. LadyKotori dit :

    Raaaahhh! Nan mais quel teasing! Blague à part: bravo pour ce blog que j’ai découvert le mois dernier et dévoré en quelques jours: je ne pouvais plus le lâcher! A très vite pour la suite 🙂

  3. Sky dit :

    Attention, c’est un chasseur, il met la pression… ! 😉

    Blague à part… décidemment j’adore ta plume et son petit côté déjanté et terriblement vivant !

  4. Jeanne dit :

    Oui, vive les détails !

  5. ouplala dit :

    C’est l’histoire de prise de contact sur « adopte » la plus goûtue que j’ai entendue!
    (j’essaye pour ma part de reculer le premier joint du matin mais c’est tentant.. ton anecdote m’a donc bien amusée)
    au plaisir de lire la suite dès que tu peux!

    • R. dit :

      J’ai peu d’expérience adoptive, mais une chose est sûre : je suis heureuse qu’il y ait eu tout un tas d’obstacles et d’anecdotes lors de cette rencontre. Car c’est bien cela que je raconterai à mes petits-enfants au coin du feu quand je serai une petite vieille toute fripée. 🙂

  6. zoumpapa dit :

    Nous voilà plongés parmi les meilleurs instants de ce blog, quelques gouttes de patience suffisent
    pour en profiter un max!

  7. Marie dit :

    C’est troooop bien ce récit… Trop joli… Pis on devine un peu la suite non? Bises la belle!

  8. L. dit :

    La suite!!!! 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s