Sexologie de zèbre

fessee

Nous nous régalions d’un bon steak-haricots verts (depuis que je me la joue riche en achetant ma viande chez le boucher – quitte à en prendre moins et moins souvent – et mes légumes chez le maraîcher, mes garçons sont beaucoup moins relous à nourrir)(c’est toujours une bataille de moins) à la veille du départ en classe de neige du grand, petit veinard de 8 ans et demi, drôle de zèbre épris de connaissances en tout genre (je m’en doutais, c’est désormais avéré, pour le meilleur et pour le pire)(car il y a des deux)(enfin disons un peu de fierté mais surtout beaucoup d’inquiétude)(contrairement à ce que les gens pensent)(je dirais un rapport de 20-80)(beaucoup d’inquiétude, donc…) :

– « Maman, c’est quoi, déjà, une érection ?
– C’est quand tu as le zizi qui durcit, mon cœur. Pourquoi cette question ?
– C’est dans le Titeuf que tu m’as offert à Noël. C’est trop drôle, il demande la signification de plein de mots aux adultes et tout le monde lui répond : “Tu comprendras plus tard…” Ça le rend dingue.
– Tant mieux si ça te plait. Mais tu le savais déjà, non ?
– Oui, tu me l’avais expliqué il y a longtemps mais j’étais plus sûr. D’ailleurs, tu sais quand je te disais que toucher mon gland ça me faisait une sensation étrange, presque une douleur, comme si on me tripotait l’intérieur du corps, et que tu me répondais que j’allais sûrement trouver ça agréable un jour… ben ça y est ! J’aime bien ! Et ça rend mon zizi tout dur.
– Aaaah tu vois, c’est chouette, du plaisir à portée de main ! Mais n’oublie pas, on fait ça tranquillement dans son coin et pas devant tout le monde. »

La main bien calée dans le slip :
– « Oui oui, je sais, je sais…
– … Donc ta main.
– Ah oui ! Et c’est quoi un avortement ?
– Hmmmm… C’est quand une femme a un bébé dans le ventre, qu’il est encore tout petit mais qu’elle ne peut pas ou ne veut pas le garder. Elle peut décider de l’enlever de son ventre avant qu’il ne grandisse. En France en tous les cas. Ça s’appelle un avortement.
– Pourquoi elle voudrait pas le garder ??
– Parce que parfois la vie fait que ça n’est pas le bon moment.
– …?
– Oui, ça arrive, malheureusement.
– Ben dans ce cas il faut mettre une capÔte, non ?
– Absolument. Les capotes, ou préservatifs, empêchent une grossesse et protègent de certaines maladies qui peuvent s’attraper en faisant l’amour. La plupart de temps, ça marche très bien. Mais parfois, non. Il peut y avoir un minuscule trou, par exemple, et alors… »

Hilare :
– « Ah ouais, Titeuf à un moment il veut une petite sœur, alors il perce les capotes de ses parents.
– Du coup les spermatozoïdes peuvent se faufiler et féconder l’ovule de la femme, mais bon, c’est pas hyper cool. C’est mieux d’avoir un enfant quand on en a envie et quand on est prêt. »

J’ai craint qu’il me demande si j’avais avorté. Non pas que j’en ai honte ou quoi que ce soit de ce genre. Je pense même (et ça n’engage que moi) que je dirai la vérité à mes enfants s’ils me questionnent un jour. En essayant de trouver les mots qu’il faut en fonction de leur âge. Je me souviens très bien d’une période, quand j’avais 8 ans, où ma mère semblait soucieuse et triste comme les pierres. Je ne savais pas comment la soulager de sa peine, incapable de deviner ce qui lui arrivait. Les doutes sont venus quelques années plus tard, quand j’étais adolescente, et sa réticence à répondre à ma question frontale les a plus ou moins levé. Ce n’est qu’à mes 24 ans, quand j’ai dû à mon tour prendre cette douloureuse décision, qu’elle m’a raconté. Son premier avortement, au même âge, après avoir vomi une de ses pilules, alors que c’était illégal – donc aiguille à tricoter et tout le toutim –, et celui à 36 ans, car mon beau-père menaçait de se barrer – je crois bien qu’elle lui a inconsciemment fait payer durant les deux décennies suivantes, avant de tomber malade.

Non, j’ai eu (un peu) peur que mon fils me pose la question car je le sais très émotif et capable d’être profondément attristé par une telle information : quand je lui ai annoncé ma dernière grossesse, alors qu’il était fou de joie et plein d’interrogations, je lui ai montré une petite animation retraçant l’évolution du foetus. Celle-ci commençait par une foule de spermatozoïdes cavalant comme des dingues dans les trompes de Fallope, jouant de la flagelle et prêts à tout pour arriver le premier. Mon fils savait parfaitement qu’ils se comptaient par millions face à un unique ovule (merci Il était une fois la vie), mais les voir concrètement se faire recaler et errer sans but l’a fait fondre en larmes : « Mais qu’est-ce qu’ils deviennent, tous les autres ? Ils meurent ? On les enterre ?? »

Les zèbres sont souvent extrêmement sensibles.
J’ai un peu ramé pour le consoler.

