Paul & Mike

Forcément, tu te dis qu’avec un titre pareil, je vais te raconter le threesome de ma life avec deux charmants Britons… Mais non, déception, de ce côté je n’ai rien de nouveau à narrer, et j’ai même pas traversé la Manche. Et puis dans l’idée, je n’ai prévu aucun plan à trois sans mon amoureux. Du coup ça ferait un plan à quatre – c’est à partir de combien, un gang-bang ?? –, et ça me semble un peu ambitieux pour une meuf qui n’a toujours pas réussi à se payer une double avec deux humains.

Ce titre, en fait, c’est une blague que je pique au père de mes fils parce qu’elle me fait hurler de rire. Ne va pas croire qu’on est devenu copain. Non… J’ai appris à ne plus l’espérer et à me contenter de rapports mi-cordiaux mi-secs mi-nimums (il n’y a jamais trop de moitiés quand on veut faire un jeu de mots), c’est de toutes les façons mieux que juste après notre séparation.

Il n’empêche que malgré les trucs qui me saoulent parfois, je continue à lui trouver de nombreuses merveilleuses qualités et à louer son indubitable singularité.

Paul & Mike, donc, c’est comme ça qu’il appelle nos garçons, qui ont, disons, le sens de la joute verbale, de la négociation, de la… polémique.

Tu l’avais ?

Bref, je t’arnaque complètement, parce qu’en plus je ne vais pas te parler d’eux (qui vont bien, merci… le grand passe en cinquième, et l’entrée au collège est une nouvelle ère, disons… intéressante pour les parents), et même pas de sexe. L’année, bien que totalement satisfaisante sur le plan horizontal, ne m’a rien apporté de fou à te raconter. J’ai baisé régulièrement avec mon chéri, souvent de la même façon parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne à tous les coups (doggystyle for evaaaaa), autant que possible au regard de notre rythme et de notre fatigue (coucou petite fille de 3 ans et demi qui n’a toujours pas parfaitement compris le principe de l’expression « faire ses nuits »)(même si c’est mieux qu’avant), stadire entre deux et quatre fois par semaine les semaines où on est ensemble.

Pas de nouvelles expériences, pas de découvertes particulières, pas de nouvelles personnes… « juste » un amour et une complicité physiquo-intellectuelle grandissante.

Clairement, le seul truc qui me titille (rarement, et un tout petit peu) sexuellement, mon mistalovalova ne pourra jamais me l’apporter, qui soit-il, mister R ou un autre si d’aventure je souhaitais changer (ça n’est pas du tout le cas). En plus, le truc n’existe presque pas dans la vraie vie… Ça serait la connexion instantanée avec un inconnu qui se transformerait en baise torride digne des premiers émois et s’achèverait aussitôt pour ne laisser que de super souvenirs qui alimenteraient ma libido, pourtant déjà bien repue.

Y’a que le hasard et les astres auxquelles je ne crois pas qui pourraient provoquer le bordel ; autant, donc, ne pas trop s’y attarder.

Bon meuf, tu la craches, ta valda ? C’est quoi ce sujet de ouf dont tu veux nous parler ???

J’ai jamais dit que c’était un sujet de ouf. D’ailleurs c’est un sujet totalement égocentré, une réflexion vague, une décision qui présente peu d’intérêt pour les quelques lecteurs qui me restent mais c’est la première fois depuis longtemps que j’ai à nouveau envie de taper sur mon clavier, alors…

Et puis qui sait, ça va ptet me redonner le mojo de l’écriture (passer d’un taf mathématique à un boulot littéraire a clairement atténué ma soif de mots).

En plus, j’ai presque zéro gosse en juillet et mon mec pour moi toute seule, mec qui n’arrête pas de m’envoyer des tofs de meufs ficelées ces derniers temps. Hasard ou complot ? Je ne sais pas… mais quelque chose me dit qu’il y a un message subliminal. Qui pourrait me donner des choses à raconter !

Bref, voilà cette décision que j’ai prise et qu’il est fort possible que je n’arrive pas à tenir, parce qu’on ne se refait pas ma bonne dame, et que j’aurai beau tenter de me couler dans un moule, mon naturel reviendra certainement, au moins au petit trot.

J’aurai prévenu !

