Le corps

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Alors voilà, parfois on a l’esprit tout bouillonnant, genre pump-it-up, hormones au taquet et idées orientées, genre projets en pagaille à horizon ce-soir à base de mec-je-vais-te-faire-hululer-à-la-lune-et-moi-je-chanterai-à-la-tierce, et puis d’un coup il est 22 heures et on n’a qu’une envie : aller se coucher.

Pour plein de raisons, d’ailleurs. Parce qu’on est trop fatiguée d’avoir passé des nuits à brider son inclination naturelle à se mettre sur le ventre puisqu’on NE PEUT PLUS se mettre sur le ventre, et que du coup on baille tous les deux mots, incapable de terminer un seul putain d’épisode d’Orange is the new black. Ou alors parce qu’on a le dos en vrac avec comme un besoin vital de se faire dévisser le sacrum – je parle au sens propre – et que la position assise devient un calvaire alors je te parle même pas de celle qui rend hommage à mon ami Snoop. Ou encore parce que le moindre mouvement donne l’impression que le bassin se disloque et fait résonner la symphyse pubienne comme si elle avait besoin de crier au monde entier qu’elle existe.

Sérieux, mon corps de femme enceinte n’est pas hyper sympa avec moi. Je le savais, hein… Mais du coup, neuf mois, c’est un peu long. Même si je vise huit et demi en me basant sur la racine carré de l’hypoténuse de mes précédentes expériences multipliée par l’âge du capitaine.

Et je ne te parle pas de la zézette toute enflée (pour le bonheur certain de mon homme) aux lèvres péniblement ourlées offrant une étrange impression d’ouverture perpétuelle, ni des muqueuses qui s’enflamment dès qu’on souffle dessus un peu trop fort, ni de… non rien.

Bref, du coup, parfois, il faut composer et force est de constater que certains jouets tout lisses semblent de temps à autres plus acceptables qu’une anatomie pourtant pas rugueuse pour un sou.

Ça rend imaginatif, tu me diras.

Et ça tombe bien, mon amoureux l’est et ne prend pas ombrage des aménagements souhaitables suite à ces quelques ponctuelles blessures de guerre.

Je dois même dire qu’il a le positionnement parfait : il reste chaud comme la braise, continuant de m’érotiser dès qu’il le peut, et ne me met aucune pression.

Du coup, ça donne envie.

Mais ce qui est con c’est que c’est de moins en moins ponctuel, en fait. Les douleurs au squelette, en tous les cas.

Alors que mon cortex, lui, a plein de trucs en tête. Notamment des désirs qui, je l’admets, se conjuguent au masculin pluriel.

Don’t judge me, j’y peux rien c’est la faute à Voltaire, en tous les cas mon cerveau qui me fait tomber dans le ruisseau et surtout mon chéri qui est ouvert à tout, totalement partant et même clairement en mesure d’organiser des choses rocambolesques.

Des avantages de s’amouracher d’un aventurier.

Ça a failli se faire en juillet, d’ailleurs. Mon dos était toujours mon pote, mon utérus n’occupait pas encore 80 % de mon espace vital, et surtout, mes enfants étaient en vacances. Du coup je renouais avec le temps pour soi, la glande, et les nuits presque ininterrompues (faut pas déconner, j’avais quand même une vessie) de plus de sept heures.

J’ai laissé entendre que c’était possiblement now or dans un an, alors mon mistalovalova a contacté celui qui pouvait éventuellement être son bras droit. Enfin « bras »… tu vois, quoi. Ambiance « en souvenir du bon vieux temps », et aussi parce que ledit bras droit, ami de mon amour au demeurant et au courant de mon existence, avait paraît-il exprimé une curiosité bienveillante à mon endroit en proposant fort courtoisement de me rencontrer à l’occasion.

Invitation déclinée alors par mon chevalier servant.

Sauf que l’homme est lui-même doté d’un bras gauche, enfin je veux dire d’une douce avec qui il partage tout, du loyer à la couette en passant par les tierces personnes lors d’ébats multi-dimensionnels.

Et moi je ne suis pas encore prête à livrer mon corps et mes orgasmes à des mains féminines, toutes expertes et adorables soient-elles.

D’ailleurs, dire que « je n’ai pas d’élan pour ça » serait plus proche de la vérité. Encore moins quand mon corps et moi on n’est pas trop copains. Rapport aux douleurs et aux neuf kilos.

Du coup j’ai fait ma malotrue en expliquant que je voulais bien, dans un premier temps en tous les cas, rencontrer l’un sans l’autre et tenir le rôle principal de la pièce. Même si je sais que, cette fois-ci, les mâles sur scène seront susceptibles d’improviser un duo et de s’émouvoir l’un l’autre.

Ce qui m’intrigue indéniablement…

J’avais un peu honte, mais je savais que la politesse n’avait pas son mot à dire dans l’histoire. Que faire quelque chose dont je n’avais pas envie au nom de la bienséance était une idiotie contreproductive, qu’il valait donc mieux assumer la goujaterie de mes désirs quitte à prendre le risque que ceux-ci restent au rang de fantasme inassouvi.

Je continue de penser que mieux vaut un rien qu’une envie sexuelle gâchée par un mauvais alignement des astres.

Et effectivement, ça n’a pas pu se faire en juillet, l’homme devant prendre le temps d’exposer la situation à son officielle – le couple est libre ET transparent -, et d’être persuasif.