Mais il ne m’a pas demandé.

Non…

Il a enchaîné sur une nouvelle question :

– « Et aussi, ça veut dire quoi sado-maSSo ? »

Heureusement, un coup de fil de son père l’a empêché de me demander si j’en étais.

Parce que j’aurais été obligée de lui dire que ça ne le regarde pas – ce dont je suis convaincue, même si cette réponse est aux antipodes de ce que mon naturel me ferait lui répondre si je ne me bridais pas – et qu’il en aurait automatiquement déduit que ça voulait dire oui, alors qu’en vérité, pas franchement (j’aime juste bien bien bien le sexe un peu rough). Ça ne fait de moi ni une meilleure ni une moins bonne personne, mais j’ai peur qu’il soit un peu jeune pour philosopher sur ce dernier point. D’ailleurs, je doute que ma piteuse explication à base de fessées qu’on aime parfois recevoir l’ait vraiment éclairé. Rapport qu’elle était forcément réductrice : je me voyais mal commencer à lui causer fouet et cagoule en latex. 

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13 commentaires pour Sexologie de zèbre

  1. jeanne dit :

    Et oui, plusieurs indices m’avaient déjà fait penser que tes enfants présentaient des caractéristiques communes aux miens. Que du bonheur en vrai.

  2. JudieK dit :

    Mais t’es zèbre toi aussi, donc plus ‘facile’ à gérer. Pas facile, mais tu as un quelques degrés de compréhension en plus. Tu comprends ce que je veux dire ?

    • R. dit :

      C’est dingue… Quand tu as posté ton commentaire, j’étais précisément en train de me demander si je pouvais me fier à ma grille de lecture concernant mon grand (la future adolescence me fait parfois peur). Dans le sens « si je suis zèbre, alors oui, si je ne le suis pas, alors non ». La question est donc : le suis-je ? 😀

      • JudieK dit :

        Vu d’ici et de mes quelques connaissances (non académiques), ça me semble évident que tu le sois.
        Mais faut pas t’inquiéter pour la future adolescence, tous les âges ont leurs bons et mauvais côtés.

  3. pétrolleuse dit :

    La pomme ne tombe jamais loin du pommier (paye ton proverbe foireux ;)… J’aurais aussi pu dire qu’il n’y a pas de hasard (ouais, je sais, je suis bonne pour refourguer du cliché en barre). Pas étonnant que je sois tombée un jour sur ton blog, qui, aussi brillant soit-il, n’est quand même pas super bien référencé sur Gogole (une vraie injustice, ceci étant dit). Même si son titre m’a tout de suite alléchée et que j’adore y lire tout ce que tu y livres – le style en plus – on devait bien avoir au moins un (petit) point commun – au vu de ma vie et de mes expériences bien plates, au regard des tiennes – pour que je me sente presque « chez moi » chaque fois que je viens y faire un tour…

    • R. dit :

      Hé hé, merci pour tes gentils mots… ❤
      Du coup tu as un zèbre, tu es zèbre, ou les deux ? Fais gaffe, je risque d'avoir des questions à te poser ! 😀

      • pétrolleuse dit :

        Les rayures, c’est moi qui les porte. Pour mes deux loulous, je sais pas encore. Mais si t’as des questions, vas-y, balance, je serais ravie d’y répondre (dans la mesure de mes petits moyens, bien sûr ;)).

        • R. dit :

          Rhaaaa, je trouve enfin le temps de répondre, je ne vois pas le jour depuis deux semaines, désolée. 🙂 Alors je retiens ton offre, et il n’est pas exclu que je t’envoie un petit mail un de ces quatre pour creuser le sujet. Bises !

  4. Quine dit :

    Première fois que je laisse un commentaire ici je crois, bien que lectrice depuis … pfiouuuu …
    Mes deux zèbres ont aujourd’hui 21 et 19 ans et ils sont très différents l’un de l’autre. Et je me retrouve complètement dans ce que cette nouvelle a engendré chez toi.

    • R. dit :

      Ah ben tu me rassures… parfois je me dis que je me fais des nœuds au cerveau pour rien ! 🙂 C’est cool que tu aies laissé ce premier commentaire… merci !

  5. Zoumpapa dit :

    Bon, bon bon…bein mon 11 et ma 9 n’en sont pas au même stade avec moi. Peut-être parce que je suis le papa et pas la maman? Sais pas. Mais franchement s’ils peuvent s’abstenir ça m’arrangerait, trop fatigant :-)) (super feignasse c’est moâââ)

    • R. dit :

      Quand je pense qu’en plus, ton petit dernier dort depuis qu’il a 2 minutes… je suis à deux doigts de te faire la gueule ! 😉

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