It’s complicated

Las Vegas

Pffff, je sais, je suis en dessous de tout. Tu crois ptet que je suis partie lancer ma carrière de pole danceuse trentesixenaire à Las Vegas (un détail dans cette phrase devrait te faire comprendre que… ben en fait non), ou que je t’abandonne pour vivre d’amour et d’eau fraîche (qui ne nourrissent pas vraiment même si c’est bien agréable), mais que nenni, juste pas trop capable d’écrire en ce moment, la fille.

Bon, faut dire que je les ai enchaînés, récemment, les trucs à la con :
– un ciao-bye-bye à deux têtards auxquels je m’étais attachée, aussi minuscules furent-ils,
– la mère qui décline, qui a fait trois fausses routes – principale cause de mort de cette maladie – et qu’il faut donc aller voir plus souvent encore, en partie sous la grosse pression du beau-père, lui-même fortement diminué par une opération lourde (et toujours pas au courant du rythme de vie d’une salariée-à-40-heures-semaine-double-mère-solo-à-presque-temps-plein),
– les attaques dudit beau-père qui m’accuse d’espérer la mort de ma mère pour toucher la thune (seriously ???)(no comment),
– un père quasi-octogénaire à la santé qui merdoie (3/4 aveugle + diabète de plus en plus problématique + caractère de merde = la joie) et du genre à te gueuler dessus si tu ne l’aides pas, et aussi si tu l’aides-mais-pas-comme-il-faut (la vieillerie, ça fait rêver),
– une énième grosse embrouille avec ze father of my children dont je ne sais pas si elle va aboutir à un nouveau torrent de haine douloureusement teinté de désespoir ou à une relation plus apaisée (jusqu’à la prochaine crise)
– sans parler des coins de tous mes draps housse suédois qui se barrent la nuit alors que j’ai le toc des lits correctement faits, c’est-à-dire qui résistent à mes danses nocturnes d’agitée-cauchemardeuse, non mais je te jure ma vie est pas simple, parfois…

Bref, je peux continuer la liste des doléances, mais… quelque chose me dit que ça va te faire fuir. Et pas que toi, d’ailleurs.

Je ne te jette pas la pierre, Pierre. Moi-même je me serai lassée.

Sérieux, on tourne en rond dans les problèmes, là.

Et puis je vois bien que je suis sur une pente à la con, ça fait trop longtemps que j’accumule, que ça ne va pas très bien. J’en ai marre de dire que ça ne va pas, d’ailleurs. J’ai eu mon pti répit de 6 mois en rencontrant mon nouvel amoureux, mais la loose est revenue (même si l’amoureux est toujours parfait). Parfois j’ai l’impression que mon crédit « compréhension » va bientôt s’épuiser. Les rares soirs où je trouve l’énergie et la bonne logistique pour sortir malgré mes mômes chéoim, j’ai peur de moi qui arrive chez mes potes avec potentiellement toute ma tension, mon speed, ma fatigue. Traits tendus, débit de parole mitraillette, ton qui peut être mal interprété, et les amis qui s’agacent ou se blessent sans trop oser le dire à cause que je vais pas bien, tu vois. Donc perte de spontanéité de part et d’autre. Je fais du mal sans m’en rendre compte, bordel ! et à un moment, je percute la friture sur la ligne, du coup ça me blesse encore plus qu’on ne me dise pas quand j’ai été maladroite. Ça me rend parano. Ça me donne envie de ne plus voir personne autrement qu’en tête-à-tête. De ne plus parler de moi. Plus du tout. Alors qu’en fait j’ai besoin de les voir, mes potes, d’être là pour eux (c’est un rôle que j’aime), d’ouvrir mes vannes qui ne tiennent que parce que je serre les dents en m’attachant aux quelques bons côtés de ma vie (il y en a !), et la friture n’est finalement rien d’autre qu’un truc qui est de la faute de personne à part de la vie et sa pénibilité.

En vrai, mes amis sont toujours mes amis, désolés de constater que j’en bave, avec leurs propres problèmes aussi… mais l’adversité fait que les rapports ne sont plus tous aussi simples qu’avant. Avant, quand personne n’était épuisé/pressurisé/inquiet/attaqué/en demi-deuil/frustré/triste/pas-assez-bien-payé…

On se fait un peu chier, là, non ?

Ben tu vois, c’est pour ça que j’écris pas trop.