Je crois qu’on n’a jamais vu plus longue introduction pour dire un truc de merde.

Je passe la seconde, t’inquiète.

Ces derniers temps, même si ma vie va, globalement, je me suis souvent sentie déprimée par le monde. J’ai vu des documentaires, lu des livres ou regardé des séries qui m’ont fait souffrir. Je n’ai pas arrêté de me dire que tout était pourri depuis trop longtemps, des siècles, des millénaires ! Qu’aucune avancée, malgré tout l’espoir et toute la joie qu’elle apporte au moment M, n’était pérenne. Que la société ne serait jamais totalement juste puisque chacun voit midi à sa porte. Que l’immense majorité des gens pensaient – selon moi – à l’envers, même si, évidemment, c’est surement moi qui roule à contresens…

Petite dépression ou bien ?

J’essaye d’avoir une pensée subtile et fine, je fais donc souvent l’avocat du diable.

Bien sûr, quand je suis très énervée ou déprimée, il m’arrive de dire des trucs radicaux complètement cons sans tenter de trouver la queue d’une circonstance atténuante à ceux qui m’ont blessée.

Mais souvent, la plupart du temps, je m’attelle à ne pas déambuler dans ce que j’appelle « les boulevards de la pensée majoritaire » – même si je n’adhère à aucune thèse complotiste –, et je crois que je défends des points de vue singuliers et courageux.

Pas pour le plaisir de me démarquer. Juste parce que ça me semble être ce qu’il faut pour faire avancer le monde dans le bon sens.

J’ai pas dit que je ne trouvais aucun plaisir à me démarquer pour autant. Mais sache que ça apporte plus de tension que de joie.

Car évidemment, j’ai plus de contradicteurs que de partisans.

Et je crois que je n’ai plus le courage…

Parce que malgré la force de mes convictions, j’ai un handicap qui flingue tout : je suis trop sensible.

Je suis trop sensible dans les débats, notamment.

Je pense savoir d’où ça me vient, olaaaa cher papa qui depuis que je suis toute petite (vraiment toute petite) me rend chèvre à la moindre discussion.

Probablement à cause de mon paternel, donc, qui n’a jamais hésité à 1) me couper la parole, 2) me hurler dessus, 3) écraser mes points de vue avec dédain, 4) user de son immense culture pour me coincer, 5) prétendre qu’il sait tout mieux que moi, même sur des expériences qu’il n’a jamais vécues alors que moi si et 6) être de totale mauvaise foi quitte à se contredire pour mieux me contredire, à cause de lui, donc… je ne sais débattre que dans certaines conditions qui sont rarement réunies.

Soit je perds mes moyens, soit je perds ma répartie, soit je perds mes arguments qui s’embrouillent dans ma tête assourdie par le vacarme de mon cerveau en alerte… Je n’arrive pas à synthétiser ce que je veux dire, c’est forcément long puisque complexe, et comme l’autre ne me laisse pas ce temps – légitimement –, ça devient un propos idiot, car pas exposé sous toutes les facettes.

Je suis bien plus à l’aise à l’écrit.

À l’écrit, personne ne hausse le ton sur moi. À l’oral, je me sens vite acculée dès que le débit se fait plus sec, mon sentiment d’agression remonte des tréfonds, la petite R. terrorisée prend toute la place dans mes tripes et la grande gigue de 41 ans fait comme elle peut pour se défendre.

Même quand, en vrai, personne ne m’attaque.

C’est comme un réflexe, comme si je n’arrivais pas à m’extraire du trauma, à trouver la réaction intérieure proportionnée.

Avec mon père, comme j’ai de la rancoeur, je ne me laisse plus faire et je le renvoie dans ses 15 mètres s’il me cherche trop. Ça me laisse ruminante pendant des jours, mais au moins j’ai la satisfaction de ne plus le laisser abuser de son pouvoir.

C’est plus compliqué quand je parle avec d’autres.

Avec ceux que je ne connais pas bien, et surtout qui ne connaissent pas la meuf chelou que je suis, je me sens tout de suite beaucoup trop décalée et donc jugée, mal résumée.

Genre à mon travail. Ma N+2, par exemple, est convaincue que je suis une traîtresse à la cause féministe (les #MeToo, #BalanceTonPorc et autres Manifeste des 100 n’y sont pas pour rien) doublée d’une crétine absolue, même si elle ne se l’avoue pas encore aussi clairement.

