Subway

Je prends le métro depuis que je suis toute petite. Une mère à Strasbourg-Saint-Denis, un père au cœur de Pigalle, une école à Beaubourg. Dès mes 7 ans et des brouettes, je faisais les différents trajets seule, pour basculer d’une vie à l’autre, aller à l’école ou au conservatoire, changeant à Barbès-la-mal-famée quand la nuit était déjà tombée en hiver, fascinée par le Louxor alors en ruine. Je pouvais énumérer les stations de toutes les lignes que j’utilisais de mémoire, à l’endroit et à l’envers, collectionnais les tickets chics et chocs, connaissais les tunnels comme ma poche.

J’adorais ça. Le métro était un peu ma troisième maison (j’en avais déjà deux, garde alternée oblige), et surtout le symbole absolu de ma liberté de petite fille débrouillarde et autonome.

J’aime le métro depuis toujours, et je sais que même si j’avais deux voitures, trois motos et un hélicoptère (Ah si j’étais richeuh, nanana nana nana nana), j’aurais aussi une carte Orange (je te parle d’un temps que les moins de 20 ans…)(ne connaissant donc pas la chanson originale).

Alors quand j’ai rencontré mon amour d’aujourd’hui, j’ai adoré l’idée qu’il possède toutes les clés du métro – il est technicien RATP.

Aucun couloir, même interdit au public, placard, local ou ascenseur ne résiste à son trousseau lourd, bruyant, contenant peut-être cinquante clés de tailles, couleurs et formes différentes.

Cela ouvre une foultitude de possibilités. Surtout quand on est séparés une semaine sur deux.

La première fois que nous avons fait l’amour souterrain, nous étions à Charles-de-Gaulle, dans une salle de repos du personnel. C’était au milieu de notre semaine loin l’un de l’autre et nous avions une demi-heure pour agir avant de retourner chacun dans nos foyers de parent seul avec enfants.

En quelque vingt-quatre minutes, nous avons créé deux orgasmes simultanés… et deux enfants. Simultanés aussi.

Tu sais bien ce que ça a donné. C’était triste, mais intense, mais triste.

Et à chaque réveil nocturne – c’est-à-dire toutes les putain de nuits, souvent plusieurs fois –, je me dis que nous avons eu raison d’entendre raison.

La seconde fois, c’était aussi près de mon travail. Dans une sorte de grand placard, ceux qui sont au milieu des quais de métro et sur la porte desquels est affiché un homme foudroyé en noir sur jaune. Je lui ai demandé s’il n’y avait aucun risque électrique, consciente du feu qui brûlait en moi et des étincelles dont nous étions capables quand nous nous sautions dessus. Il m’a rassurée, et comme il est électricien, je l’ai cru.

Dix-sept minutes plus tard, le rose aux joues, nous sortions du placard malgré un rapport très hétérosexuel, sous l’œil médusé des usagers de la RATP attendant la rame à une heure de pointe.

Trois semaines plus tard, j’apprenais que le métro me rendait décidément très féconde, puisque j’étais à nouveau enceinte. D’un enfant et demi, le demi ayant eu plus tard la gentillesse de s’effacer afin de ne pas me jouer la même mauvaise blague.

Cinq mois plus tard, l’espoir d’une fille après quatre garçons devenait réalité, et nous avons sérieusement envisagé d’appeler la future nouvelle Courcelles. Ou Zazie.

Mais finalement non.

Et puis elle est née, et puis le temps s’est encore plus ratatiné, et la course du quotidien conjuguée aux horaires de crèches inextensibles a réduit drastiquement les possibilités de créneaux de tête-à-tête et tête-à-queue.

Et la chambre à coucher est redevenu le lieu principal de nos ébats. Entre 21h48 et 22h12 quand ma fatigue ne prend pas le dessus. Parfois entre 8h57 et 9h23 quand je ne suis pas trop en retard au boulot. Mais plus jamais dans le métro.

Jusqu’à samedi dernier.

Nos emplois du temps ne s’accordaient pas, travail du week-end pour monsieur, bouclage pour moi, des enfants malades, des nuits encore plus hachées que d’habitude, et les jours passaient sans que nous puissions nous étreindre et nous renifler.

Nous revenions d’un cours de pole (notre messe hebdomadaire et sacrée), je devais récupérer ma marmaille confiée aux bons soins de ma sœur, il devait embaucher jusqu’au soir et le week-end déjà entamé n’était qu’une succession de contraintes.

Alors entre deux RER, j’ai soumis l’idée à mon homme.

Il a vérifié qu’il était bien détenteur des clés.

A souris.

M’a attrapé la main et conduite devant une porte à peine dérobée.

A ouvert la porte d’une main et m’a entrainée dans un petit local où trônait une chaise en bois et quelques objets indéfinissables.

Nous nous sommes assurés que tout était bien verrouillé et avons commencé à nous embrasser. Conscient que le temps était compté mais désireux de savourer chaque seconde de cette parenthèse souterraine et enchantée.

Après quelques poignants collés-serrés, il m’a justement empoignée, pendant que j’ôtais tant bien que mal une jambe de mon futal.

J’aime la liberté de mouvements. Même coincée sur une chaise.

Je l’ai saisi d’une main, pour le faire sourire, gémir et parfaire son éclosion. J’ai humecté mes phalanges libres pour œuvrer à mon ouverture, il a fait de même, huilant autant que possible notre impact imminent, puis il m’a retournée et s’est collé à moi.

Un genou sur l’assise, l’autre sur le dossier, apprentie funambule à l’équilibre précaire, je l’ai senti me combler, et j’ai ri et lui aussi.

Les pas des promeneurs résonnaient presque au rythme de notre ballet.

D’une main je me tenais, de l’autre je me travaillais, quand les siennes m’agrippaient ou me fessaient, claquements noyés dans le brouhaha parisien.

Je montais, montais, mais ma position acrobatique tendait à freiner mon ascension, à me maintenir au bord de l’explosion. Je devais rester concentrée, et ça plafonnait mon plaisir.

Alors il a choisi l’efficacité, le petit coup de pouce qui, même bancale, permet de lâcher les vannes.

Mon orgasme est arrivé sans entrave, provoquant le sien dans la foulée.

Nous avons encore ri, sommes restés ainsi unis, épris.

Avons retrouvé une agréable verticalité.

Nous sommes embrassés.

Rhabillés.

Puis nous sommes sortis de notre cachette et juste avant de le quitter, j’ai fait un petit coucou à la caméra braquée sur la porte.

Mais cette fois-ci, normalement, nous ne devrions pas agrandir notre famille.

Sinon je porte plainte contre le chirurgien vasectomieur.

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3 commentaires pour Subway

  1. Karine dit :

    Aaaaaaaaaaah, qu’est ce que j’aime te lire !! Et le coup de pouce, c’est toujours utile ;-). C’est bon, je vais regarder les portes dérobées des couloirs du métro d’une autre façon maintenant ! (et désolée pour les nuits un peu pourries…). La bisette !

    • R. dit :

      Merci madame ! Et si un jour tu fricotes avec un métroman, tu sauras qu’il y a des clés bien utiles. 😉 La bisette itou.

  2. Tarzan dit :

    J’ai souri

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