J’ai pas mille trucs de dingue à raconter, j’ai épuisé une bonne partie de mes souvenirs dicibles et croustillants.
Les rares trucs que je pourrais dire sont soit inintéressants (genre ce texte) soit des bombes à retardement (le père de mes enfants me lit toujours, si j’en crois les quelques scuds qui font directement référence à mes billets dans son dernier mail) que je ne suis pas sûre de vouloir voir exploser. Un peu d’auto-censure, oui. Pour ménager mon cœur sensible.
Et pour les quelques idées de texte qui ne sont ni l’un ni l’autre, j’ai du mal à trouver le ton drôle qui rendra ta lecture jouissive, alors que j’adore, mais vraiment j’adooooore provoquer des orgasmes. Notamment en ne faisant rien d’autres qu’écrire avec mes tripes.

J’adore aussi provoquer des orgasmes en faisant autre chose qu’écrire et avec autre chose que mes tripes, mais j’ai un rayon d’action un peu moins large, je dois dire : si j’avais autant d’amants que de lecteurs, je serai…. courbaturée. Ou courbatue, je ne sais jamais.

Et je m’octroierais la médaille de l’ordre du mérite, d’ailleurs. Mais c’est un autre sujet.

Bon enfin va pas croire que je cartonne les statistiques, hein : je reste un petit blog tout confidentiel qui ne change rien au cours des choses et qui m’apporte quand même quelques soucis, même parfois avec mes amis.

Je me dis même que je vais arrêter, parfois. Arrêter d’écrire, de tendre le bâton pour me faire battre, de croire qu’un jour ça mettra du beurre dans mes épinards ou m’ouvrira une carrière passionnante, dont je pense, pourtant, qu’elle serait utile au monde, ouais, rien que ça.

C’est con que le message que je diffuse ne soit pas vendeur au sens le plus pécuniaire du terme : ya pas un annonceur média qui voudrait de moi, la vérité. Même si je ne leur ai pas vraiment demandé.

La peur du râteau. Et puis c’est pas comme si j’avais vraiment le temps de me consacrer réellement à cette ambition ambivalente, non plus. J’ai vaguement quelques contraintes à base de boulot, de marmaille et d’aïeuls (je passerai sous silence le temps que j’ai mis à savoir exactement comment s’écrit ce dernier mot, et si c’était celui-ci ou son cousin avec un x à la fin).

Alors parfois je perds la foi.

Pourtant je reçois régulièrement des mails ou des commentaires qui me redonnent envie : des bravos, des on-t-aime, des mercis, des continue, des c’est-si-drôle, des tu-m’éclaires, des te-lire-réveille-mon-désir-endormi

Des photos de bites, aussi, mais ça c’était avant, quand j’écrivais des trucs sexy. Et c’était finalement plutôt rare.

J’ai encore reçu un message hyper doux et un peu élogieux, dimanche, et j’ai bien failli fondre tellement ça me réchauffait le cœur.

(je suis émotive)(très)(trop)(et fatiguée)(trop)(je sais je me répète)

A chaque fois, ça me ramène à l’essence même de ce blog : créer du lien, du désir, parler de la vraie vie sans tabou, véhiculer toute la bienveillance possible, tout en comblant mon envie d’écrire. Et alors tout mon élan revient.

Même si j’ai pas mille trucs de dingue à raconter, encore une fois.

C’est un sale dilemme à la con, et surtout une goutte dans l’océan de tous mes dilemmes du moment.

Voilà, c’est compliqué, et même ça, j’arrive pas à en faire un texte où on se fait pas chier.

Je vais ptet tenter la carrière lasvegassoise, finalement…

Do you even pole bro

 

 

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18 commentaires pour It’s complicated

  1. ... dit :

    « courbaturée. Ou courbatue, je ne sais jamais. »
    Je crois qu’on peut dire les deux ^^

  2. Myriam dit :

    Pas un seul instant d’ennui à la lecture de ton billet… Tu vois, même si c’est pour parler de ce qui n’est pas drôle, ou sexy, tu as un ton et il fait mouche. Ne l’oublie pas. Les gens qui te suivent ici le font pour différentes raisons. Moi, j’adore ta façon d’écrire, quel que soit le sujet que tu abordes. Donc: merci et keep it up!

  3. R. dit :

    Hé hé, merci les gens ! 🙂

  4. Anne O nym dit :

    Seriouzely, j’aime beaucoup te lire; c’est bien écrit, agréable et plein de finesse.
    C’est tout, chapeau, merci!

  5. jeanne dit :

    Pas de friture sur la ligne. Du lien, des émotions, du partage, yes, on t’aime. Dommage qu’on habite si loin, je garderais tes gamins avec les miens, trop volontiers. Continue à écrire, si tu veux, quand ça te vient.

