Jazz tango

Contact-Me Trio

Il prétend que c’était écrit sur sa fiche mais comme je suis une tanche, je ne l’ai pas vu. Pourtant j’ai fouillé, je voulais en savoir le plus possible sur ce beau garçon qui avait l’air d’être taillé pour moi.
Peut-être que ça m’aurait refroidie, d’ailleurs. Bêtement. Peut-être que je l’aurais imaginé uniquement en quête de plan cul (je ne suis pas à l’abri des clichés) alors que je cherchais sinon un amoureux, au moins un mec qui deviendrait un pote et avec qui éventuellement je baiserais puisque c’est le cadre qui me correspond le mieux.

Ça faisait un petit mois qu’on s’était sauté dessus et qu’on aimait bien remettre le couvert quand nos emplois du temps respectifs de darons travailleurs à temps plein et habitant à une heure de route l’un de l’autre nous le permettaient, et je ne sais plus pourquoi, je lui ai demandé s’il avait déjà couché avec une prostituée.

–  « Oui, quand j’étais plus jeune, pourquoi ?
– Non, comme ça, ça m’intéresse. Et quel genre, du coup ? Escort, tapin de rue…?
– De tout, des putes de luxe aux camionnettes en passant par celles du Bois… mais que des meufs, hein !
– Ok, ok. Mais même si c’était pas le cas, tranquille, hein. J’m’en fous moi, tant que tu traites bien les gens…
– …
– …
– Bon en fait, pas que des meufs. Des mecs, aussi. Enfin des trans.
– Ah ouais ?
– Ouais, mais c’était pas moi qui prenait.
– Ok ok… »

Je souriais, mi-émue, mi-intéressée.

Un ange est passé.

– « Je sais pas pourquoi je te mythonne : je couchais avec des trans, dans tous les sens du terme. Et j’ai aussi couché avec des mecs, plein. Le seul truc, c’est que je ne suis jamais tombé amoureux d’un homme, et je ne pense pas que ça pourrait m’arriver. »

J’étais touchée qu’il me fasse suffisamment confiance pour me raconter ce pan de sa vie. D’autant plus que c’était vraisemblablement une première, l’homme ayant toujours gardé cela secret : ni sa famille, ni son ex-femme ni aucun de ses potes n’était au courant. Pas tant par honte que par instinct de survie et pour simplifier son existence ; il vivait d’ailleurs très bien avec sa face cachée.

De ce jour, je lui ai régulièrement posé des questions sur sa sexualité singulière et assumée. Ça me chamboulait, dans le bon sens du terme, j’avais envie de savoir, de toucher du doigt cette part de lui (hu hu hu). Je lui ai dit que ça me chatouillait même d’en parler ici, que j’avais mille choses à dire sur ce que ça remuait en moi, mais que certains de mes potes me lisaient et que donc son secret serait exposé…

« Ça ne me pose aucun problème », m’a-t-il dit, semblant même content d’être enfin transparent et accepté comme tel par sa meuf et son entourage, précisant qu’il avait certes caché cela à ses proches mais que s’il s’était fait griller, il aurait assumé.

Du coup, presque à chaque fois que je parlais de mon nouvel amoureux à quelqu’un et notamment de notre compatibilité sexuelle certaine, je ne pouvais m’empêcher de vanter son ouverture d’esprit et d’évoquer ses multiples expériences.

Je crois que j’étais admirative.

Pas tant de la quantité, même s’il a bourlingué. Plutôt de la qualité, de son approche solaire et généreuse du sexe, qui faisait écho à la mienne, qui résonnait dans ma tête, mon corps et mon cœur.

J’étais heureuse d’être tombée amoureuse d’un homme formidable… et bisexuel.

Jazz-tango, en argot.

Jolie expression. Même si perso, je préfère le tango. Et me sens plutôt très hétérosexuelle.

Pendant ma grossesse, excepté au deuxième trimestre (celui qui rime avec une certaine lubricité), j’avais clairement la libido au fond des chaussettes. Je me disais même intérieurement que je comprendrais qu’il aille coucher ailleurs, si possible avec un garçon d’ailleurs (une sombre histoire de rivalité moindre), rapport que j’étais pas franchement un cadeau niveau horizontalité même si on pratiquait, rapport aussi qu’on s’est toujours dit que chacun fait ce qu’il veut avec ses cheveux tant qu’il protège l’autre de l’angoisse, de la tristesse et des MST. Et qu’il a l’honnêteté de rompre si l’amour ou le désir ne sont plus.

Je lui avais finalement dit et il m’avait répondu que les garçons ne lui manquaient pas. Que si d’aventure il couchait avec un, il me voudrait dans les parages.

