Les promesses

Doigts croisésWow, 311 jours se sont écoulés depuis cette veille de plan à trois, longue digestion pour juste deux bonnes heures de calculs.

Dans les deux sens du terme.

Je veux dire : elles ont duré plus de deux heures ET elles étaient fort agréables.

Je t’explique parce que t’es plus habitué à mon humour trop génial, possiblement. Rapport aux 311 jours. Toi et moi, il faut qu’on se réapprivoise, après une si longue défection…

Alors oui, deux bonnes heures pendant lesquelles sept orgasmes ont été soupirés. Un pour notre invité, trois pour mon amoureux, trois pour moi, dont un triplement partagé et deux doublement savourés.

J’aime toujours autant les maths, comme tu peux voir.

C’est pas pour autant que j’ai pu jouer à la double, malheureusement.

L’homme était pourtant fort courtois et maître en la matière du sexe triangulaire (probablement octogonal aussi), donc très à l’aise dans notre joyeuse configuration. Mais l’enthousiasme et l’expertise ne suffisent décidément pas pour une invasion nord sud en simultané.

Non.

Il faut aussi… deux belles et solides érections.

Et je constate que sur mon humble et maigre parcours sexogéométrique, on trouve souvent des hommes qui bandent un peu mou.

Tu me connais, je ne juge pas, et je me doute que même des libertins avertis peuvent être émus, et donc décontenancés, quand ils se retrouvent toute intimité dehors face à un couple très amoureux dans une chambre d’hôtel un après-midi de semaine.

D’ailleurs, ça ne nous a pas empêché d’explorer moult figures trigonométriques toutes en exquises montées et haletantes descentes, sinus et cosinus obligent.

Mais la promesse n’a pas pu être tenue, sans qu’aucun ne soit à blâmer, à part, peut-être, les corps caverneux (et le cerveau qui colle la pression).

Nous avons réitéré en août, avec un très chouette garçon toujours rencontré sur le supermarché d’Internet. Celui-là me plaisait beaucoup à plusieurs niveaux – et tu sais comme j’ai besoin d’émotions et de sentiments pour savourer pleinement la baise –, un mec mignon, ouvert, sympa, singulier, touchant.

Il m’avait laissé entendre qu’il aimait beaucoup être soumis à des hommes, je lui avais répondu que ma recherche s’orientait plutôt vers un invité bisexuel et capable de seconder mon amour dans son statut (un peu) dominant. Il m’avait alors promis qu’il savait aussi tenir ce rôle avec une femme. Eaaaaasy, même.

J’étais pas loin de penser que nous avions trouvé la perle rare, d’autant que le début de soirée avait été fendard, saupoudré de rosé pour ces messieurs et de taga pour tous les trois.

Puis vint le passage dans la chambre, et même si le moment fut intéressant, j’ai vite compris que la promesse, encore une fois, ne serait pas tenue.

Intéressant car j’ai vécu deux nouvelles choses.

D’abord, j’ai fait jouir notre invité juste en le pénétrant avec un jouet. Je ne m’en pensais pas capable pour plusieurs raisons, à commencer par mon absence d’élan pour la chose, doublée d’une certaine crainte de mal faire et de faire mal, et j’ai finalement trouvé ça assez beau. Et un peu excitant.

Ensuite, j’ai vu pour la première fois mon homme en sodomiser un autre, et c’était moins perturbant que je ne l’avais craint.

C’était même assez poignant. J’étais en face d’eux, armée de deux jouets, m’occupant de moi-même, mes yeux plantés dans ceux de mon amoureux tout sourire. Bien que ne nous touchant pas l’un l’autre, nous étions hyper connectés.

Mais je me suis bien rendue compte que ce charmant jeune homme appréciait surtout d’être au cœur du sujet, passif et offert, et vraiment vraiment vraiment pas dans une posture de mâle alpha, ni même bêta.

Jacques Chirac le disait : les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

D’ailleurs y’en a un qui a bien bien bien concrétisé cette maxime dans ma vie, cette dernière année.

J’ai nommé… roulements de tambours… suspens atroce…

MON BEAU-PÈRE.

Qui n’a décidément rien de beau ni d’un père, et que nous appellerons dorénavant « celui qui fut l’époux de ma mère », voire « l’autre enculé », même si c’est vraiment pas sympa pour les nordistes.

Je te la fais courte, mais en gros le gars a saccagé trente-cinq ans de rapports plutôt simples et courtois en trois rendez-vous chez le notaire.

Youpi.

Parait que c’est banal, ce qui est vraiment très rassurant pour l’humanité.

Je m’étais bêtement dit qu’au regard de ces trois décennies et demi pendant lesquels nos quelques querelles n’avaient jamais pris trop de place, la succession devrait se passer facilement. Nous n’étions que deux concernés, il y avait un peu de thunes et un seul bien, et, surtout, ce monsieur m’avait toujours dit (alors que je ne lui avais jamais rien demandé) que je serai son héritière ainsi que mes marmots, lui-même étant dépourvu de descendance, tout à fait volontairement.

Tu te doutes bien qu’il avait dit la même chose à ma mère à l’époque où il l’avait convaincue de l’épouser alors qu’elle se foutait de cet acte formel comme de l’an un, mais surtout de lui concéder une donation au dernier vivant alors que rien ne rendait celle-ci nécessaire dans leur situation.

Il l’a exigé comme une preuve d’amour.