Mais même avec ceux que je connais, que j’aime et qui m’aiment sans aucun doute, je n’y arrive finalement pas.

Ça s’est encore produit tout récemment, et je n’ai aucun doute sur l’absence totale de malveillance. C’était une discussion sur les mots « gros » et « grosse ».

Non seulement je n’ai pas réussi à exprimer ce que je voulais dire dans toute sa complexité – je ne te parle même pas d’avoir convaincu –, mais en plus ça m’a tendue sur le coup, et fait des nœuds au cerveau ensuite.

Pourtant je continue à penser ce que je pense.

Mais je me suis encore demandé pourquoi je m’étais mise dans cette situation de fragilité (pendant et après) au lieu de me contenter de parler de sujets moins clivants. Nous étions entre amis, que des gens qui s’aiment, et nous passions un très bon moment.

Ne va pas croire que nous nous sommes engueulés ! Non, nous avons su arrêter la discussion à temps et profiter de la belle journée dans la joie et la bonne humeur.

On s’aime tous beaucoup.

C’est bien pour ça que ça m’a éclairée, d’un coup. Et que j’ai compris que je suis trop abîmée pour continuer à défendre mes convictions oralement, même avec mes proches.

Je crois que je n’ai plus envie de polémiquer.

Je ne veux plus que discuter avec des gens qui sont déjà d’accord avec moi ou que je ne sens pas totalement hermétique à mes points de vue. Et rester agréable et neutre toutes les autres fois.

Facile et lâche, me diras-tu…

Je suis d’accord.

Mais ça fait trop longtemps que j’ai mal (peut-être à tort, assurément de façon démesurée) de lutter pour la bonne cause malgré l’adversité, que je m’expose, avouant mes secrets les plus honteux ou dévoilant mon intimité à des gens pas forcément bienveillants ni précautionneux ou tout simplement aussi convaincus de la justesse de leurs propos que je le suis des miens, ce qui rend la discussion stérile… et je prends sur moi la moitié de la responsabilité : quand je pense avoir raison, je pense avoir VRAIMENT raison.

Ce qui ne veut pas dire que je pense avoir TOUJOURS raison, mais c’est un autre débat.

Un de ceux que je m’abstiendrai sûrement de mener… Même si j’entends déjà les tagada tagada tagada de mon naturel au galop.

 

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16 commentaires pour Paul & Mike

  1. Petit bison dit :

    Aaaaahhh les mathématiques….😂
    Toujours des histoires de chiffres et d’inconnus ….😘

  2. Anne O nym dit :

    Ah bah, ça me rappelle des choses… et oui, sage décision me semble-t-il!

    • Anne O nym dit :

      et oups! j’ai oublié d’ajouter bravo, bien écrit! le peu de lecteurs-trices te remercient (enfin moi en tous cas)

      • R. dit :

        Ha ha, merci Anne. Décision que je dois réussir à tenir, parfois j’ai envie de me bâillonner (chéri, si tu m’entends…) ! 😉

  3. etoile31 dit :

    Super intéressant, depuis le début, c’est bon ça, comme réflexion… et une bonne base pour y voir clair, en cessant de penser qu’il convient d’avoir un avis sur tout et surtout d’avoir même un avis sur rien, ça libère de beaucoup de pression ça et puis ça permet de se retrouver avec soi-même et moins dans tout ce qui nous est en permanence inculqué de tous les côtés…. la simplicité bordel!

  4. Brigitte Louk dit :

    ah un nouveau texte 🙂
    bon, je n’ai pas compris pour le titre… pour l’expression, une ou deux petites réflexions : il est encore difficile pour beaucoup de femmes de s’exprimer, leur parole ayant été rendue inaudible non seulement dans le contexte familial, mais plus généralement pendant quelques siècles. donc il faut réapprendre à s’exprimer, regagner l’argument d’autorité (au sens « sachant ») en maîtrisant nos émotions.
    les hommes aussi ont des émotions, des colères
    un mec qui parle en s’énervant un peu, on dit qu’il a des convictions, une nana, c’est une hystérique…. bonjour le cliché mais c’est encore vrai (cf les nombreux débats télévisés), si en plus elle sait de quoi elle parle, alors elle délire ! bref. pour ma part, ça fait des années que j’exprime des idées singulières, et parfois des évidences basiques (mais pas simplistes) étayées, loin des clichés et lieux communs. ce n’est pas facile.
    oui les gens (même les femmes) préfèrent nous pendre pour des neuneus et des hystériques, c’est plus confortable que de réfléchir et se confronter à une pensée différente.