C’est comme ça, d’ailleurs, qu’on a commencé à causer triangle équilatéral en bagnole un jour de juillet.

Un dimanche où je bossais sur la putain de thèse, il s’est éclipsé pour me laisser tranquille en me disant qu’il allait se faire un petit sauna.

Gay.

Ça m’a un peu perturbée, je dois dire – de la théorie à la pratique il y a parfois quelques ajustements à éprouver. J’ai senti une petite vague de sanglots monter sans exploser (les hormones, c’est pas tout le temps génial) puis je me suis trouvée un peu con vu ce que je défends intellectuellement. J’ai été regarder le site dudit sauna – j’y ai appris ce qu’était un glory hole jésumarijosèf ! -, ça m’a fait un peu marrer et j’ai décidé que ça ne m’inquiéterait pas.

Ça a plutôt marché.

Le soir venu, je lui ai demandé s’il ne s’était pas fait draguer de ouf puisqu’il est super beau et du genre à plaire aux pédés. Une vraie question, hein, pas une agression.

Il a rigolé, répondu que si un peu mais qu’il avait décliné. Et m’a répété qu’il n’avait pas envie de coucher avec un garçon sans moi.

J’ai décidé de le croire en me disant que même si c’était faux (ce que je ne pense pas), je m’en foutais et que ça réveillait juste ce qu’il fallait de jalousie en moi. Pas celle qui ronge mais celle qui donne envie d’être la meilleure. Notamment au sujet des pipes, mais pas que.

Il y est retourné une seconde fois et mon esprit intranquille m’a joué des tours parce que le lendemain au réveil, c’est-à-dire plus de quinze heures après sa session vapeur, j’ai eu l’impression qu’il sentait le sperme. Alors que j’ai un odorat de pacotille, que je l’avais embrassé moult fois la veille sans rien remarquer et qu’il avait en plus pris une douche depuis.

La puissance du cerveau qui s’angoisse, quand même…

D’ailleurs il s’est bien marré quand je lui ai raconté. Moi aussi.

On a beau tenir plein de beaux discours sur l’ouverture d’esprit, parfois le centre émotionnel déraille et complique ce que l’on pensait simple et clair comme de l’eau de roche.

Et puis l’idée de rencontrer son ami R. a fait son chemin.

J’ai quand même précisé à mon amoureux qu’il était possible que je ne gère pas si bien de le voir faire du sexe avec un homme. Que je pensais que si, mais que malgré mes grandes théories, ces petits épisodes de trouble incontrôlé signifiaient peut-être un fossé entre mes tripes et mon cortex.

Il m’a rassurée, me disant qu’il se passerait ce qu’il se passerait, qu’il n’y avait aucune obligation, qu’on pouvait se contenter de boire un coup à défaut d’en tirer un et que si finalement on s’y frottait, je pourrai à tout moment exprimer mon malaise si malaise il y avait.

Une immense bouffée d’amour m’a envahie… Cet homme a tout compris.

Alors je me suis lancée.

J’avais prévu une date qui était censée tomber pile poil sur la bonne tranche de ma temporalité mais mon corps ce petit malin a décalé mon cycle et mes règles ne sont pas arrivées comme je l’imaginais. J’ai cru qu’on allait devoir annuler – j’ai rien contre le sang, mais pour un premier rendez-vous à trois, c’est ptet pas l’idéal -, puis comme ça durait j’ai eu peur d’être enceinte. Jusqu’à me rappeler que l’allaitement fout le boxon dans les hormones, ce qui m’a détendue.

J’ai même estimé que c’était plus intéressant, finalement, de vivre cette expérience hors période équatoriale histoire de ne pas être juste animale et de profiter aussi d’une excitation plus cérébrale.

Et puis le jour J est arrivé.

Mon mec, qui était tout heureux à la perspective de l’après-midi à venir (parce qu’on a calé ça à un moment sans enfants mais aussi sans fatigue)(à 22 heures, je m’écroule), me lisait les sms de son pote au fil de l’eau. Qui semblait finalement bien plus timide que je ne me l’étais imaginé.

« C’est un plan direct ou on a le temps de faire connaissance avant ? Parce que je crois que je vais avoir besoin d’une petite bière pour me détendre », s’inquiétait-il par écrit.

Et mon mec de le rassurer sur la coolerie du moment prévu et sur l’absence totale de pression.

Tout en me faisant des câlins aussi tendres qu’allumeurs.

Au bout d’un moment, on a toqué à la porte. Et j’ai décidé que c’est moi qui irai l’ouvrir.