Les détails importent peu, disons juste que moins de cinq jours après la crémation de ma petite maman, l’homme montrait son vrai visage en m’expliquant qu’il prendrait tout ce que la loi l’autorisait à prendre sans aucune considération de ses réels besoins (ni des miens, by ze way). L’idée était bien de me faire payer l’amour que ma mère m’avait porté, amour dont il m’a avoué une quarantaine d’heures avant qu’elle meure qu’il en avait toujours été jaloux.

Ouais…

Je m’en étais souvent douté, ça ne m’a pas empêchée d’en être estomaquée et de lui rappeler que quand même, quand nous nous étions connus, il avait 45 ans et moi… autour de 5.

Après, ça a été la valse des vacheries pendant sept mois, lui heureux comme un pape avec sa gonzesse richissime qu’il côtoie depuis le placement de ma mère en Ehpad il y a six ans, comptant tel Picsou sa propre fortune – au-delà de sa retraite bien supérieure à mon salaire sans aucun enfant à charge, le mec est assis sur un pactole qui a en grande partie été acquis par ma génitrice AVANT leur rencontre – et surtout me balançant que j’avais été suffisamment aidée dans ma vie alors que je n’avais pas été à la hauteur avec ma mère.

Ça je l’ai encore en travers de la gorge. Il n’a décidément pas supporté que je lui dise un jour que je ferai tout mon possible pour elle, mais que je ne sacrifierai pas mes enfants pour autant.

Même le notaire, qui n’était pas « de mon côté » mais de celui de la logique s’est agacé de ces choix qui n’avaient aucun sens au regard des propos que l’autre connard tenait.

En aparté, il m’a demandé si je ne pensais pas que monsieur était atteint d’une maladie dégénérative cérébrale. J’ai ri, ça m’avait bien évidemment traversé l’esprit, un tel retournement de veste ne se voit pas tous les jours – il faut dire que c’est la première fois de ma vie que j’hérite de quelque chose. Mais je lui ai expliqué que je ne pouvais pas partir sur ce terrain là dans une telle situation.

J’ai une dignité, quoi.

D’ailleurs, mister blaireau m’a dit un jour où, essayant, agacée, de décoder sa position, je lui avais balancé de bien faire comme il le voulait mais de ne pas me demander ma bénédiction rapport que faut pas pousser mémé dans les orties, kômême, qu’il m’admirait encore plus qu’avant car je n’avais pas l’air « si attachée à l’argent ».

Genre il croyait que j’allais me rouler par terre en chouinant ?? Ou alors, peut-être, lui sucer la bite ???

Je ne dis pas que j’aurais pas préféré avoir plus de caillasses, hein. Je dis juste que ce qui m’a vraiment cassé la tête et brisé le cœur, c’est la partie émotionnelle du bordel.

Pas la financière.

J’avais sincèrement l’impression d’assister à la trahison éhontée de ma petite mère qui reposait toute en poussière sur ma bibliothèque.

Je te rassure, entre-temps elle a été rendue à la Corse et la Corse lui a été rendue sur les bords de ma rivière paradis.

J’ai passé des nuits à tout décortiquer pour tenter de comprendre pourquoi. Que souhaitait-il me faire payer ? Qu’est-ce que ma mère foutait avec lui ? M’avait-il seulement appréciée un jour ? Ce qu’il disait de ce qu’elle disait sur moi était-il vrai ? Connaissais-je vraiment ma petite maman ? L’avait-elle aimé ? Pourquoi ? Comment ?

J’ai abandonné, me rappelant que la vie était courte et que je n’allais pas en consacrer une minute de plus à ce sombre minable.

Me promettant, aussi, de NE SURTOUT PAS MOURIR AVANT LUI.

Ça serait tropinzuste.

Successoralement parlant, déjà – j’ai payé une blinde de frais de succession sur un appartement inhabité dont je ne verrai une partie de la couleur qu’à l’extinction de l’usufruit, ça ferait chier d’en être privée.

Mais aussi parce qu’alors que j’avais imaginé des rapports sympathiques avec ce vieux monsieur jusqu’à la fin de nos vies, j’ai finalement décidé de faire péter le champagne le jour où on m’annoncera son trépas.

Alors que j’aime pas le champagne.

Rien que pour le symbole.

J’espère que je tiendrai cette promesse à moi-même.

Car il y en a une autre que je m’étais faite et que la vie-cette-chienne-que-j’aime-quand-même ne me permet pas de tenir pour le moment : enfant de familles multi-dysfonctionnelles, je m’étais juré que celle que je créerais, même en formule recomposée, serait différente et roulerait du feu de Dieu.

Mais si les choses étaient simples, ça se saurait.

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4 commentaires pour Les promesses

  1. Anne O nym dit :

    Un vrai plaisir de te relire; c’est vrai que ça faisait un bail…
    La discorde, c’est comme certaines maladies, on pense toujours  » non pas moi », pis des fois… ben si. Soit.
    Ou l’inverse, on croit que personne sera là, et puis oui en fait!

    • R. dit :

      Oh, une lectrice qui me suit encore ! 😍 Merci ma chère, et oui, j’ai fini par comprendre que c’était d’une banalité sans nom… je serai mieux armée la prochaine fois que ma mère mourra. 😜

  2. Usclade dit :

    Oh tu es encore là !!!
    Et toujours aussi alerte !
    Bonne année Rebecca ^^

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