  6. beauteetsociete dit :

    R, avant je commentais ton blog sous Mo, là je viens ici avec mon blog (plus pratique avec le lecteur worpress) même s’il n’a absolument rien à voir avec la choucroute.
    Tes écrits ont réellement changé ma vie, sur beaucoup de plans, et même si c’est un peu bizarre ( t’inquiète je suis (presque) pas une psychopathe) tu en fais un peu partie maintenant. J’aime aller voir ce que tu écris et je suis tour à tour touchée, amusée, ébranlée, interessée. J’espère que tu continueras, même si ce n’est pas toujours facile, et même si je suis sûre que tu ferais une sacré pôle danseuse à Végas 😉
    Haut les coeurs et pensées réconfortantes (qui valent ce qu’elles valent).

  7. Tarzan dit :

    Bises au passage ^^

  8. LN dit :

    bonjour,

    je lis depuis quelques mois ton blog, c’est le premier truc du genre que je suis vraiment.
    il me touche au coeur,
    peut etre par un moche voyeurisme, peut etre parce que je m’y reconnais parfois, dans cette énergie, cette rage heureuse, ce débordement de sentiments bruts et beaux, d’analyses vivantes.
    bien sur que nous ne nous représentons pas ce que ça peut signifier pour toi, que d’etre lue aussi par des proches.
    bien sur que perso ça me ferait triste de ne plus te lire, mais fais ce qui te parait le plus adapté, le plus intelligent, le plus vital.

    que les petites choses belles de ta vie, continuent de l’être.

  9. R. dit :

    Merci merci merci pour les commentaires et même les mails. J’ai eu la larmichette plein de fois à cause de vous, z’êtes chiants, hein ! 🙂 ❤

  10. Marieh2o dit :

    Arrête de chialer Pénélope! J’t’ai mis un truc sur mon blog…

  11. Pierre (bien entendu) dit :

    Mais si vous nous faites du bien sinon pourquoi qu’on reviendrait. Perso je suis toujours scotché par la vie qui émanne de vos mots. Ca pulse, ça bouillonne. Et puis nos vie à nous aussi sont faites de tous ces moments.
    Ps : accessoirement je suis heureux de voir qu’enfin mon prénom de lecteur soit enfin reconnu de tous les passants sur ce blog.
    Ps 2 : encore heureux que vous ne me jetiez pas la pierre. Je suis trop loin pour vos petits bras et puis on ne se connait pas assez pour ce genre de liberté, non mais !
    Sur ce bises à vos loupiaux.

  12. LV dit :

    Oh les gens, arrêtez tout ! Vous êtes fous ! Parce que R faisant du Pole Dance, mais ça vaut tout les blogs du monde ! 🙂

  13. Ohlala non, ne t’arrete pas d’ecrire ! Ce billet est aussi passionnant que les autres (je viens d’en lire 5 a la suite). J’aime beaucoup la facon dont tu ecris. C’est vivant, c’est « vrai ». Ca me parle – et clairement, je ne suis pas la seule ! J’espere que tu continueras. Bonne route !

  14. ksk dit :

    Roo mais ça fait du bien de râler ou de bougonner.

  15. MINNER dit :

    On ne se connait pas mais je passe souvent sur ton blog pour lire tes écrits et, parfois, rarement, j’y laisse un petit commentaire. Pourtant j’ai 52 ans et ne suis peut-être pas ton « coeur de cible » de lecteur…Je ne sais pas. ce que je sais c’est qu’à chaque fois tu me touches. Oui ça bouillonne, oui ça cartonne, oui ça gesticule, ça rit, ça pleure, ça angoisse, ça questionne !!! Ton blog C’EST LA VIE ! Pas toujours drôle, pas toujours tranquille, pas toujours facile…Mais c’est aussi notre vie que tu racontes et c’est pour cela que l’on se sent bien chez toi. Ne ferme pas ta porte, please. Même si tu parles moins, écris moins, perds l’envie, garde-nous avec toi. Nous on est toujours là pour toi, te lire, te parler. L’envie va revenir, courage.

  16. Hamster Jovial dit :

    « Les rares trucs que je pourrais dire sont soit inintéressants (genre ce texte) »
    C’est pas inintéressant loin de là. C’est de la vrai vie, aux antipodes de la starac’. Pis ça aide beaucoup à relativiser ses propres merdes, à moins se sentir seul dans la bouillasse.
    Merci.
    Et bisous.

  17. Hamster Jovial dit :

    PS: message au « le père de [tes] enfants [te] lit toujours ».
    Si ce blog te plaît pas, lis le pas. Na.
    Nous censure pas la taulière!

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