Je l’avoue, j’ai eu un petit moment de grosse frustration. Je venais de laisser passer le seul créneau possible pour vivre une expérience qui ne fait pas du tout partie de mon quotidien, et je savais que les mois à venir ne seraient pas franchement propices à ce genre de parenthèse.

Et puis j’ai digéré. Riant même d’avoir pu imaginer que ça se ferait vraiment.

Les vacances ont eu lieu (aussi chouettes que des beaux jours en Corse, aussi ingrates que trois semaines à gérer quatre enfants fort sympathiques mais quatre enfants quand même), et vers la fin, mon homme a reçu un mail indiquant le feu vert de la taulière.

Ah.

J’avais un peu clos le sujet dans ma tête, moi.

Sauf qu’à la rentrée, j’en ai délicieusement rêvé. Et que le même jour, le larron libre comme l’air nous a relancés.

Du coup ça m’a re-travaillée. Fort.

Recherches de gifs animés sur le net incluses.

Dont quelques-uns m’ont… pfffiou, légèrement énervée.

Mais voilà, il y a la logistique : j’ai mes enfants minimum six nuits sur sept, sans rythme établi ce qui complique une possible organisation en amont ; je suis en plus de celles qui ne savent pas le jeudi si elles seront Docteur Jekyll ou Mister Hyde le samedi qui suit ; et je m’écroule de toutes les façons de fatigue le soir où je suis libre.

Et puis notre possible invité a une vie, et ne passe évidemment pas ses journées à attendre qu’on le siffle. Du coup la fois où j’ai chuchoté un « Demain…? », il avait piscine. Forcément.

J’ai beau me dire que ça serait chouette que la chose se passe avant la grande traversée des crevasses et des nuits hachées, histoire de me nourrir d’un truc fort et fou les jours où je ne me rappellerai même plus l’orthographe du mot libido, je rechigne à la mettre sur pied comme si c’était un rendez-vous professionnel.

En attendant, mon ventre grossit à vue d’œil. Mon cul et mes cuisses aussi. Mon dos hurle de plus en plus. Mon estomac est entré en conflit territorial avec mes poumons. Ma mobilité est un lointain souvenir.

Et quelque chose me dit que ça ne va pas s’arranger tout de suite.

Et qu’après, ça sera du pire. Avec plein d’amour, de sérum phy et de régurgitation, mais pas dans la même veine cérébrale.

L’avantage d’être une multipare, c’est qu’on connaît la suite du film.

Du coup, ben… je pense que ça sera dans un an.

L’avantage, c’est qu’en attendant, je peux imaginer tout ce que je veux.
Et même en profiter pour allumer mon amoureux.

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8 commentaires pour Le corps

  1. jeanne dit :

    Patience et longueur de temps…
    J’envie les contacts de ton aventurier!

    • R. dit :

      Oui, une fois la frustration passée, je me suis souvenue de tout le bien que je pensais de la patience quand il s’agit de fantasme. Et puis si ça ne se fait pas avant la naissance, ça se fera après, dans plusieurs mois, à un moment où j’aurai retrouvé ma mobilité (ce qui peut être bien utile quand on veut jouer les acrobates). 😉

  2. Youpi dit :

    « la fois où j’ai chuchoté un « Demain…? », il avait piscine. »
    Entre nager et m’envoyer une dame, euh… Ben il doit VRAIMENT aimer la piscine. 😀
    « je ne suis pas encore prête à livrer mon corps et mes orgasmes à des mains féminines »
    Si déjà tu tolères leur présence, c’est bon. Ensuite, dans le feu de l’action, parfois ça passe ou pas. Comme dit le proverbe: « qu’importe le (flacon) qui me fait jouir, du moment qu’on ait l’ivresse! ». Dans le pire des cas, elle se terminera à la main 😉

    • R. dit :

      Le nageur en question semble avoir une vie sexuelle très très développée, avec moult ramifications, je pense que même s’il est motivé, je suis une goutte d’eau dans sa piscine. En plus il a laissé entendre que mon ventre habité lui collait une certaine pression, rapport qu’il n’a jamais pratiqué ce genre de chose. Mais bon, dans peu de temps je suis en congé mat, je vais donc récupérer du temps libre, si ça se trouve les astres vont s’aligner… (même si ma libido actuelle est assez… banale : ni endormie, ni explosive). 😀
      Et pour la présence d’une femme, en fait c’est pas les mains qui me dérangent (je suis vraiment sûre que les siennes sont formidables), mais les yeux. Une très ancienne expérience (à lire dans le texte « Coulis de framboise ») m’avait un peu glacée, et du coup, je n’ai – pour le moment en tous les cas – pas envie de m’y refrotter.
      Bref… affaire à suivre. 😉

  3. Youpi dit :

    « Recherches de gifs animés sur le net incluses. »
    Oui mais non. Les gifs sont issus de pornos, donc de… performance qui sont à l’amour ce que la démonstration de karaté est à la dispute familiale. Oublie. 🙂

    • R. dit :

      Ah non mais t’inquiète, je connais la vraie vie… C’est juste que n’étant pas du tout une consommatrice de porno, justement, je suis toujours étonnée les très rares fois où je me retrouve fort émue devant une (belle) scène orientée. Je déplore d’ailleurs que celles-ci soient si rares sur le net, où on trouve par contre quantité de scènes désespérantes et pleine de gros clichés. Ou alors c’est mon désir qui est trop exigent ?? 🙂

  4. leboudoird dit :

    Bonjour
    Comment vas tu ?
    Comment se déroule cette fin de grossesse ?
    Je pense bien à toi…

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