On s’est souri. Joli garçon. Moins mon style que mon mec, mais une sacrée bonne tête. Et puis le trac de l’autre, moi, ça m’émeut.

Les gars se sont claqué une bise chaleureuse, ça faisait un bail quand même… j’ai sorti des verres pour l’apéritif et je me suis préparé mon petit thé à la menthe.

Alors on a commencé à causer, de tout de rien, dans une ambiance sympathique… puis par cercles concentriques de plus en plus petits, à se rapprocher de notre sujet.

Finalement, de le sentir un peu réservé, moins conquérant, ça m’a aidé à sortir de ma propre timidité.

Mais je savais que la difficulté première, c’était la bascule (comment veux-tu comment veux-tu). Passer de la papotade à la gaudriole en douceur.

On était au bord quand mon téléphone a sonné.

La crèche.

LA CRÈCHE, bordel de Dieu.

J’ai montré l’écran à mes deux gaillards en me marrant, dubitative sur la possibilité de poursuivre notre parenthèse enchantée. Genre le sort qui s’acharne.

Ma fille pleurait, rien de grave mais si à tout hasard j’étais dans le coin, que je n’hésite pas à venir la chercher un peu plus tôt que dans deux heures.

J’ai fait ma mère indigne et j’ai promis d’arriver dans une heure.

Tu peux appeler les services sociaux si tu veux.

J’ai raccroché en riant. J’avais enfin ma bascule.

« Bon c’est pas tout mais l’heure tourne, les mecs. »

Ils se sont levés tout sourire et m’ont entraînée dans ma chambre.

J’en ai embrassé un, puis l’autre. Ils se sont embrassés à leur tour. L’un plaqué contre mon ventre et l’autre contre mon dos nous nous sommes étreints, nos mains courant sur nos corps, s’immisçant sous nos vêtements, joli ballet de bras emmêlés.

Libérés de nos étoffes, nous avons collé nos peaux les unes aux autres et j’ai étrenné ce nouveau sexe dans ma bouche alors que mon amoureux me caressait tout en se redressant sous les mains expertes de notre invité.

Nous avons tourné, j’avais à cœur de ne laisser personne de côté et c’était du coup très confortable de savoir que mes deux complices pouvaient s’entreprendre.

Nous avons exploré tous les recoins de mon lit, mes yeux étaient clos pendant que je sentais une main tenant mes cheveux et un sexe qui me creusait, tantôt sur le dos tantôt sur le ventre ou le flanc, j’entendais les soupirs virils des hommes, devinant ce qu’ils se faisaient même s’ils sont restés très mesurés.

Pendant que mon amoureux dansait entre mes jambes pour me faire l’amour, j’engloutissais à nouveau le sexe de notre ami, me découvrant brûlante, le cerveau allumé et la peau transpirante, envahie par de chaudes pulsations…

Puis j’ai senti son buste se pencher vers mes seins sans cesser ses va-et-viens, son souffle de plus en plus proche, sa bouche qui s’invitait là où j’étais en train d’œuvrer dans l’obscurité de mes paupières toujours fermées. Nous nous sommes embrassés puis je lui ai cédé ma place et j’ai enfin osé.

Je l’ai regardé.

Et j’ai souri, émue et heureuse.

Et j’ai vu le regard rieur et bienveillant de notre ami posé sur moi qui observais mon amoureux occupé à lui donner du plaisir. Boucle et volupté.

Et nous avons repris notre valse à trois temps, notre jazz syncopé, notre tango langoureux… jusqu’au point d’orgue harmonisé, au rythme des spasmes de l’un contre mon bassin et des jaillissements de l’autre sur mon dos.

C’était beau, c’était doux, c’était bon, c’était chaud.

Et comme nous n’avons pas pu tout explorer, nous nous sommes juré de rejouer notre partition tout bientôt.

Car c’était aussi très prometteur…

(Et quand je suis arrivée à la crèche, ma fille ne pleurait plus depuis belle lurette)

 

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3 commentaires pour Jazz tango

  1. Zoumpapa dit :

    Ha oui mais ok mais alooooors? Qui du combo Face sud/Face Nord ? Ya-eu/Ya-pas-eu? 🙂

    • R. dit :

      Bé non, pour cause de mimolette ponctuelle… Et j’ai cru comprendre que la pratique exigeait une certaine fermeté. 😀
      Mais c’était pas mal de ne pas la jouer complète dès la première fois. Qui va piano va sano et ça ne m’a pas manqué. Ça nous donne une belle raison de remettre ça. 😜

  2. Dita D. dit :

    récit très très excitant.
    merci ! 🙂

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