    cela dit, j’ai compris qu’on n’a pas besoin d’être toujours dans la confrontation, on peut même la fuir, et en particulier fuir les interlocuteurs qui adorent les discussions conflictuelles et éviter de perde du temps. maîtriser son appréhension, ses émotions, ça s’apprend (pensez au dif) mais c’est pas garanti, perso je suis une grande timide incurable et cachée… il m’arrive après certaines réunions ou prises de parole ‘haut et fort’, de me taper la tête contre les murs (mentalement) mais je n’y peux rien, il y a des trucs que je ne peux pas laisser passer

    oui il faut choisir ses ‘batailles’, choisir aussi des interlocuteurs avec lesquels on n’est pas forcément d’accord (sinon à quoi bon ?) mais bienveillants. c’est rare.
    et on n’est pas obligée de rester neutre et agréable, tant pis, on a du caractère, des convictions, des opinions et des doutes, et pourquoi pas ?

    mais ça s’est une bataille contre soi même, n’est-ce pas ?

    • R. dit :

      Tout à fait ! Qu’il faut mener chaque jour, presque. 🙂 En résistant aux assauts de ceux qui veulent te faire donner ton avis coûte que coûte (genre… mon père), pour mieux te dégommer.
      Et pour le titre : Paul & Mike -> Paul et Mique -> Polémique… Ouais, je suis d’accord, c’est un peu foireux. Mais j’adore quand même que mon ex appelle nos gosses comme ça ! 😀

    • etoile31 dit :

      Jolie analyse et mise en valeur de nos potentielles intelligences respectives… Je viens il y a 24H à peine de faire l’expérience de la perspicacité en matière de préjugés et de leur refus (HaçanonMékanmêmeMairdekwa!). Le dialogue, et l’écoute mutuelle a tout dissous(les tensions). Quel soulagement que de vivre les effets du rejet des réactions.

  5. Vio dit :

    ahahahah ma poulette, tu serai étonnée de savoir qu’en vrai c’est exactement ce que je ressens aussi dans ce genre de discussion. J’ai arrêté aussi à certains moment , notamment au taff, de prendre part à certaines discussions ou je sais que mon opinion serait totalement décalée.
    Dans mon cas je passe constamment pour une contradictrice qui aime le débat et être contre systématiquement ( la faute sûrement à la légende familiale qui dit qu’on passe des heures a discuter pour le plaisir, ce qui n’est certe pas totalement faux ;))
    Mais en vrai J’ai tendance dans ces moments à seulement dérouler mon cheminement à voix haute, car en fait je m’attache à en discerner plusieurs angles. Au delà parfois de ma propre opinion ( qui ne paraît finalement n’être qu’un point de vue), j’essaye de pousser le sujet sous différentes facettes. Ce qui me vaut l’étiquette de relou qui contredit 🙂
    Je suis, en cours de discussion, assaillie de nouvelles idées, et du coup ça sort, parfois un peu vivement….
    En vrai dis toi que dans ces moments, qui restent malgré tout bienveillants, il n’y a pas réellement de contradiction, mais seulement chacun de nous qui exprime son sentiment sur un sujet. Ça part dans tous les sens car nous n’y avions pas réfléchi, ni les uns ni les autres, avant la discussion, et du coup c’est comme un brouillon de dissertation, on jette des idées, en vrac. Je crois que ce n’est rien de plus…
    Bisous ma belle ❤

    • R. dit :

      Je crois que dans le cas de nos discussions entre gens qui s’aiment… tu as parfaitement raison ! Merci de m’éclairer, ma jolie ♥️♥️♥️♥️😘

  6. Judie K dit :

    J’ai une théorie (j’ai toujours des théories sur tout) : l’hypersensibilité n’est pas uniquement la faute de papa, c’est aussi (et surtout) la zébritude.

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